19/02/2008

Lutte Ouvrière et les tripatouillages

Lorsque les nuages de la récession s’amoncèlent, autant lire Lutte Ouvrière : on s’y instruit de ces choses graves, mais en riant. Il n’y a que là qu’on peut trouver des perles comme ces « tripatouillages financiers organisés par les patrons ». On s’étonne presque de trouver la date du 16 février 2008 en haut de l’article, et non pas celle du 27 Pluviôse de l’an 216 de la Révolution. Car enfin rien ou presque ne semble avoir évolué depuis 200 ans dans cette gauche de la Gauche, ni la dialectique, ni la rhétorique. Pourtant, en lisant l’article en question, il me vient à l’esprit que si les sans-culottes ne se sont toujours pas rhabillés, les aristos, eux aussi, s’accrochent encore bien à leur perruque poudrée.

 

Il s’agit ce soir d’un bref article vengeur signé par un « correspondant LO », ce qui dans la tradition d’anonymat combattant de Lutte Ouvrière signifie un ouvrier de l’usine concernée. Il conte ce qui se passe actuellement dans une usine de Rennes, les Polymères Barre Thomas, tout cela dans son amusant langage archéologique. De 1'700 employés en 2006, la direction est en train de ramener l’effectif à 1'300, avec un train soutenu de mises à la porte et de préretraites. Rachetée en 2006 par un hedge fund américain, Silver Point Capital (appréciez la sobriété de leur site web), cette usine de pièces détachées automobiles est pourtant débordée de commandes et affiche des bénéfices coquets à la fin 2007. La logique est donc aussi transparente que banale: profit maximum.

 

 


Il se trouve que j’ai travaillé pour une des entreprises qui a rendu possible ce rachat. C’était dans la torpeur de l’été 2006 et on pavoisait dans toute la presse spécialisée : Barre Thomas, la plus grosse restructuration de l’année en France, et tous les emplois sont garantis ! Le mariage parfait entre le profit et le social ! Et voilà les journalistes pleurant d’admiration, de reconnaissance presque, devant un tel génie du montage financier si respectueux du tissu social. Le site web de mon entreprise affichait la nouvelle avec emphase et communiqué de presse en deux langues. Bref, c’était la gloire. Remportée par des gens qui, j’en témoigne, ignoraient absolument tout de l’industrie des polymères et l'avouaient joyeusement.

 

En y repensant et en me souvenant des discussions que j’avais eues alors avec ceux qui s’occupaient de ce dossier, tout cela ne me surprend pas beaucoup. Ca ne fait qu’accroître ma déception. Qu’on se rassure, je persiste à rire bien fort en lisant Lutte Ouvrière. Mais qu’il est difficile de nos jours d’être un capitaliste.

00:29 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

Trostky tue le ski, une affiche qui ferait tout son effet à Crans-Montana ou à Gstaad.

Écrit par : Julien | 19/02/2008

Aha ! c'est là qu'on reconnaît les siens...
Et "Thorez dynamite Saint-Tropez" ?

Écrit par : Rabbit | 19/02/2008

"Mais qu’il est difficile de nos jours d’être un capitaliste."
Ou un communiste ?
Il me semble que les principaux problèmes du capitalisme sont plutôt du côté de la phynance, non ?

Écrit par : Géo | 19/02/2008

Exact. C'est là qu'est l'os, indeed. Alors que la finance n'était que le moteur de l'industrie, en 20, on est passé à la situation inverse. Personne ne s'en rend vraiment compte. On continue à penser, par exemple, que la BCV finance les PME vaudoises, alors que c'est, très simplement et concrètement, le contraire. L'âge industriel a vécu, bienvenue dans l'âge des services financiers.

Écrit par : david laufer | 20/02/2008

Tu ris autant maintenant en lisant LO ?

Je te conseille les derniers numéros,

"Car enfin rien ou presque ne semble avoir évolué depuis 200 ans dans cette gauche de la Gauche"

Moi qui entend ça depuis des années ça me fait bien marrer!
C'est censé expliquer quelque chose ?
Ou c'est simplement de la condescendance et de la haine de classe?

Qu'importe,tant il est vrai que le capitalisme avec ses tares criminelles est et/ou sera plus efficace que tous les journaux pour convaincre de sa nocivité pour l'humanité, surtout maintenant ou l'on voit au grand jour son vrai visage.

Seulement , il faut bien expliquer le pourquoi de ces tares (en celà je vous conseille aussi la revue "Lutte de Classe"), et si tout a été dit il y a 200 ans pourquoi alors prendre cette peine ?

CQFD

Écrit par : Jackda | 17/10/2008

EDIT : Pour Rabbit,

Dans un ouvrage datant de 1916 intitulé "L'impérialisme stade suprème du capitalisme" un révolutionnaire du nom de Lénine avait déjà démontré le rôle de la finance et des banques dans le capitalisme....
Analyses reprises en parti par Trotsky dans son "Programme de transition" de 1938

Et c'est même troublant , aujourd'hui ni les causes ni les remèdes n'ont changé.

Maintenant il faudrait avoir la capacité humaine de s'interesser à ces ouvrages sans préjugé ni blocages idéologiques.

Il et vrai que les (vrais) Marxistes sont traditionnellement les plus grands lecteurs des auteurs classiques et libéraux , de là à en demander autant........

Écrit par : Jackda | 17/10/2008

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