09/11/2007

France Culture et Philippe Sollers

Connaissez-vous beaucoup d'auteurs qui se citent eux-mêmes à l'antenne? Philippe Sollers le fait mais il en presque acquis le droit après toutes ces années. On n'est pas non plus sur n'importe quelle antenne d'ailleurs et le chroniqueur Alain-Gérard Slama nous le rappelle à sa façon. Citant, à propos de Sollers, le mot de Descartes "larvatus prodeo" ou "j'avance masqué" (comme on est à Paris, il prononce larvatusse) le journaliste lui demande de bien vouloir traduire pour les auditeurs. Slama rétorque avec un sourire audible: "Mais... nous sommes sur France Culture..."

 

Sollers est venu ce matin pour promouvoir son autobiographie qu'il a intitulée, en toute simplicité, Un vrai roman. Il a donc doublement le droit de parler de lui-même et croyez-moi, il s'en sert. "Depuis plus de trente ans, je suis l'invariable salaud, le maudit de la littérature française". Un maudit publié en toutes les langues par centaines de milliers d'exemplaires et qui, depuis son bureau chez Gallimard, règne sur tout St Germain et la France littéraire, fait et défait les auteurs comme Aragon et Mauriac le firent eux-mêmes en leur temps. Un maudit qui, de concert avec sa femme Julia Kristeva, cultive les honneurs avec tous les engrais et le purin dont il dispose. Un maudit qui trône dans chaque émission littéraire comme un bouddha, qui à chaque nouvelle parution tombe littéralement sur tous les médias comme la vérole sur le bas clergé breton. Un maudit auto-déclaré lorsqu'il déclare dans son autobiographie: "Comme je ne peux pas obtenir l'approbation de mon époque (surtout à cause de mes romans trop libres), je pense qu'il est nécessaire d'utiliser, au moins, sa réprobation". Il y a du Talleyrand, ou plutôt, hélas, du Mitterrand chez Sollers et dans cette aristocratique propension à proclamer des convictions tout en agissant sans vergogne à l'exact opposé de celles-ci. Cela s'appelle le sang-froid et ceux qui en font preuve suscitent une grande admiration dans ce petit, ce tout petit monde-là.

 

La voix de Sollers résonne dans ma voiture, tantôt grave, tantôt rieuse, et je me prends à ressentir bien malgré moi une certaine affection pour le personnage. Peut-être n'est-il pas tout à fait dupe de lui-même, peut-être que son imposture n'est qu'une forme de posture. Après tout, il a été un des seuls auteurs français à défendre et à promouvoir mon chéri, mon Charles Bukowski. Et puis, il ne vit pas seulement à St Germain, il est St Germain. Il est du même plâtre que ces palais du XVIIIème qui logèrent des princes et des artistes de génie; retapés, restaurés, repeints, rafraîchis, formolisés, ils offrent leurs somptueuses façades à notre regard ébloui. Mais on ne trouve plus aujourd'hui derrière celles-ci que des bureaux d'assureurs et de comptables.

10:55 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

Si, proclamer des convictions tout en agissant sans vergogne à l'exact opposé de celles-ci, cela s'appelle réellement le sang-froid, il y a une plusieurs politiciens et politiciennes (depuis le coup de Dame Huguenin, on ne peut oublier les Dames) qui développent un sang froid de l'ordre du "zéro degré Kelvin" !

Écrit par : L'anar de droite | 10/11/2007

Vous avez tout à fait raison, l'hypocrisie - ou sang-froid suivant les circonstances - n'est pas une qualité strictement parisienne. Mais des Mitterrand ou des Sollers lui ont offert de sacrées lettres de noblesse.

Écrit par : david laufer | 10/11/2007

Oui, Sollers n'est (de loin) pas le seul poseur insupportable de la littérature française "actuelle" (façon de parler), qui en a fait une de ses marques de fabrique. Mais on lui pardonnerait volontiers ses ergotages si le contenu suivait. C'est loin d'être le cas... Continue à biberonner Bukowski, t'as bien raison va. Je m'excuse, j'ai la chique pleureuse, mais c'est parce que Norman Mailer est mort. Quelle chierie. PS Pour me faire plaisir, tu pourrais aussi casser du sucre sur Angot et Delerm (ou d'autres, toutes suggestions bienvenues)? Merci d'avance. PPS: un chauffe-biberons, ça t'intéresse? love, B.

Écrit par : Blaise Guignard | 14/11/2007

Quand il dit qu'il est maudit...^^... à vous lire...

Moi je pense qu'il y a quelque chose, derrière ses jeux de miroirs. En plus, il n'est ni un salaud, ni une nullité, et il vous emm....

Écrit par : Anne Viekaf | 15/11/2007

C'est surtout sa malédiction auto-déclarée qui m'emmerde. Quant à l'accusation de nullité, je ne vois pas tout à fait où vous avez trouvé cela dans mes lignes. Enfin, vous avez vu juste, Sollers m'emmerde. Et il le fait avec un style certain.

Écrit par : david laufer | 15/11/2007

Ce que j'ai à dire n'a absolument rien à voir avec la littérature(que j'apprécie outre mesure). J'ai vu Mr Sollers aujourd'hui dans un café parisien accompagné d'une amie à lui(enfin je présume). Une maman était là avec ses 2 enfants, dont un bébé qui devait avoir un an. Ce dernier faisiat un peu de bruit(comme tous les enfants)qui ressemblait à des gazouillis. mr S s'est soudain mis à pousser un cri(tous les ge,s l'ont fixé)pour que le petit se taise. son ami s'est retourné et a dit à la maman de faire taire le petit..la maman a donc répliqué , se sentant agressée(fort justement)...j'étais témoin de la scène, j'ai été choquée par une telle réaction de la part d'un homme de lettres(enfin, réputée homme de lettres)... être célèbre permet-il aux gens de se sentir supérieur et de se permettre de faire des réflexions sur un enfant de un an??? (soi dit en passant, la maman les a bien rembarré tous les deux, ce qui était tout à fait à son honneur)j'ai personnellement beaucoup d'admiration pour les écrivains, mais là...autant dire que la vulgarité du personnage m'a heurté...hélas, je le regrette, je n'ai rien dit...témoin passif..

Écrit par : zimmer | 16/02/2008

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