07/09/2008

Le Monde Diplomatique et l'école vaudoise

Vendredi soir, nous étions invités à dîner. Pour veiller au sommeil du petit, une charmante voisine de 16 ans vient bûcher dans notre salon ses leçons de rentrée au gymnase cantonal du coin. Tandis que mon épouse finit de se poudrer, je discute avec l’étudiante qui me montre ses manuels scolaires. Je saisis celui de géographie et feuillette l’ouvrage, puissamment rébarbatif, n’y trouvant que du texte et des schémas ennuyeux, tout cela photocopié en noir et blanc, et recto uniquement. Et je tombe en arrêt sur la page 2, le texte d’introduction de ce manuel d’instruction publique cantonale : un éditorial du Monde Diplomatique signé, évidemment, Ignacio Ramonet.

 

L’édito en question s’intitule L’an 2000­. Même en considérant qu’un journaliste ait sa place dans un manuel de géographie de première année du gymnase, où il est encore essentiellement question de lave et de tectonique, on peut froncer les sourcils devant un tel choix de texte. Car depuis l’an 2000, deux ou trois événements ont rendu obsolètes les vues de quiconque ignorait encore tout du 11-Septembre, des guerres en Irak et en Afghanistan, du réchauffement climatique dont il n’est pas fait même mention, de la puissance économique de la Chine et de la chute économique américaine, etc, etc. Pour proposer aux élèves une vision subjective et autorisée du monde tel qu’il est actuellement, intention probable des professeurs, ce texte est donc aussi inutile qu’il est déplacé.

 

Car j’aime beaucoup Ignacio Ramonet et il ne serait pas exagéré de dire qu’il m’a appris quelque chose dans ses éditoriaux, virulents et minutieux comme des actes d’accusation. Lorsque j’étais étudiant et que le communisme était en train de boire la tasse, Ramonet représentait un état d’esprit nouveau qui, plus tard, s'est incarné sous le nom d’altermondialisme et qui a pris l’ampleur que l’on sait. Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, on ne peut qu’être impressionné par le personnage, par sa conviction personnelle et par sa cohérence. Mais que diable Ignacio Ramonet vient-il faire dans un manuel de géographie de l’école cantonale vaudoise ?

 

La fin de l’édito explique ceci : « C’est pourquoi les citoyens multiplient les mobilisations contre les nouveaux pouvoirs, comme on l’a vu récemment [il y a donc presque dix ans] à l’occasion du sommet de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Seattle. Ils restent convaincus que, au fond, le but de la mondialisation, en ce début de millénaire, c’est la destruction du collectif, l’appropriation par le marché et le privé des sphères publique et sociale. Et sont décidés à s’y opposer. » Que répondra le professeur à qui un élève aurait l’idée de demander pourquoi ce même diable absolu d’OMC a choisi de s’établir, tout comme le marchand d’armes Northrop Grumman, à Genève, en Suisse ? Je repense à ces profs de lycées parisiens qui envoyaient année après année leurs élèves se faire trucider dans le maquis.

 

Quelqu’un que j’aime me disait l’autre jour : « Le capitalisme, c’est aussi naturel que la vie, ça coule de source. » Voilà effacées en une phrase des milliers d’années d’histoire humaine et toutes les atroces batailles que les systèmes ennemis se sont livrés depuis la nuit des temps. C'est la plus puissante et la plus dangereuse victoire de toute idéologie: de faire oublier qu'elle est une idéologie pour prendre le manteau de l'évidence. Et il y a dans le choix des professeurs qui ont mis ce texte de Ramonet en exergue de leur manuel, un texte violemment communiste, cette même erreur philosophique de penser que leur point de vue est si évident qu’il en est objectif. Il est même si naturel qu’on peut, qu’on doit l’enseigner aux enfants comme s’il s’agissait d’une parole d’évangile.

23:27 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (30)

Commentaires

Si vous adoptez une lecture historiographique matérialiste et de longue période, comme le fait probablement Ignacio Ramonet, il n'y a rien d'étonnant à négliger les évènement épiphénoménaux que sont les attentats terroristes ou les guerres, et même les mouvements de richesse régionaux (montée de la chine, chancellement des USA, etc). Ce qui compte ce sont les tendances substructurelles globales, les inflections du mode de production mondial ; leurs incarnations précises n'ont guère d'importance réelle.

Écrit par : stéphane staszrwicz | 08/09/2008

Et si les textes de Ramonet étaient une occasion pour apprendre l'analyse du discours? ce serait juste merveilleux. Notre prof de philo au Lycée, en 1987-8-9 nous lisait des éditos de la presse italienne (peut être encore plus idéologique et certainement plus nombrilliste que la française) et nous demandait de les décortiquer jusqu'à une question qu'il définissait de fondamentale, et là commençait le cours de philo... inutile d'ajouter que j'ai fini par une licence en philo. Et maintenant je cherche du travail dans un monde capitaliste.

Écrit par : Roberta | 08/09/2008

@Stéphane: le texte en question, si vous le lisez, s'en prend bien à des "incarnations précises", telles que le sommet de l'OMC à Seattle, qui n'est rien en comparaison du sommet du G8 à Gènes et de ses conséquences. Les "conditions substructurelles globales" ont elles aussi radicalement changé depuis le 11-Septembre, sans parler de ce qui est en train de se passer dans le Caucase. Ce ne sont pas des épiphénomènes, et le texte de Ramonet est totalement périmé en la matière.

@Roberta: je doute que les intentions des professeurs soient ici si louables. Aux dires de l'étudiante en question, ce texte n'a même pas été discuté en classe. Il fait partie du manuel au même titre que son contenu scientifique géographique.

Écrit par : david laufer | 08/09/2008

J'imagine que tout éditorial est condamné à paraître très vite obsolète, c'est une loi du genre. Bien sûr, Ignacio Ramonet s'appuie sur l'actualité du moment, mais ce qui compte à mon sens --- et peut-être au sens de l'auteur ---, c'est de prendre ces évènements superficiels, non pour eux-mêmes, mais comme des révélateurs des tendances profondes. C'est en cela qu'un texte de circonstance peut recevoir une dimension plus relevée.

Les conditions substructurelles globales n'ont guère changé depuis les attentats du WTO. Elles évoluent certes en permanence un (tout) petit peu, et la difficulté consiste à trouver où l'on doit placer le seuil de négigeabilité, mais en l'occurrence, je ne voit pas qu'elles aient subi une transformation fondamentale. Quand au 11 septembre et à la guerre juzhno-ossète, difficile d'imaginer plus épiphénoménal en effet. Ces deux péccadilles ne sont vraiment que pur effet sans force causale.

Écrit par : stéphane staszrwicz | 08/09/2008

Difficile d'imaginer des commentaires plus choquants que ceux de "stéphane staszrwicz ". Mais c'est vraiment un bon indicateur de l'état de dégradation du sens critique dans notre monde. Le hic, c'est que de telles provocs amènent au mutisme de la majorité, que l'on dira silencieuse par la suite...
Sauf qu'à ce que j'entends, elle n'en pense pas moins...

Sur le fonds, je partage aussi vos doutes sur l'objectivité des enseignants. Et des journalistes...
Le problème, c'est que le divorce devient toujours plus profond entre population suisse et les idéologues gauchistes au pouvoir dans l'instruction publique et les médias...

Écrit par : Géo | 08/09/2008

Oups, en me relisant, je constate que j'ai commis une confusion stupide (en plus de quelques fautes d'orthographe) : C'est bien entendu des attentats du WTC qu'il s'agit...

Par ailleurs, je ne vois guère en quoi mes commentaires peuvent choquer, mais je vous laisse le soin de vous expliquer.

Écrit par : stéphane staszrwicz | 08/09/2008

SS@ Imaginez le même cours amoureusement préparé par quelques profs bien intentionnés avec en exergue un texte d'un extrémiste de droite. Sans aucune mise en garde, sans commentaires, etc...
Qu'en penseriez-vous ?
A quoi sert un professeur, si ce n'est d'essayer de guider la formation d'un jeune individu à acquérir les bases nécessaires à une certaine compréhension objective du monde ? Ignacio Ramonet joue-t-il dans ce registre- là ?
N'avez-vous pas remarqué que depuis que les journalistes - respectivement les historiens - ont déclaré que l'objectivité était imposssible, ils se vautrent avec délectation dans un marais idéologique des plus subjectifs.
Je vous le redis, imaginez ce texte écrit par je ne sais quel idéologue de l'extrême droite (si encore, à force de traiter Blocher de nazi, vous savez ce qu'est l'extrême droite...).

Écrit par : Géo | 08/09/2008

Bah. Au gymnase, au collège, on eu des profs coco et d'autres fachos, qu'ont-ils laissé comme traces durables sur notre vision des choses? Et il fut un temps où le manuel officiel d'histoire utilisé dans les écoles secondaires vaudoises était signé d'un certain Georges-André C. Un cas d'école, c'est le cas de le dire, en fait d'erreur philosophique et de subjectivité présentée comme objectivité. Je ricane donc en lisant ici que l'instruction publique et les médias sont aux mains d'«idéologues gauchistes»... Le véritable problème avec ce manuel me semble plutôt être son caractère résolument obsolète. Mais en te relisant, il semble qu'il s'agit plutôt d'un polycopié que d'un bouquin en bonne et due forme. Donc, pour résumer l'info, un prof a photocopié un édito du Monde diplo pour ses étudiants gymnasiens? Et alors?

Écrit par : Blaise | 10/09/2008

Et alors, il s'agit d'un polycopié, mais c'est pourtant bien le manuel officiel. D'une qualité graphique épouvantable, imprimé en recto (50 pages gaspillées), en noir et blanc, il est donc le manuel officiel de ce gymnase, qui d'ailleurs le revend 20 francs à ses étudiants. Première édition 2002, révisée en 2006.

Et puis je ne me souviens pas avoir eu à me farcir des textes ouvertement stalinistes (Ramonet est un castriste militant) ou fascistes comme introduction mes manuels d'antan, si idéologiques aient-ils été. En plus ce texte, d'une rare violence militante, n'est ni introduit, ni discuté en classe. Il est présenté comme introduction, et le message est clair: Ramonet a une valeur scientifique égale au contenu du reste du manuel, qui est lui technique. Ce serait tellement différent si le texte était proposé comme une vision du monde parmi d'autres. Mais ca n'est très nettement pas le cas ici. Et c'est grave.

Écrit par : david laufer | 10/09/2008

Cela pourrait être grave si l'école et les contenus scolaires avaient en effet un impact sur les opinions et la vision du monde future des élèves, mais si tel était le cas, on l'aurait remarqué. Les adolescents ont d'autres sujets de préoccupation...

Au surplus, comment ceux qui vaticinent depuis des décennies sur les hordes de professeurs (ou de journalistes) gôchistes et leur influence pernicieuse expliquent-ils que la majorité de la population vote pour des partis de droite ou du centre-droit ?

Écrit par : stéphane staszrwicz | 10/09/2008

@Stéphane, je cite Roberta, plus haut: "Notre prof de philo au Lycée, en 1987-8-9 nous lisait des éditos de la presse italienne (peut être encore plus idéologique et certainement plus nombrilliste que la française) et nous demandait de les décortiquer jusqu'à une question qu'il définissait de fondamentale, et là commençait le cours de philo... inutile d'ajouter que j'ai fini par une licence en philo."

Vous passez donc par pertes et profits le fait que, par exemple, l'histoire suisse de GA Chevallaz, un monument de distortion historique, a été et demeure pour certains une vérité cardinale. Que la guerre pour le contrôle des esprits par les politiques commence souvent par l'école et à travers les manuels scolaires.

Écrit par : david laufer | 10/09/2008

"l'histoire suisse de GA Chevallaz, un monument de distortion historique"
Naturellement, je suppose sur le fait de cacher que les véritables auteurs de la Shoah sont les Suisses et non les Allemands comme nous pauvres esprits simples le pensions bêtement ?
Je me trompe ?

Écrit par : Géo | 10/09/2008

@Géo: Qui a proféré ou seulement sous-entendu de telles âneries ?

Écrit par : david laufer | 10/09/2008

Est-ce "l'histoire suisse de GAC" qui est pour certain une vérité cardinale ou n'est-ce pas plus simplement que GAC s'est contenté de répéter des mythes qui existaient déjà avant lui, et qui étaient déjà partagés par la majorité de son milieu. C'est lui faire beaucoup d'honneur que d'imaginer qu'il ait pu jouer un rôle dans leur création ou dans leur maintien. Il a simplement exprimé des convictions collectives, il ne les a pas créées.

Écrit par : stéphane staszrwicz | 10/09/2008

DL@ Alors la question est : de quelles distortions parlez-vous ? Après tout en histoire, tout est distortion, le rapport Bergier en est la dernière preuve. Ah non, les distordeurs prétendent maintenant que le pacte de 1291 n'est qu'un pacte parmi des centaines d'autres, que la Charte de Brunnen date du XIXème (Ah non, sommes nous bêtes, excusez-nous les gars, on voulait dire XIVème, mais comme nous sommes des super-héros néo-historiens suisses, nous avons suivi l'école vaudoise réformée et nous ne connaiossons pas les chiffres romains...)
Oui donc ? de quelles distortions Chevallaz s'est-il rendu coupable et sont-elles graves au vu des distortions actuelles bergièresques ?

Écrit par : Géo | 10/09/2008

@Géo. Je pense que Chevallaz n'est pas un menteur ou un affabulateur. Plus exactement, il croit bien faire. Mais il colporte, sans trop la vérifier, une version somme toute idéale de "la Suisse de 1789 à nos jours". Une des principales erreurs, dont nous sommes partiellement revenus, est de considérer que la neutralité de la Suisse est un acquis effectif et réel. Qu'il n'y a jamais eu d'entorses, petites ou grandes. Or, qu'il s'agisse de la 1ère ou de la 2e guerre mondiale, il est intéressant, instructif et pas honteux du tout de constater à quel point la Suisse n'a en rien été épargnée par les grandes guerres. Qu'elle y a trempé profondément, sans y jouer du canon, et c'est tout à son honneur.

Quant à Bergier, je constate, chaque fois qu'il en est question, que mon interlocuteur ne l'a pas lu, mais je n'ose vous ranger dans cette catégorie. Car c'est un ouvrage passionnant qui est très, très loin des clichés qu'on en a faits. Son principal est très gros désavantage réside dans la personnalité de l'auteur de la version simplifiée, publiée par Zoé, le sieur Pietro Boschetti. Gauchiste bêlant, il ne peut s'empêcher d'interjeter de vaines perfidies à chaque fin de paragraphe. Mais le matériau historique n'en souffre pas ou peu. Et ce matériau est remarquable. Pour vous avouer une chose toute simple et pathétique: j'en admire plus mon pays après cette lecture.

Écrit par : david laufer | 10/09/2008

"Son principal est très gros désavantage réside dans la personnalité de l'auteur de la version simplifiée, publiée par Zoé, le sieur Pietro Boschetti. Gauchiste bêlant, il ne peut s'empêcher d'interjeter de vaines perfidies à chaque fin de paragraphe"
eh bien voilà, j'avais raison de vous demander quelques précisions...
Et donc merci.

Écrit par : Géo | 11/09/2008

En tant qu’enseignants en géographie au gymnase de Burier, les propos que vous tenez à l’égard du choix du texte de I. Ramonet et incidemment de la brochure d’introduction à la géographie nous ont tout à la fois surpris et consternés. Surpris par la légèreté avec laquelle vous tirez des conclusions hâtives et erronées sur l’utilisation d’un texte par les enseignants et consternés par les accusations infondées de manipulation idéologique des étudiants par les enseignants.
La brochure que vous incriminez rassemble des textes bruts, la démarche pédagogique ne figure pas dans ce recueil de textes, vous ne la connaissez pas et n’êtes donc pas autorisé à la juger! Votre attaque relève par conséquent de la malhonnêteté intellectuelle.

En outre, cette brochure ne constitue pas un manuel de géographie enseigné scrupuleusement de la page 1 à 73 (et non 50 !). Il s’agit d’un corpus de documents que nous avons rassemblés en 2002 et que les enseignants de géographie sont parfaitement libres d’utiliser intégralement, partiellement ou pas du tout ou non et que ce soit intégralement ou partiellement. Il est vendu au prix coûtant de 5.- et non 20.- comme vous l’affirmez. Il contient une partie introductive portant notamment sur l’évolution de la géographie, les divers domaines de cette discipline, les questionnements qu’elle porte pose sur les rapports des hommes avec leur espace. Sont ensuite abordés des thèmes tels que le problème de la représentation de la Terre, les projections cartographiques, des notions d’astronomie, etc…Cette brochure est utilisée (ou non) dans la première partie de l’année scolaire. Sont ensuite abordés des thèmes tels que l’aménagement du territoire (nous avons osé commettre une autre brochure sur ce sujet en mars 2008…) ou le réchauffement climatique.

Le texte auquel vous faites référence traite de façon très critique des conséquences de la mondialisation et apparaît bien en page 2 de la brochure. Mais, contrairement à ce que vous affirmez, il n’est pas lu et enseigné comme parole d’Evangile et ne constitue pas un ersatz d’éditorial au corpus de documents ni un moyen de lever des troupes de jeunes alter mondialistes prêts à se lancer à l’assaut des bâtiments de l’OMC. Dans le cadre de l’épistémologie de la géographie, ce texte permet par exemple de présenter un point de vue sur un sujet souvent abordé dans la discipline. Il offre en outre aux élèves la possibilité de s’interroger sur les propos tenus par I :Ramonet et sur leur actualité. Il est évident que ce texte est engagé, mais il sert de point de départ à une réflexion géopolitique, confrontant des points de vue différents. Il est totalement abusif d'en déduire une intention de manipulation idéologique.

Il est en conséquence regrettable que vous ayez porté de virulentes accusations sans aucune idée de l'usage qui est fait des textes. Argumenter sur le choix des textes, c'est méconnaître totalement l'utilisation qui en est faite au gymnase; c'est réduire les étudiants au rang de potaches incapables de discernement et dénoués d'esprit critique; c'est considérer que l'école s'est faite le temple d'idéologies privilégiées au détriment de l'ouverture d'esprit.
Nous n'enseignons pas à des enfants, mais à des adultes en devenir, capables de raisonnement, amenés à distinguer le subjectif de l'objectif, et que nous respectons trop pour en faire les véhicules de nos idéologies.
Nous ne pouvons cautionner votre méthode qui ne prend pas la peine de s'informer et d'étayer ses enquêtes en approfondissant ses dossiers. Ignacio Ramonet a, quant à lui, le mérite de le faire, et de bien le faire, avant de prendre position, tout en argumentant. On peut être convaincu ou non, les élèves le sont ou non, mais l'éclairage du monde en est enrichi, ne vous en déplaise.

Écrit par : GéoBur | 12/09/2008

"Ignacio Ramonet a, quant à lui, le mérite de le faire, et de bien le faire, avant de prendre position, tout en argumentant"
Au début, je me suis pris à penser que ce texte était assez objectif. C'est fou comme à mon âge, je peux encore me faire des illusions !

Écrit par : Géo | 12/09/2008

Rien de bien choquant dans ce jugement, Géo ; comparé à la moyenne des journalistes, Ignacio R. accomplit en effet des efforts notables pour s'informer et développer ses arguments. On peut toujours rêver de mieux, on peut le suivre ou non dans ses conclusions, on peut donner la préférence à d'autre informations que celles qui lui semblent pertinentes, mais il serait injuste de ne pas lui reconnaître au moins le mérite de ses efforts.

Écrit par : stéphane staszrwicz | 12/09/2008

@GeoBur:

Madame, Monsieur,

Permettez-moi tout d'abord de regretter l'impossibilité dans laquelle votre message me place de vous répondre plus personnellement, puisque je m'adresse à GeoBur, tandis que vous parlez à David Laufer.

D'autre part, je me dois de vous expliquer que je suis blogueur, et non journaliste. Que mes textes sont volontairement exposés à la critique, comme vous l'illustrez si bien, et que je m'y exprime en mon nom propre. Que je poursuis donc avec mes textes une ambition simple: l'objectivité n'existe qu'au travers de la subjectivité ouvertement déclarée.

Enfin, vous le dites vous-mêmes, ce texte est "engagé". Il figure en page 2, sans une ombre d'explication, sans même de notice biographique concernant Ramonet. Or, dans le même manuel, vous insérez une lettre de Christophe Colomb au roi d'Espagne. Comme le texte de Ramonet, voilà un texte fort intéressant et qui possède deux caractéristiques semblables: il périmé factuellement, et engagé idéologiquement. Pourtant, cette lettre du grand navigateur est suivie d'une explication de texte fournie et très critique envers Colomb. Et c'est justice. Pourquoi Ramonet n'a-t-il pas eu droit au même traitement? Pourquoi son texte figure-t-il en ouverture, place réservée à l'introduction de tout livre, c'est-à-dire au prisme qui va orienter sa compréhension par le lecteur?

Votre message ci-dessus ne répond pas du tout à ces questions essentielles, celles de la hiérarchisation et de la présentation des idées. Vous prétendez en plus que vos élèves sont "amenés à distinguer le subjectif de l'objectif". En lisant votre manuel de géographie, qui promeut implicitement un texte par sa hiérarchisation, et qui en critique explicitement un autre avec férocité, je me suis demandé comment vos "adultes en devenir" pourraient vraiment être "amenés à distinguer le subjectif de l'objectif".

Avec mes salutations,

David Laufer

Écrit par : david laufer | 12/09/2008

Le commentaire "atterré" du collectif des auteurs de ce livre de géographie (24 Heures du 12 septembre) est consternant de veulerie: ils nous expliquent que ce n'est pas vraiment un livre, qu'il n'est pas vraiment destiné aux élèves vaudois, que les auteurs ne sont pas vraiment d'accord avec Ramonet, et surtout, qu'un tel texte n'a de sens que lorsqu'on le travaille en classe. Quelle blague! Un document, imprimé et diffusé, vit sa vie de manière autonome, et se fiche bien des intentions de ceux qui l'ont diffusé.
Libre à chacun de partager ou non les conceptions ineptes de Ramonet, mais alors, il faut au moins assumer ses choix - surtout si on s'adresse à des élèves.

Écrit par : Philippe Barraud | 12/09/2008

Monsieur Laufer,

En tant qu'enseignant - mais de chimie, rassurez-vous - je me pose plusieurs questions dont les réponses peuvent intéresser pas mal de mes collègues.

1) Soupçonnez-vous les enseignants de géographie de Burrier de faire du prosélytisme ? Si oui, il faut le dire clairement.

2) De manière plus générale, est-il déontologique d'utiliser comme documents de travail, dans les écoles vaudoises, "Le Monde Diplo" ou "Le Courrier" qui reprend des textes du "Monde Diplo" ?

3) Envisagez-vous de dresser une liste des auteurs/écrivains/journalistes autorisés dans les supports scolaires vaudois ? Si oui, merci de déposer ci-dessous un début ou une ébauche de liste.

P.S. M. Barraud pensez-vous qu'il plus soit déontologique d'utiliser les textes publiés sur votre site commentaires.com que ceux du Monde Diplo ?

Écrit par : Alain Hubler | 12/09/2008

Encore une fois, vous ne comprenez rien, Hubler, à moins que vous faites semblant, ce dont je doute. Vous n'êtes pas vraiment en état d'être malhonnête...
Par contre, vous mettez beaucoup d'énergie à ne pas être d'accord. Plein de bonne volonté, mais pas les moyens...
Faut-il vous le démontrer ?

Écrit par : Géo | 12/09/2008

Que voilà bien de l'agitation pour un article que --- je me répète --- la majorité des élèves ne lira pas et qui glissera sur ceux qui le liront comme l'eau sur les plumes d'un canard.

Écrit par : stéphane staszrwicz | 12/09/2008

@Alain Hubler:

1) Soupçonnez-vous les enseignants de géographie de Burrier de faire du prosélytisme ? Si oui, il faut le dire clairement.

Je ne crois pas pouvoir être plus clair sur mes intentions que je ne l'ai déjà été, sur mon blog autant que dans les commentaires qui suivent. Votre remarque devrait donc s'entendre comme: "Pensez-vous vraiment ce que je crois que vous pensez?" A quoi je ne peux que répondre: relisez-moi.

2) De manière plus générale, est-il déontologique d'utiliser comme documents de travail, dans les écoles vaudoises, "Le Monde Diplo" ou "Le Courrier" qui reprend des textes du "Monde Diplo" ?

Oui, c'est parfaitement déontologique. Une fois de plus, vous ne me lisez pas, ou ne voulez pas me lire. Je me vois donc forcé de me citer moi-même:
"En plus ce texte, d'une rare violence militante, n'est ni introduit, ni discuté en classe. Il est présenté comme introduction, et le message est clair: Ramonet a une valeur scientifique égale au contenu du reste du manuel, qui est lui technique. Ce serait tellement différent si le texte était proposé comme une vision du monde parmi d'autres. Mais ca n'est très nettement pas le cas ici. Et c'est grave."

Votre remarque essaye donc autre chose, c'est à dire de me faire paraître comme droitier, puisque les références journalistiques que vous citez sont à gauche. Vous essayez de me faire dire que je n'aime pas le Monde diplo ou le Courrier, alors que j'ai longtemps été abonné au Monde diplo et que je connais, et apprécie, les textes d'Ignacio Ramonet sans adopter ses positions dans leur ensemble. Votre monde serait tellement plus simple si tous vos ennemis étaient de droite. Je ne le suis pas. La question du contexte est ici essentielle. On ne peut pas l'évacuer sans noyer le poisson de la charge idéologique.


3) Envisagez-vous de dresser une liste des auteurs/écrivains/journalistes autorisés dans les supports scolaires vaudois ? Si oui, merci de déposer ci-dessous un début ou une ébauche de liste.

Selon quels critères intègre-t-on un texte, en élimine-t-on un autre? Pourquoi ne pas intégrer des pamphlets de Céline, des lettres de Staline? Pourquoi certains sont acceptés, d'autres rejetés? Le savez-vous, vous? Je m'interroge sur la place d'un texte dans un manuel scolaire, sur la pertinence de sa présence à cet endroit précis qui est d'ordinaire réservé aux introductions, et vous vous voudriez me faire passer pour un censeur. De quel nom affuble-t-on, alors, ceux qui imposent ces textes et noient le poisson? A quelle forme de mépris outré ont-ils droit?

Écrit par : david laufer | 12/09/2008

Je ne voulais ni vous faire passer pour un censeur, ni pour un "droitier". Je voulais juste que les choses soient plus claires pour moi et pour tout le monde. Car comme le dit Géo qui comprend tout, moi je ne comprends rien ...
Mais maintenant c'est plus clair, merci.
Une dernière chose : si je vous comprend bien, il y aurait eu plus de textes "engagés" de tous bords et sans commentaires parmi les textes "techniques", votre billet n'aurait pas eu de raison d'être.

Écrit par : Alain Hubler | 12/09/2008

@Alain Hubler.

Merci de votre message. Oui, c'est exactement cela: si le texte de Ramonet avait placé à l'intérieur du manuel, au sein d'un contexte, accompagné d'autres textes, la chose eût inattaquable. C'est bien sa position en tête d'ouvrage, et l'absence d'introduction (au moins une bio de l'auteur?) qui rend la chose problématique. Cela soulève, dans ce cas très précis, la question de l'intention des professeurs, et cette question n'est agréable pour personne.

Écrit par : david laufer | 12/09/2008

Alain Hubler@ ce qui m'énerve profondèment chez vous, c'est que vous refusez complétement l'ouverture d'esprit nécessaire pour comprendre ce que veut dire l'autre. Vous n'êtes pas idiot, vous jouez à l'idiot. C'est pire.

Écrit par : Géo | 12/09/2008

Vous définissez un lot de la pensée. À-dire que vous êtes stupide personnes sur la base ils ne peuvent pas, mais vous avez fait "autour de fou"

Écrit par : goat weed daily | 01/12/2008

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