09/06/2008

Libération et Obama

Voilà, c’est fait, les Clinton ont jeté l’éponge. En promenant mon fils dans ce dimanche automnal, j’en viens à me demander si moi aussi, je n’ai pas jeté l’éponge. Jean-Claude Guillebaud a parlé notre état vacciné face à l’existence. Après un feu d’artifices aussi spectaculaire que le fut le 20e siècle, nous serions, selon lui, vaccinés contre les croyances, les idéologies et les promesses ; mais aussi contre l’espoir. Et devant le spectacle que nous offre la politique ces temps-ci, j’ai tendance à me sentir, ou à me vouloir vacciné. Est-ce d’avoir longtemps vécu en Serbie où j’ai appris, bien malgré moi, que tout peut toujours s’empirer ?

 

En regardant Barack Obama, une seule pensée me vient à l’esprit : quel diable d’homme que cet homme-là. Comment résister à ce grand et beau Sénateur, à cette immaculée dentition, à ce phrasé lent, sûr, inspiré qu’Obama adopte dans ses discours ? Libération en dresse régulièrement des portraits, modèles staliniens d’éloges à-plat-ventristes. En cela, pour une fois, le quotidien de gauche est très représentatif de l’Obamania générale qui est en train de s’emparer de ce côté-ci de l’Atlantique. Obama, gendre idéal, anti-Bush par excellence, grand orateur fougueux. On se rappelle maintenant ces mots prononcés lors de sa première victoire, aux primaires de l’Iowa : « En cette nuit de janvier, en ce moment décisif de l’Histoire, vous avez fait ce que les cyniques disaient que nous ne pourrions pas faire ». Et on se prêt à rêver qu’effectivement les Américains élisent un homme jeune, métisse, brillant et idéaliste pour remplacer un vieux, blanc, idiot et cynique.

 

Et pourtant, je n’aime pas Obama. Pour être plus précis, j’aime bien Obama maintenant, cet homme providentiel, ce souffle d’espoir incarné. Mais je n’aime pas Obama président des Etats-Unis. Je prends des pincettes lorsque j'entends « Obama est le nouveau Kennedy », comme ces bleds pourris qu’on appelle « La Venise croate », ou ce scribouillard qui devient « L’Oscar Wilde zurichois ». L’Hebdo de cette semaine titre « Obama : condamné à décevoir », mais cela, tout le monde le sait, l’anticipe même. Devant un déficit budgétaire de 500 milliards de dollars, une guerre interminable (inter-minables, pour reprendre un mot d’Alpha Blondy) qui a déjà coûté 3 trillions de dollars, une image internationale pas bien meilleure que celle de l’Allemagne nazie, une récession qui s’annonce et le dollar qui continue de couler, il serait léger de croire que même un génie de la politique puisse arranger tout cela en quatre années, ou même en huit.

 

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C’est là que Tony Blair m’offre un rappel de vaccin bienvenu. Après des années de conservatisme cruel, sous Thatcher et Major, voilà ce jeune avocat brillant, pas très expérimenté, orateur hors pair, qui parlait de changement pour son pays. Sa soif de pouvoir, il en parlait librement, on trouvait cela candide et honnête. Alors on l’a élu triomphalement, plusieurs fois même. Et puis bien des années plus tard, on réalise qu’il était aussi cruel que ses ennemis, plus belliqueux même, qu’il a en réalité appliqué exactement la même politique qu’eux, juste en plus agressif. Pourtant, jusqu’au dernier jour, même lorsqu’il est éreinté par la presse quotidienne, il suffit qu’il s’empare d’un micro pour que la magie opère de nouveau, pendant quelques secondes volées à son infamie. Je crois, je crains qu’Obama ne fasse une démonstration très semblable à celle de Blair. Plus on les attend, plus les politiques nous trompent, c’est d’une macabre prévisibilité. Contre ce syndrome-là, hélas, les vaccins semblent inopérants.

Commentaires

même s'il déçoit une fois élu obama n'en reste pas moins porteur d'un espoir qui le dépasse...il incarne peut étre même malgrés lui ce que des milliards d'etres humains sur cette terre portent au plus profond d'eux: le dépassement d'une condition prédéfinie...
tous les espoirs aprés son éléctions seront permises dans tous les recoins de la terre avec cette idée que si les américains l'ont fait d'autres les imiteront et ce n'est pas pour rien que l'amérique reste le moteur du monde dans bien de domaines
et pour le reste avoir une meilleure politique que bush n'est pas le plus difficile

Écrit par : pisco | 09/06/2008

Un article de la Weltwoche d'il y a deux semaines prenait le contre-pied de la flagornerie ambiante. Personnellement, ce genre de candidats me paraissent tellements agaçants et malhonnêtes que je n'écoute même pas leurs boniments... Enfin, quand ils ont quelque chose à raconter. Parce que la plupart du temps il se contentent de formules incantatoires comme "le changement" "le progrès" "la solidarité"... Les figures charismatiques n'éveillent chez moi que de la méfiance. Je me demande toujours quel sale coup sont-ils en train de préparer en douce. Je suis immunisée depuis mon enfance contre les gens populaires, souriants, contre ceux qui personne ne met jamais en cause. Ce n'est pas normal de n'être jamais critiqué...

Écrit par : Inma Abbet | 09/06/2008

Ceux qui ont prétendu avoir l'expérience ont conduit et continuent à conduire l'humanité à la dérive; en réalité, l'expérience n'est pas expérience mais plutot une notion relative. Cela étant, c'est la sagesse l'habitant du discernement, qui doit, à notre avis, présider à la destinée de la communauté humaine. Hors, cette sagesse n'est pas de l'apanage du viel homme ni du jeune homme mais plutot de celui qui la possede car en réalité dans l'homme c'est l'esprit. OBAMA l'emportera.

Écrit par : Jean bedel | 09/06/2008

A ce jour, c'est un doux rêve que de penser que les USA auront l'audace de choisir un Obama pour président. Le marasme économique dans lequel les américains sont plongés fait penser à la fin d'un empire et au déclin d'une civilisation qui a négligé des valeurs d'égalité et de fraternité. Sans tomber dans le gauchisme, Obama surfe sur cette vague de l'espoir retrouvé dans un peuple uni...au moins dans les spots à la TV.et finalement ce n'est pas si mal car je me souviens encore de ces anciennes séries télévisées "Les Dukes de Hazard" où je ne crois pas qu'un acteur black ait eu le moindre rôle. Quel progrès époustouflant en moins de 30 ans: ils ont un candidat qui n'est pas blanc! Alors moi je l'aime bien Obama en fin de compte

Le renouveau des USA passera par une libération des consciences, une ouverture aux autres. La fin du conservatisme armé semble être proche. Obama incarne cette nouvelle façon (pour un américain) de concevoir l'existence: celle de la diversité. Alors oui il a un discours creux, oui il est façonné comme un acteur de série B californienne, oui il incarne le père de famille idéal accompagné de sa douce et tendre épouse...mais si c'était cela dont les américains avaient besoin? Car en face de lui, un splendide représentant blanc ex militaire décoré conservateur se propose lui aussi pour un monde meilleur. Mais le problème c'est qu'il ne fait pas rêver.

En conclusion, en Suisse on peut se contenter de rêver au bord du léman entre des familles métissées, dans un brassage culturel fantastique et même de passer son samedi après-midi sous le marché couvert de Vevey à chiner à la brocante pour trouver des couverts plaqués argent d'époque pour l'un de ses amis... par exemple... mais en amérique, après une crise du dollard, la crise des subprime, une guerre sans raison ni fondement légal, le rêve c'est simplement d'écouter un jeune black qui, malgré son discours creux, laisse 50% de chance aux américains d'être sincère. C'et déjà pas trop mal comme rêve après 10 ans de Bush...

Écrit par : Karpoff | 09/06/2008

Depuis très longtemps et à chaque élection américaine, les européens en cœur, voterais (heureusement, ils n'ont pas le droit de vote aux USA), pour les démocrates.

Même (et surtout) à 71 ans, McCain peut (et va) gagner ces élections, haut la main.
Grand-père, père et fils McCain, tous des amiraux, sauf John, pilote, mais haut gradé, expérimenté, soutenu par le clan Bush (Ben Laden family y compris ;o) ), par John Kerry (ketchup Heinz), le clan des "Skuls and Bones", société secrète de Yale, où, entre autres, comme anciens élèves, il y a les 3 générations de Bush's (Prescott, George, George W.), Bill Clinton, Hillary Rodham Clinton, John Kerry et bien d'autres.

Les élections ont lieu au mois de novembre.
Je parie 1 milliard $ qu'avant les élections (1 semaine environ), Osama Ben Laden, nous gratifiera d'une belle bande vidéo, annonçant la fin des USA, si J. McCain est élu...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 09/06/2008

David Laufer ou L'art de maquiller son racisme.

Écrit par : uneblanche | 23/09/2009

Ah vraiment ? Développez, s'il vous plaît.

Écrit par : david laufer | 23/09/2009

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