02/06/2008

The Times et les honteux plaisirs

En Angleterre, dès qu’on évoque la France de 39-45, les blagues fusent. A tel point que la BBC en a fait une série télévisée très populaire dans les années 80. Ca s’appelait « Allô-allô ? », et c’était absolument hilarant. Des acteurs parlant anglais avec un ridicule accent français jouaient les résistants, d’autres avec un abominable accent allemand jouaient les nazis, et tout cela dans une atmosphère de vaudeville où le vin, le sexe et la bonne chère avaient toujours le mot de la fin. Comme Paris, et donc Genève, firent blocus sur cette série, je ne l’ai finalement découverte qu’à Belgrade, où la population se délecte encore aujourd’hui de cette jouissive irrévérence britannique face aux pompeux Français.

 

On croyait ne voir dans cette série qu’une farce, mais on vient d’apprendre qu’Allô-allô serait peut-être à prendre au pied de la lettre. Patrick Buisson, directeur de la chaîne Histoire, et, ce qui n’est peut-être pas sans lien, conseiller de Nicolas Sarkozy, vient de jeter un pavé dans la mare avec un livre intitulé « 1939-1945, Années érotiques ». Sa thèse est aussi simple qu’inacceptable pour un grand nombre de Français : sous l’occupation, à part les Juifs et les Communistes, les Parisiens se sont amusés comme jamais, ont fait l’amour comme des lapins et les femmes s’y sont plus libéré en quatre ans que durant les cinquante qui ont suivi. Buisson raconte les statistiques de natalité de 1942 qui bondirent tandis que deux millions d’hommes étaient loin de chez eux, les salles de cinémas transformés en hôtel de fortune, les femmes seules affolées par ces beaux soldats blonds et seuls, eux aussi. De Beauvoir écrit quelque part : « Ce n’est qu’au cours de ces nuits que j’ai compris la véritable signification du mot fête. » Et Sartre qui répond au Paris humilié de de Gaulle par ce laconique : « Nous n’avons jamais été aussi libres que sous l’occupation allemande ».

 

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Fidèle aux traditions, la critique du Times est une sorte d’éclat de rire contenu. En France la réaction a été prévisible : impertinent, a même clamé un critique. Les hasards du calendrier avaient déjà soumis l’opinion publique à rude épreuve. Les photographies d’André Zucca sur Paris sous l’occupation, en couleurs, prises pour des besoins de propagande pro-allemande, étaient exposées à la Bibliothèque de la Ville de Paris lorsqu’on s’est ému : comment permettre que cette exposition puisse s’intituler « Les Parisiens sous l’occupation », comme si ces sourires espiègles, ces boulevards bondés d’une foule amène, ces femmes élégantes et souriantes représentaient l’état de la France sous l’occupation ? Le maire de Paris Delanoë avait dû intervenir en personne et exiger que l’on change le titre en « Des Parisiens sous l’occupation ». La doxa sur la souffrance du peuple français opprimé sous l’occupant ne peut être altérée à aucun prix.

 

Il vaut mieux gagner une guerre. Ou alors il faut la perdre, mais perdre vraiment. Sinon, malheur aux vainqueurs. Aujourd’hui encore les Allemands débattent de leur lourde histoire et se demandent comment une telle abomination fut possible. Mais les faits sont là, incontestables, et permettent à l’ensemble de la société d’en discuter du même point de vue. En France, les faits sont retors et fuyants : collaborateurs et résistants, opprimés et oppresseurs, pauvres et prospères. Ainsi dès qu’on évoque la période de 39-45, la nation toute entière est à droite et à gauche. Cette indéfinition fait encore rire les Anglais, mais c’est en réalité un sale virus qui continue, 60 ans plus tard, de ronger ce beau pays. J’en viens à me demander si, après des décennies d’adoration, on ne se mettra pas un jour à haïr de Gaulle pour avoir arraché à son peuple la chance d'une véritable défaite .

Commentaires

"Ainsi dès qu’on évoque la période de 39-45, la nation toute entière est à droite et à gauche." Là, vous me surprenez un peu. On pourrait dire qu'il s'est agi de se battre contre des nationaux-socialistes, nazis, qui ont fait l'unité contrre eux. Mais il y a eu le pacte germano-soviétique, et de nombreuses personnes prétendent que Staline et le PCUS étaient la gauche. Les mêmes pensent que les socialistes nationalistes étaient de droite.
C'est naturellement beaucoup plus compliqué que ça...La Volkswagen, c'est une idée de droite ? Les purges staliniennes, c'est un comportement de gauche ?
Finalement, ces notions de gauche ou de droite ne sont presque jamais utilisables, sauf insulter l'adversaire. Blocher = Hitler, par exemple. Mais on voit bien que c'est faux. Je suis sûr que Hitler était beaucoup plus socialiste que Blocher...

Écrit par : Géo | 02/06/2008

Je ne crois pas. Il existe encore de nos jours une ambiguité fatale dans le rapport qu'entretient la France avec son passé durant 39-45. Que Delanoë intervienne pour changer le nom d'une expo en dit long sur la vigueur des passions. Ma mention de la droite et de la gauche se voulait comme un raccourci pour définir ce mélange indistinct, ce clafoutis de faits et d'idéologies, de grandes phrases et de petits péchés. De mon point de vue d'historien, s'il y a un problème en France aujourd'hui, c'est avant tout là que la source se trouve, dans cette absence de vérité acceptée parce qu'indéniable. Ce conflit est épuisant pour tout le monde.

Écrit par : david laufer | 02/06/2008

"Ce conflit est épuisant pour tout le monde." Certes, et en France plus qu'ailleurs. Malheureusement, cet esprit est sérieusement en train de nous polluer.
Mais il y a un autre point sur lequel je voudrais vous chicaner : je trouve votre analyse bien "bourgeoise"...Je ne pense pas que le Parisien moyen s'amusait beaucoup à Paris sous l'Occupation, mais bien une petite élite sans soucis, qui continue de bien s'amuser aujourd'hui, merci pour elle. Imaginez que vous rapportiez votre analyse aujourd'hui : on s'amuse comme des petits fous en Birmanie (ou à Lhassa si vous voulez)...
Parce que comme moi, je suppose, vous n'avez pas le moindre doute que des gens s'amusent en Birmanie ou au Tibet ?

Écrit par : Géo | 02/06/2008

Bourgeois? certainement. Mais en l'espèce, vous verrez que je ne me suis pas prononcé sur le contenu d'un livre que je n'ai pas lu. Ce n'est donc pas mon analyse, mais celle de Buisson. Moi, ce sont les réactions emberlificotées des Parisiens qui m'intéressent, et celle, amusée, des Anglais. Le contenu, je ne peux pas en juger. Personnellement, je n'ai jamais autant fait la fête qu'à Beyrouth durant les derniers bombardements israéliens de 2000. Tout le monde sur les tables, l'amour aux toilettes, le whisky au goulot. Réflexe de vie face à la menace de mort?

Écrit par : david laufer | 02/06/2008

Les gens ont des comportements en temps de guerre ou de danger qu'ils n'auraient pas forcément eu dans leur vie quotidienne, dans un autre contexte, untemps vécu comme une sorte de carnaval ou de fête des fous où les valeurs seraient inversées. C'est aussi une manière d'oublier la peur. On observe la même chose après les guerres. Il suffit de regarder certaines des photos de Lee Miller dans l'Europe dévastée. Il y avait l'horreur et les ruines, mais les gens continuaient de s'intéresser à la mode et faisaient pas mal la fête.
Quant au sujet qui introduit votre billet, je le trouve très intéressant. Cette série avait été doublée en espagnol d'une façon que je n'ai jamais pu comprendre : si en anglais, les trois groupes de personnages avaient leur accent ridicule (même les aviateurs anglais en avaient un), dans la version espagnole seuls les personnages allemands et anglais avaient un accent, mais pas les personnages français! Ce qui n'avait pas de sens pour mes amies anglaises qui disaient que tout le comique de la série était là, mais les mystères du doublage...
Les interprétations de l'Histoire ont chacune leur valeur, mais le vrai problème aujourd'hui est à mon avis le manque de référent culturel, l'inculture qui s'installe dans l'éducation. La guerre de 39-45 devient quelque chose comme la bataille Waterloo, un événement vieux et abstrait.

Écrit par : Inma Abbet | 02/06/2008

"Fox, le renard pas très futé portant nœud papillon, et son comparse Croa, le corbeau malin"
Demain, finale entre Fox et Croa à Roland-Garros...
Ce ne sera jamais que la 4ème pâtée que Croa va flanquer à cette nouille de Fox, et c'est chaque fois un immense plaisir. Même si je ne prendrais même pas la peine de regarder le match. J'espère aussi que la Suisse va prendre une telle fessée qu'on entende plus parler de foot jusqu'à la fin de l'Euro...

Écrit par : Géo | 06/06/2008

Voilà, c'est fait. Espérons que les footeux vont nous lâcher un peu. Reste à Rodgeur de se faire brosser pour la xième fois par le Nadalopithèque...

Écrit par : Géo | 07/06/2008

Voilà, c'est aussi fait... Bon, Nadalopithèque, c'est un peu excessif, mais il est vrai qu'un changement de look ne lui ferait pas de mal. C'est dommage pour Roger, quand même.

Écrit par : Inma Abbet | 09/06/2008

Il a une façon de faire "ahan" qui me rappelle nos cousins simiesques, c'est pour ça. Ce n'est pas dommage pour Rodgeur du tout, il faut bien qu'il lui reste qqch devant lui...
Mais je parie ce que vous voulez qu'il ne gagnera jamais Roland-Garros face à Nadal...

Écrit par : Géo | 09/06/2008

Dites donc, Inma et Geo, ça suffit ces bavardages au fond de la classe. Vous me copierez cent fois "je ne dois pas parler de nadalopithèque sur le blog à Laufer"...

Écrit par : david laufer | 09/06/2008

C'est quoi ces divagations sportives ? Elles n'ont rien à voir avec le sujet de cette page. C'est seulement pour déverser votre bile hargneuse sur quelqu'un ? C'est complètement nul.
Pour en revenir à l'article de M. Laufer, je dirais que ce n'est pas le seul sujet sur lequel la France a du mal avec son passé. On pourrait y ajouter la colonisation ou la guerre d'Algérie. Ce sont des périodes qu'on a de la peine à évoquer sans que s'élèvent immédiatement des voix outrées que l'on puisse mettre en doute l'honneur de la France.

Écrit par : gamine | 09/06/2008

Gamine, si vous considérez que toute digression devrait être bannie des blogs, vous n'avez qu'à ouvrir votre propre blog. Ainsi, vous pourrez vous exprimer toute seule dans votre coin. Pour les commentaires, on repassera... À ma connaissance, je n'ai dit du mal de personne, et je ne crois pas que ce soit une grande faute que de commenter la tenue ou le style des sportifs ou de dire que ceux-ci ne mettent pas toujours en valeur leur beauté, qui est certaine.

Écrit par : Inma Abbet | 09/06/2008

Pour ma part, je suis parfaitement conscient que ces commentaires sont complétement hors sujet. Et alors ? Il suffit à M.Laufer de les supprimer si tel est son bon plaisir. A ce jour, aucun de mes commentaires n'a subsisté chez Pascal Décaillet et je ne m'en porte pas plus mal...
Je fais cependant remarquer à Gamine la cacochyme qu'elle ne serait pas venue déposer ses commentaires si profonds sur la France, la colonisation etc... si Inma et moi n'avions pas échangé quelques considérations sur la nature plus ou moins simiesque de l'homo sportivus vulgaris...

Écrit par : Géo | 09/06/2008

Gamine la Cacochyme vous dit simplement que ses commentaires auraient été les mêmes si elle avait pu les passer avant les vôtres, car ils lui venaient à l'esprit en lisant le texte de M. Laufer. Mais stop à la polémique stérile, elle vous dit simplement : bonne soirée ! Car elle, elle va regarder les deux matches de cette soirée.

Écrit par : gamine | 09/06/2008

"Gamine la Cacochyme vous dit simplement que ses commentaires auraient été les mêmes " Je n'en crois pas un mot. Pour preuve, leur quasi-nullité, qui montre que vous avez rajouté cela pour faire joli. Mais bon, si cela vous amuse...
On a déjà le Père Siffleur dans ce genre là...

Écrit par : Géo | 09/06/2008

La cacochyme s'est réveillée de bonne humeur et elle a éclaté de rire en lisant le dernier commentaire de celui qui, vu la "hauteur" de ses interventions, doit certainement être un ado boutonneux mal dégrossi.

Écrit par : gamine | 10/06/2008

Tu parles ! Vu votre niveau de mauvaise foi vous devriez absolument essayer de joindre l'abominable Père Siffleur. Vous êtes fait pour vous entendre...
David Laufer : libre à vous de couper tout ça...

Écrit par : Géo | 10/06/2008

Je vous avoue que cet abus me gonfle un peu, mais enfin, les limites de la décence n'ont pas encore été franchies. Je laisse les lecteurs libres de décider, ou de comprendre quand celles-ci l'auront été. A moins qu'une insulte ne vienne fausser la donne.

Écrit par : david laufer | 10/06/2008

Eh bien supprimez tout ça et n'en parlons plus !

Écrit par : Géo | 10/06/2008

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