25/03/2008

The Times et la Suisse

Moi qui viens de quitter Londres pour me planquer en Suisse, il paraît que j’ai été très mal avisé. The Times recense une étude menée par Jane, le magazine de défense britannique, qui me révèle que l’Angleterre est jugée bien plus sûre, prospère et stable que la Suisse. Le premier de la classe est le Vatican, et le dernier est Gaza. L’Angleterre arrive en septième place, la Suisse en dix-septième. Après le Danemark, après l’Autriche, après l’Allemagne. Diable, dois-je croire que le quai d’Ouchy est plus dangereux que l’East End ? Devrai-je bientôt glisser un cran d’arrêt dans mon panier de courses ?

 

Les critères sur lesquels se basent les enquêteurs sont paraît-il très objectifs et non politisés. Ils imputent une bonne part de l’instabilité croissante de notre pauvre pays à ce qu’ils qualifient de political divide, un phénomène trop extraordinaire pour ne pas être menaçant. La division dont il est question est celle provoquée par l’UDC et par cet épouvantail de service qu’est devenu Blocher. D’autres articles de Jane couvrant les événements de l’automne dernier, des élections d’octobre au tyrannicide de décembre, soulignent à grand renfort d’épithètes le gouffre qui est en train de s’ouvrir sous les pieds dodus de l’heureuse mais inconsciente Helvétie. En revanche l’Angleterre, en dépit des attentats de 2005, de ceux qui ont été évités de justesse depuis, des dizaines d’adolescents en bas âge assassinés au cœur de Londres et des déconvenues financières en série des derniers mois, l’Angleterre est paraît-il remarquablement stable et sûre pour qui désire s’y aventurer.

Un des intérêts majeurs de cet article du Times réside dans son titre : « If you think it’s bad here, don’t try Switzerland ! » (Si vous pensez qu’ici c’est mauvais, n’essayez pas la Suisse !) Icône absolue de sérénité et de prospérité, la Suisse est un sujet de conversation de plus en plus fréquent outre-Manche. Depuis les récentes propositions de Gordon Brown en matière fiscale, on assiste à un exode massif des sujets de sa Gracieuse Majesté, et de leurs sociétés financières, sur les rivages du lac Léman. Plus qu’une provocation potache, le titre devrait donc se lire comme un appel très sérieux aux lecteurs du Times à ne pas quitter Londres. « Méfiez-vous des apparences : la Suisse, ça n’est pas si bien que ça, » suggère en substance le journaliste.

 

On ne va pas jouer les patriotes outrés mais déclarer que la Suisse est plus instable et moins sûre que l’Angleterre ne peut que faire sourire ceux qui ont vécu dans les deux réalités. Malheureusement c’est avant tout sur des critères externes que se jouent les grandes batailles d’aujourd’hui. Or en quelques occasions récentes la Suisse, quelle que soit sa condition réelle et effective, a donné d’elle-même une image peu avantageuse, en désaccord avec elle-même et souvent trop semblable à ses grands voisins. Ainsi en dépit des assurances offertes par Jane, l’étude publiée se fonde bel et bien sur le subjectif et le politique. L’image de la Suisse est probablement un de ses plus sérieux atouts dans le monde. Lorsque celle-ci, ou même seulement la perception de celle-ci se détériore, et même si ça n’est que pour des raisons hypocrites, c’est qu’une bataille importante est en train d’avoir lieu. Notre histoire récente nous suggèrerait de ne pas en faire peu de cas.

15:50 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

Vous avez sûrement raison concernant l’aspect partisan de ces propos purement lié à la compétition des places financières.

Ceci dit pour avoir aussi vécu ces deux réalités et aussi d’autres y compris des pays émergeants. Je confirme que malheureusement la Suisse, et Genève en particulier, a un train de retard dans la gestion de la petite criminalité. Ce surtout depuis la libre circulation et plus généralement la globalisation, et on le paye très chère. Un visiteur fortuné qui débarque à l’hôtel métropole et qui aurait la mauvaise idée le soir de faire un tour en face au jardin anglais aurait effectivement de quoi revoir a la baisse son opinion de la Suisse.

AF

Écrit par : Alain_Fernal | 25/03/2008

Oui, il faut bien qu'ils se consolent comme ils le peuvent. Encore une fois des articles écrits par des gens qui n'ont jamais vu la dégradation de certains quartiers et la criminalité qu'à la télévision. Des divisions politiques, ça fait tellement peur!

Écrit par : Inma Abbet | 25/03/2008

On a assisté ces dernières années à un véritable exode des Anglais autochtones, chassés par l'insécurité due aux différentes vagues d'immigration ex-Commonwealth. Celles sont sont constituées principalement de gens de religion musulmane, qui n'ont aucune tolérance pour les autres religions ou pour les systèmes démocratiques en vigueur en Europe, alors qu'une très sévère idéologie socialiste sévit en Angleterre leur donne tous les droits. Beaucoup de Blancs fuyent, en particulier en direction de la France.
AF@ Merci de nous rappeller que Genève se trouve en Suisse, on a un peu de peine à y croire, et surtout, de l'avaler.

Écrit par : Géo | 26/03/2008

A mon avis, le problème se trouve davantage dans les familles que dans la religion. Il y a aussi beaucoup de jeunes qui partent à la dérive à cause de parents absents ou laxistes. Pour pallier ces problèmes, c'est plutôt au droit de la famille qu'il faudrait s'attaquer. Pourquoi accepter des mariages conclus par téléphone entre des gens qui ne se connaissent pas? ou des mariages entre cousins? ou lorsq'un des fiancés est mineur? Dans des pays comme la Grande-Bretagne ou le Canada, l'idéologie et la lâcheté des autorités ont permis ces dégoûtantes barbaries pendant des années, on voit maintenant les résultats.

Écrit par : Inma Abbet | 26/03/2008

Ce qui est intéressant, c'est que cette suite de commentaires, et bien d'autres ont pour moi un air de déjà lu...dans d'autres langues. Cela me fait penser aux "lettres" de lecteurs publiées dans d'autres journaux en ligne, surtout lorsque les lecteurs ne partagent pas la ligne éditoriale du journal en question. La liberté des participants aux blogs permet en réalité de freiner la décadence, la dégradation de l'image dont parle Scipion, de certains media, qu'ils qualifient souvent de torchon tout en continuant à y écrire. Aussi, la question de la fragilité de ce discours peut se poser, car le support est assez mouvant, les informations en ligne disparaissent comme elles ont apparu. Les historiens de l'avenir seront-ils capables de retrouver ces précieux commentaires? Y aura-t-il un jour des archives de l'opinion des lecteurs du début du XXIe siècle?

Écrit par : Inma Abbet | 27/03/2008

Comme je suis d'accord avec vous Inma. Ces commentaires sont une expression rare et presque paradoxale de liberté totale dans la sphère médiatique mainstream. Totale, parce que non filtrée et j'en ai fait quelques fois l'expérience à mes dépens. En plus nous ne sommes pas sur un serveur blog alternatif et marginal, nous sommes chez Edipresse, et tout le monde peut nous lire. Sans en vouloir à qui que ce soit, je doute que cela puisse perdurer, tout simplement parce que la liberté dont nous disposons ici est trop rare pour ne pas être un jour la cible de quelques malfaisants qui se serviront de cette liberté plus qu'ils ne la serviront. En attendant, il faut en profiter le plus consciemment possible.

Écrit par : david laufer | 27/03/2008

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