29/11/2007

The Guardian et le Trou Noir

Le vide interstellaire n’est plus le détenteur unique de la notion d’infini. Jusqu’ici l’infini, pour le péquin que je suis, ça n’avait jamais été qu’un autre mot pour l’espace. Ou alors ça définissait ma gratitude pour ma mère lorsqu’elle préparait un hachis parmentier. Mais depuis quelques années, l’infini a fait son entrée dans les pages économiques de nos journaux. On ne nous parle plus désormais qu’en milliards de dollars. Certains individus en possèdent paraît-il plusieurs unités, de ces fameux milliards. Moi, un milliard de quoi que ce soit, c’est inutile de commencer à me l’expliquer. Or ce matin le Guardian de Londres nous prédit que des milliards de dollars vont disparaître dans les mois qui viennent. Où vont-ils disparaître ? Les milliards se cachent-ils pour mourir ?

 

 

 

 

C’est là que la métaphore interstellaire revient sur le devant de la scène. On peut gagner des milliards à la bourse. Pour les perdre, faut s’adresser au « Trou Noir ». Cette expression provient d’un gaillard qui connaît son sujet: Tony James, patron exécutif de Blackstone, le plus gros fonds de Private Equity des Etats-Unis. Tony, les milliards, il connaît, il en gobe tous les jours au petit déjeuner. (Le Private Equity, ou fonds d’investissement, j’y reviendrai un autre jour, c’est passionnant.) Donc, le Tony, fort de ses batteries d’analystes qui zyeutent tout le jour dans des boules en cristal de Baccarat, nous prédit que devant nous s’avance un irrésistible Trou Noir. Le Guardian est sympathiquement didactique. On trouve la même info dans le Financial Times mais c’est du chinois pour le latiniste que je suis. Et puis le Guardian, en temple rassurant de la bien-pensance, a systématiquement tendance à minimiser les conséquences possibles des catastrophes financières, préférant – infiniment – celles plus colorées de notre climat. Donc, catastrophe, Trou Noir, le merdier intégral, droit devant pour nous qui pensions bêtement que la croissance était, eh oui, infinie.

 

Tout ça pourquoi ? La crise des sub-primes, ça ne vous rappelle rien ? Mais oui, le feuilleton de l’été dernier : quelques têtes de banquiers avaient sauté, quelques instituts de crédit avaient sué beaucoup de billets, quelques individus avaient confessé leurs crimes d’excessive confiance. Et on était reparti comme en quarante : la coupe de monde de rugby, le début de l’automne, la rentrée scolaire, la chasse, les spätzli et le vin cuit. La crise des sub-primes, les millions de foyers américains détruits, tout était oublié et on ne pensait plus qu’à la saison de ski. Voilà que ce trouble-fête de Tony revient et nous dit qu’en réalité la crise est beaucoup plus grave que ce que les banques d’investissement avaient estimé et que le tsunami s’apprête à nous tomber dessus. Selon ses propres mots : « Le Trou Noir des sub-primes apparaît plus profond, plus sombre et plus effrayant que ce qu’ils [les banquiers] pensaient. » Pas lui, il avait senti le vent venir. Ce qui n’explique pas vraiment pourquoi il a totalement foiré la mise en bourse de Blackstone en juin dernier. Enfin, cordonnier mal chaussé.

 

Mal chaussé ou pas, le pire qui puisse arriver à Tony dans cette crise c’est devoir retarder l’achat de sa nouvelle Aston Martin – l’ancienne ayant déjà les 20'000 kilomètres qui la rendaient bonne pour la casse. Pour les autres, c’est donc le Trou Noir qui s’approche. L’hiver risque d’être infiniment long.


12:09 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

J'ai un trou (de mémoire), j'ai un blanc! C'est quoi un trou noir?

Écrit par : Bla-Blo-gueur | 02/12/2007

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