30/06/2008

Le Point et Besancenot

Pour fuir le Léman assoupi dans sa canicule de bière tiède et de frite molle, avec ses enfants rouges, dégoulinants de Coca-Cola séché et de crème glacée fondue, j’ai mis le cap sur le Jura. En traversant la campagne écrasée sous le soleil d’avant l’orage, non loin de la Sarraz, les blés que je croyais balayés par le vent de juin n’étaient qu’une hallucination de ma vision trompée par la chaleur luciférienne. Au-dessus de Romainmôtier je suis allé m’asseoir sous un marronnier et respirer un peu. A mes pieds, comme une carte Michelin, mon pays tout entier dépliait ses villages et ses champs vallonnés. Non loin de là, une vaste ferme de pierre jaune, au grand toit incliné comme un béret m’a rappelé le monde de Tourgueniev. Pendant quelques instants, ivre de Celsius, je me suis imaginé vivant dans cette bâtisse séculaire comme dans un roman de Tourgueniev, paisiblement, au rythme des saisons. Recevant régulièrement une société provinciale mais colorée, me rendant chaque année à Pétersbourg pour garder vif mon carnet mondain et rafraîchir ma garde-robe. Tout cela grâce aux travaux éreintants de mes métayers, épuisés, maugréant et craignant Dieu.

 

Il y a fort à parier qu’Olivier Besancenot, lorsqu’il distribue son courrier en banlieue parisienne, ne rêve pas à Tourgueniev, encore moins à renouveler sa garde-robe à Pétersbourg. C’est l’une des quelques distinctions qui existent entre lui et moi. A quoi rêve-t-il ? Ah, voilà une question intéressante. Car il rêve, c’est certain. Mais à la différence du monde à jamais enfoui de Tourgueniev, ce dont je ne me consolerai jamais, les rêves d’Olivier Besancenot ont un brillant avenir. Mieux, à observer ce facteur au destin irrésistible, on serait presque tenté de dire que ses rêves sont l’avenir. A tout juste 34 ans, il est paraît-il le leader de gauche le plus apprécié des Français. Aux dernières présidentielles, les 1,5 millions d’électeurs qui ont mis son nom dans l’urne sont tombés sous le charme de ce qui, à mes yeux, a été de loin la meilleure campagne de candidature. En quelques années, il a rendu caduques, presque risibles, la quasi-totalité de ses concurrents.

 

Loin des rhétoriques brillantes mais (volontairement ?) suicidaires de Le Pen auquel tout le monde veut désormais le comparer, Besancenot sait manier une langue simple, sans effet de manche, mais toujours précise et en phase avec l’opinion. Ainsi, pour trancher avec le nom trop pesant de Ligue Communiste Révolutionnaire, il vient de créer le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA). Anti-quelque chose ? s’étrangle-t-on à première lecture. Mais vient la seconde lecture, puis la troisième et on comprend qu’il fait mouche. Parce que son programme, c’est son parti, et vice-versa : Nouveau, parce que jeune et tranchant avec la vieille garde qui s’accrochait à son rôle d’éternel opposant ; et Anticapitaliste parce que Besancenot comprend bien qu’altermondialiste ne veut rien dire, et qu’une frange très conséquente de l’opinion n’en peut plus des excès du libéralisme. C’est une récupération sur tous les fronts : celle des déçus du socialisme qui a commis un irréparable péché idéologique en favorisant la libéralisation des marchés ; celle des déçus de la droite qui n’offre pas son pouvoir d’achat, qui ne pourra jamais l’offrir et tout le monde le sait.

 

Une des meilleures preuves de la pertinence de Besancenot est la nervosité maladive que l’évocation de son nom crée chez les Socialistes, comme en témoigne cet article moqueur du magazine de droite Le Point. L’Infatigable Nicolas plaisante même à haute voix de voir que Besancenot fait peur aux Socialistes comme autrefois Le Pen terrifia le RPR. Outre qu’il est totalement erroné – Le Pen a toujours reculé devant le pouvoir, revendiquant son rôle de fou du roi -, ce parallèle est gravement irresponsable : en encourageant Besancenot, cette droite suffisante et aveugle nourrit son propre bourreau.  

 

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Très organisé et discipliné, vivant de son travail de postier à 80%, armé d’une soif inextinguible de pouvoir, communiquant de génie et sachant parfaitement jusqu’où on ne peut pas aller trop loin, voilà l'homme providentiel qui va ramener la gauche aux affaires. En France bien sûr, mais je ne serais pas étonné qu’il fasse des émules un peu partout en Europe. Le NPA a clairement une vocation et une ambition que d’autres aujourd’hui n’ont pas, n’osent peut-être pas avoir. En d’autres mots, si le NPA était listé à la bourse, j’achèterais sans hésiter.

01:19 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (7)

Commentaires

"En d’autres mots, si le NPA était listé à la bourse, j’achèterais sans hésiter." : Excellent!

En ce qui me concerne, je considère qu'aujourd'hui la véritable "ligne de clivage" est la position vis à vis de l'union Européenne. Or, dans le discours de M. Besancennot, jamais elle n'est remise en cause. C'est quand même curieux.

Écrit par : BLM | 30/06/2008

Quelle erreur, Besancenot ne livre jamais le courrier ! Il met son uniforme de postier seulement pour les photographes. Son "petit studio" dans le XVIII est un appart de 4-5 pièces à Montmartre et payé par Crivine ! Ces informations sont sur le net.

Écrit par : Octave Vairgebel | 02/07/2008

Rien trouvé à ce sujet, sinon les habituels sites anti-gauche qui, comme leurs adversaires, mélangent hardiment les idées et les faits les plus farfelus. Par exemple, justement, que Besancenot n'est pas du tout postier avec un salaire de 1'000 Euros net par mois (ce dont La Poste devrait peut-être s'expliquer?). D'autre part, jamais entendu l'histoire du studio. Pour mémoire, il vit avec une femme et un enfant. J'ai aussi entendu que Royal est en fait une multi-millionnaire. Ou que Chirac a des comptes à numéro au Japon.

Enfin, je serais curieux, malgré tout, de voir les sources dont vous parlez. Pour mémoire, une petite citation pas sans intérêt: "Quand la recherche de la vérité se confond avec la défense de certaines idées, elle se réduit à une recherche de pouvoir". C'est du philosophe américain Alston Chase, spécialiste des mouvements d'extrême gauche.

Écrit par : david laufer | 02/07/2008

Cela n'a pas beaucoup d'importance, mais Besancenot est bien fils de bourges intellectuels et il fait le postier comme les maos étaient partis pour l'usine. Vous en côtoyez peut-être tous les jours sans le savoir, bien que paraît-il beaucoup des nôtres sont partis au Québec. Ceux qui ont témoigné comme anciens 68tards dans la presse romande l'étaient en général autant que moi j'étais grognard chez Napoléon.
Ce qui est important par contre, dans votre message, c'est que le parallèle entre les années trente et aujourd'hui devient toujours plus pertinent, les mêmes causes produisant les mêmes effets : l'exacerbation de la lutte des classes, la montée de partis communistes, la montée de leurs antidotes, l'extrême-droite, basée sur l'exaspération des masses européennes face aux vagues massives d'immigration. Dans 20 ans, Besancenot sera dans un camp avec un costume rayé et les jeunes seront habillés de chemises brunes, ne pourront marcher dans la rue que par rangs de 4 et au pas.
Vous avez remarqué que les humains n'aiment que les extrêmes ? Que le balancier ne s'arrête jamais entre les deux ? Si vous aimez boursicoter, misez sur l'extrême-droite et dites vous que les Américains ne viendront plus en Europe la combattre. On se demande même finalement pourquoi ils l'ont fait en 42-45...
Par amour de la démocratie ? comme en Irak ? Et n'étaient-ce pas eux qui étaient les banquiers de Hitler ? Papy Kennedy ne fricotait-il pas avec les Nazis ?

Écrit par : Géo | 02/07/2008

Le pire c'est que ce dénommé Besancenot a une maitrise en histoire et geo. et qu'il pique la place à quelqu'un de moins diplomé qui aurait plus sa place en tant que facteur que ce triste farceur de Besancenot (toujours le mensonge à la base). D'ailleurs en France personne ne débat avec lui sur les problèmes de fond du communisme ça ne se fait plus , on préfère se retrancher derrière la pensée unique, correct, conformiste. Seul Copé ou Wôrst le ministre des finances ont tenté de lui mettre le nez dans le caca mais il se garde bien d'embrayer dans une conversation de fond. Dans le temps on avait Sanguinetti un corse plusieurs fois ministre qui ne se génait pas d'envoyer de bonnes rasades dans le faciés des communistes.

Écrit par : hervé | 05/07/2008

"Le parallèle entre les années trente et aujourd'hui devient toujours plus pertinent, les mêmes causes produisant les mêmes effets : l'exacerbation de la lutte des classes, la montée de partis communistes, la montée de leurs antidotes, l'extrême-droite, basée sur l'exaspération des masses européennes face aux vagues massives d'immigration."

C'est bien ce mouvement de balancier dont vous parlez plus bas, c'est bien de cela dont je parle et qui me semble l'un des faits les plus intéressants - et inquiétants - de notre temps. La République de Weimar me semble plus proche que jamais et Besancenot y oeuvre de toute son énergie, qui est très grande.

Écrit par : david laufer | 09/07/2008

Attention l'histoire ne se renouvèle jamais . C'est toujours un scenario différent de celui au quel on s'attendait. Ce ne sont pas les mêmes hommes, pas les mêmes structures, pas les mêmes mentalités, les catégories de pensées se métamorphosent. En 1914 on croyait que se serait la même guerre qu'en 1870 c'était faux, même chose en 1940. Il est extrémement difficile de prévoir l'avenir. Tout le monde c'est toujours trompé même Jules Vernes qui n'a jamais imaginé l'informatique. Moi je n'ai qu'un espoir que l'Europe progresse vers son unité .C'est le seul et grand espoir que nous pouvons avoir pour éviter de recommencer ces boucheries du 20 siècle dues aux nationalismes, au patriotisme aux idéologies idiotes, ces vieilles notions ringardes et sanglantes que d'une façon générale les gens petit à petit finissent par rejeter. L'intelligence finit toujours par triompher de la bêtise comme Saint Georges térrassant l'hydre démoniaque de sa lance. Mais comment prèvoir que le progrès se réalisera.? Je l'espère pour nos enfants. Faisons confiances en l'intélligence universelle !

Écrit par : hervé | 10/07/2008

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