07/11/2007

Playboy et Karl Hess

Rien de tel pour allécher le client de mon premier blog que d'évoquer Playboy. Surtout s'il s'agit d'un vieux numéro de 1976. Merveilleuse époque où les publicités de cigarettes le disputaient à celles pour du whisky canadien, où la fille du mois était encore 100% bio et arborait un impeccable bronzage maillot de bain. Et où l'on pouvait lire des interviews de Karl Hess.

 

Je ne vais pas frimer: il y a quatre jours encore, j'ignorais tout du bonhomme. Mais depuis que je le connais, je crois que mon QI a fait un très léger bond vers le haut. C'est pourquoi je vais vous en faire profiter. Ce n'est plus un blog, c'est de la prophylaxie.

 

L'Américain Karl Hess (1923-1994) était un brillant rédacteur de discours pour des républicains tels que Barry Goldwater, Richard Nixon ou Gerald Ford. Qu'il appelle respectivement Barry, Dick et Jerry. Entre 1955 et 1964, il n'est rien de moins que la tête pensante du parti républicain et théorise par exemple sur la stupidité des traités de non-prolifération nucléaire. Et puis Barry Goldwater perd l'élection présidentielle contre Lyndon Johnson en 1964, et ce dernier offre comme cadeau à Karl Hess un contrôle fiscal.

 

C'est là que l'histoire se corse. Lorsque notre cher Karl se demande à haute voix si tel ou tel défraiement serait juste, l'envoyé des impôts lui rétorque: l'important ce n'est pas que cela soit juste, l'important c'est la loi. Et là, comme on dit en bon français, pétage de câble intégral: comment? vous faites une distinction entre "juste" et "légal"? (On notera en passant que c'est exactement cette dialectique qui hante souvent le cinéma américain, de Johnny Guitar à Dirty Harry en passant par Rio Bravo). Le Karl se rebiffe de tout son être, envoie au gouvernement une lettre expliquant que plus jamais il ne paiera ses impôts, avec en copie la déclaration d'indépendance de 1776.

 

La réponse de Washington est simple: saisie de toute propriété du récalcitrant, interdiction pour lui de gagner ou de posséder de l'argent. Ce qui pousse Karl à une vie totalement en dehors du système, payant ses avocats à coup de scuptures de métal de récupération, vivant de troc et de la charité de quelques amis, partant avec sa nouvelle femme (la première n'avait pas supporté le choc) vivre au fond de la campagne dans une demeure écologique expérimentale.

 

Son analyse de la société et de la politique est basée sur les principes dits anarchiques: tout pouvoir est intrinséquement mauvais, l'homme est parfaitement capable de subvenir à ses besoins et de résoudre ses problèmes seul ou dans le contexte de son voisinage immédiat; l'avenir est la multiplication des micro-sociétés où tout - nourriture, éducation, culture, soins - est disponible devant sa porte. Cette analyse est somme toute optimiste et se fonde sur un postulat différent de celui qui préside dans notre société, selon lequel l'homme est intrinséquement mauvais, d'où la nécessité du pouvoir et de l'administration.

 

Mélange complexe d'idéologies de droite sur le laissez-faire et de gauche sur la solidarité sociale, cette anarchie n'est pourtant radicale que dans ses propositions, pas dans ses méthodes. L'humour est une arme essentielle de Karl Hess et toute action violente ou terroriste lui semble risible. Il veut faire table rase de tout, mais en rigolant. Il termine son propos par cette boutade magnifique: pourquoi saisir un fusil quand une tarte à la crème fait l'affaire?

09:34 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

A la Bibliothèque de l'Anarchie, CIRA, av de Beaumont, Lausanne, vous trouverez une revue du cinéma Pacific Street Film Collective, 1980, avec des interviews et des documents sur Bookchin, Ursula Le Guin mais aussi votre Karl Hess...

Écrit par : KIM | 07/11/2007

Cher Kim, vous voulez parler je pense du Centre international de recherches sur l'Anarchisme. Av de Beaumont 24, tel 021 550 18 04 et cira@plusloin.org
MERCI

Écrit par : Gilbert Salem | 07/11/2007

Ah, si j'avais su à l'époque que Playboy rendait plus intelligent, j'aurais conservé mes vieux numéros... Merci David.

Écrit par : Julien | 08/11/2007

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