22/09/2008

Anchorage Press et l'Amérique

La semaine dernière, je suis allé au stand de tir. Un ami m’y emmenait pour décharger quelques magasins avec ses deux mousquetons 31. En pénétrant dans le stand, un vieil homme m’a regardé avec méfiance et m’a lancé : « Vous avez fait l’armée ? » Pris de court, j’ai dit : « Euh, non. Ça se voit ? » Et lui : « On ne porte JAMAIS un fusil sur l’épaule gauche ! » J’ai obtempéré, et j’ai senti quelques yeux qui se détournaient de leurs cibles pour me lancer, par-dessus l’épaule, un regard d’incompréhension méprisante. Cette atmosphère m’a fait penser à l’Amérique, celle de Sarah Palin surtout. Cette Amérique est assez proche d’une certaine Suisse et des valeurs que celle-ci entretient encore, notamment dans les stands de tir. Ce sont des valeurs protestantes et simples, selon lesquelles l’usage des armes à feu n’est pas seulement compatible avec la foi chrétienne mais presque constitutif de celle-ci, puisque l’homme est le métayer de toute la Création, ayant reçu de Dieu le mandat de s’en servir et de la faire fructifier, avec des armes si nécessaire.

 

Une certaine presse européenne et même parfois américaine voudrait croire que le modèle de société basé sur ce type de valeurs a vécu. Que l’ère des guerres, de la chasse, de la foi chrétienne, de la famille nucléaire et des conquêtes humaines, géographiques ou technologiques, est révolue. Qu’une nouvelle humanité émerge, portée par l’irrésistible avancée de la démocratie, ce qui doit être compris le plus souvent non pas comme la volonté du plus grand nombre, mais comme l’idéologie de centre-gauche. Cette même presse considère, avec des gloussements désolés, que Sarah Palin est une brave écervelée, à peine capable de grimper sur une scène de village pour se faire élire Miss Wasilla, en Alaska, un trou de 5'469 habitants dont 85,46% de Blancs. Cette même presse considère encore que les trois-quarts de la population américaine sont quasiment débiles, incultes et obèses. Que les Américains sont par nature racistes, violents et tous plus ou moins chrétiens fondamentalistes. En vérité, à en lire le Temps, le Monde ou le Times, on a vraiment l’impression que l’Amérique est en pleine décadence, que son emprise sur le monde est du passé.

 

Anchorage Press, quotidien de la capitale de l’Alaska, offre un combustible de choix pour de telles idées. Son article de tête aujourd’hui relate l’histoire de Jeff Johnston, homosexuel reconverti en hétéro, venu témoigner de sa rédemption sexuelle dans une église locale. Un autre article critique les dépenses inconsidérées de l’État d’Alaska dans ses bibliothèques publiques, sur un ton qui sous-entend que ces institutions sont grotesques et peuplées d’inutiles causeurs. Voilà l’Amérique dont se gausse, très ouvertement, la presse européenne, celle de New York aussi, avec ses idéologues en chef parmi lesquels Michael Moore, le cinéaste, occupe une place de choix. Cette même presse, ces jours-ci, se rengorge dans son autosatisfaction suite à l’effondrement des banques d’investissement de Wall Street. C’est la fin du libéralisme républicain, des reaganomics tant critiqués, et c’est, évidemment, la faute à Bush qui aura donné la chiquenaude fatale à tout ce système corrompu et de toute façon promis à la ruine.

 

Il existe pourtant une autre lecture de tous ces événements, et de ces valeurs. La crise de 29 avait, en creux, consacré la récente domination des Etats-Unis sur le monde en faisant du fameux krach d’octobre une tragédie globale et durable. Quatre-vingts ans plus tard, une semblable déconfiture provoque des effets encore plus immédiats et globaux. Mieux encore, lorsque le gouvernement fédéral propose d’éponger les pertes avec une injection de plusieurs centaines de milliards, l’action UBS prend 33,6% en un jour et les places boursières de la planète entière dansent de joie. Et avec quoi, peut-on se demander le gouvernement va-t-il payer ces milliards, lui qui souffre déjà d’un des plus graves déficits budgétaires de son histoire ? Avec quelles dettes se propose-t-il d’éponger d’autres dettes ? Peu importe, on se congratule de Londres à Shanghai et on est reparti pour un tour de carrousel. Entre temps, presque sans publicité, Morgan Stanley et Goldman Sachs, les plus prestigieuses et anciennes banques d’investissement de Wall Street, annoncent rien de moins que leur virage stratégique à 180º pour devenir des banques traditionnelles. Ainsi, en quelques jours, c’est à nouveau New York et les Etats-Unis qui écrivent, impriment et distribuent la partition sur laquelle le monde entier va jouer durant les années qui viennent. Et tout cela grâce à un seul et unique facteur : la confiance qu’inspire le modèle américain au reste du monde, en dépit de ses faillites évidentes.

 

Alors que le récent épisode géorgien a rappelé que la guerre d’autrefois n’avait pas encore dit son dernier mot, que l’insurrection afghane renaît de ses cendres et que l’irakienne se fait atomiser par les Boys, alors que la maire d’un petit village d’Alaska, chrétienne, chasseuse et mère de famille monte sur la Maison-Blanche en compagnie d’un vieux soldat blessé, alors enfin que Wall Street réaffirme son leadership financier et stratégique global, c’est une Amérique fort démodée qui semble s’imposer. Cette Amérique-là est à l’opposé absolu des projections et des désirs de toute une presse, de toute une élite intellectuelle qui ne comprend toujours pas comment on peut avoir l’impudence, venant de nulle part et n’ayant aucune éducation, de vouloir dominer le monde entier. Ce faisant, cette élite commet deux erreurs graves. D’une part, elle sous-estime son adversaire et s’en moque grossièrement. D’autre part, appelant de ses vœux la victoire d’Obama et la fin de l’Empire américain, elle ne voit que les signes qui semblent confirmer ces désirs. On ne peut imaginer de moyen plus sûr, avec une telle dialectique, de maintenir en selle, et pour longtemps encore, l’Amérique la plus démodée, la plus conservatrice et plus arrogante qui soit.

 

Moi, le gradski debil, pour lequel une arme à feu est aussi inconnue qu’une herse, je me suis senti supérieur dans ce stand de tir, la semaine dernière. J’ai considéré ces tireurs qui m’entouraient avec un mépris sociologique et curieux, ces arriérés qui pensent encore qu’on peut accomplir quoi que ce soit avec des armes à feu. Mais eux aussi me considéraient avec une méfiance un peu hostile. Et je suppose, peut-être à tort, que cette méfiance mutuelle est plus forte et plus virulente aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a vingt ou trente ans, entre les peuples, entre les générations, entre les classes sociales et entre les continents. Dans ces temps où se redessine la carte du monde, où la force brute reprend du galon et où des valeurs qu’on pensait enterrées renaissent avec une vigueur insoupçonnée, il n’est pas sûr que je sois tombé du bon côté.

14:01 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (39)

Commentaires

Peu importe l'épaule, DL, mais assurez-vous que votre arme est déchargée/assurée quand vous quittez votre place de tir.
Quant au reste, tout est parfaitement dit.

Écrit par : Géo | 22/09/2008

Eh ben voilà. Le seul blog de qualité chez l'hébergeur 24 heures, un seul commentaire. Mais courage, DL. Seuls les poissons vivants remontent le courant et chacun de vos billets est un parfait joyau d'intelligence.
Je pourrais finir par avoir de la sympathie pour les gradski debili mais je ne crois pas en réalité que vous en faites partie. Le graski debil ne se soucie pas de l'avis des norodnoski debili...

Écrit par : Géo | 23/09/2008

Ah, merci Geo, mes chevilles enflent. Sinon, rassurez-vous, j'ai beaucoup de lecteurs, même si tous ne me laissent pas de commentaires, hélas...

Écrit par : david laufer | 23/09/2008

Oui, beaucoup de lecteurs. Et quand le billet est particulièrement juste, comme c'est le cas pour celui-ci, la plupart de ces lecteurs n'ont pas de commentaires à ajouter. De ce point de vue, c'est plutôt une bonne chose, parce que sur d'autres blogs, les commentateurs se répondent les uns aux autres et oublient et le sujet du billets et le blogueur.

Écrit par : Inma Abbet | 23/09/2008

Oui, Inma, et quand les commentateurs sont une seule et unique personne, cela devient problématique. Je compatis, mais je continuerai d'éviter soigneusement votre blog...
Maintenant, il me semble que la différence entre un édito et un blog, c'est le retour. Effectivement, un billet de très grande qualité écrase un peu le lectorat, et le résultat est le même que pour un billet archi-nul : pas de commentaires.
Je me doute bien qu'il y a beaucoup de lecteurs chez DL. On aimerait lire les commentaires de certaines personnes tellement sûres d'elles sur des positions différentes, mais il est évident qu'elles ne s'y risqueront jamais...

Écrit par : Géo | 23/09/2008

Les commentateurs peuvent être une seule et unique personne, contrairement aux visiteurs uniques. Au début, je regardais souvent les statistiques du blog et l'origine des visiteurs par pays sur l'ancien modèle. C'était assez curieux de savoir qu'on me lisait au Japon, au Luxembourg ou au Brésil. Pourtant, presque personne parmi ces lecteurs n'a laissé de commentaire. Je me dis que c'est la même chose pour la plupart des blogueurs, ici comme ailleurs.

Écrit par : Inma Abbet | 23/09/2008

Et puisque je suis ici, je peux bien ajouter deux commentaires au billet de DL...

"la confiance qu’inspire le modèle américain au reste du monde, en dépit de ses faillites évidentes"

La confiance, c'est plutôt accepter le moindre mal. D'autres modèles ont surtout prouvé leur inefficacité tout au long de la sombre histoire du XXe siècle. On ne va pas changer un modèle qui inspire une certaine méfiance par un autre qui rappelle les pires horreurs.

"Cette Amérique-là est à l’opposé absolu des projections et des désirs de toute une presse, de toute une élite intellectuelle"

Le vent finit par tourner un jour un un autre. Le nihilisme,l'égocentrisme et l'intolérance de toute une génération culturelle et médiatique finit par lasser la génération suivante, surtout lorsqu'elle comprend qu'aucun grand désastre ne doit être attendu, que les conflits continuent d'avoir lieu à l'échelle locale et que la seule chose qui a changé est la vitesse des communications.

Écrit par : Inma Abbet | 23/09/2008

"la confiance qu’inspire le modèle américain au reste du monde, en dépit de ses faillites évidentes" Mais en quoi consiste au juste ce modèle ? Avez-vous en tête une définition précise ou cette expression n'est-elle qu'un plastikwort trop commode ?

Écrit par : stéphane staszrwicz | 24/09/2008

"Mais en quoi consiste au juste ce modèle ?"
Quelque chose comme fuite en avant à tout prix...

Écrit par : Géo | 24/09/2008

Stuart Eisenstadt, ex-Secrétaire d'Etat, disait: you cannot have McDonald's without McDonnell. Ou: On ne peut pas avoir McDonald's si on n'a pas aussi McDonnell. McDonald's, c'est le produit de masse, la domination économique et un style de vie qui en amène d'autres avec lui: le Coca, les films, etc... Mais on ne peut pas obtenir cette domination-là sans le soutien de l'autre, la vraie, celle qu'on obtient par la force. D'où McDonnell, fabricant d'avions mais surtout d'armes. En d'autres termes et pour résumer, je pense que l'Amérique fonde encore et toujours la puissance de son modèle sur la force armée, que personne aujourd'hui ne peut raisonnablement contester, ce qui lui permet de propager son style de vie et sa culture. L'un ne va pas sans l'autre, et l'un aide l'autre et inversement. C'est ainsi depuis Rome, ses légions et ses temples césariens.

Écrit par : david laufer | 24/09/2008

Alors si c'est cela, ils sont foutus. Parce qu'ils se font tenir en échec en Afghanistan et en Irak par quelques milliers d'ennemis armés de kalachnikov et de RPG et ils veulent s'attaquer à la fois à l'Iran, la Russie, la Chine.
Les soldats américains sont juste bons pour s'attaquer à la Grenade et encore, ds rumeurs disent qu'ils ont failli se faire écraser...

Écrit par : Géo | 24/09/2008

Oui, vous avez raison de souligner que le soldat et le marchand (et le prêtre) vont toujours ensemble, mais cela ne nous renseigne guère sur les caractéristiques spécifiques du système américain. A moins de le définir justement comme l'union du sabre et de la boutique, ce qui paraîtrait trop général pour signifier grand chose.

Et je doute que l'empire romain n'ait dû son succès et sa durée qu'à sa supériorité militaire. Elle était nécessaire sans doute pour conquérir des provinces, mais bien d'autres nations avant les romains ont remporté des victoires sans constituer d'empire durable. Pour cela, il faut d'autres qualités, comme une certaine faculté d'intégration, des capacités d'organisation, etc. Et il faut offrir aux peuples conquis de bonnes raisons de demeurer dans l'ensemble, sinon ils ne tardent pas à s'éparpiller. Est-ce que le modèle étatsuniens les possède ?

Écrit par : stéphane staszrwicz | 24/09/2008

Mais est-il possible de comparer les Romains avec les Américains ? L'impérialisme a changé de forme...
l'opération de l'Irak ressemble plus aux théories du bon Dr Ruffin sur le limes qu'à une véritable main-mise sur le pays tout entier...
On s'assure les sites de production de tout ce qui se rattache à l'énergie et on laisse tomber le reste. On peut juste se montrer étonné que les USA n'aient pas mis la main sur Cabinda et sur les plateformes du Nigéria. A mon avis, cela ne saurait tarder...

Écrit par : Géo | 24/09/2008

Non, bien sûr, ce genre de comparaisons n'est jamais à prendre entièrement au sérieux.

Reste à savoir si cette méthode de colonialisme segmentaire, où l'on occupe dans un pays que les quelques positions qui présentent un intérêt en délaissant les autres, est viable à long terme. L'expérience irakienne ne semble pas le confirmer.

Écrit par : stéphane staszrwicz | 25/09/2008

Il y a une chose toute simple, toute évidente et qui pourtant ne semble pas du tout faire l'unanimité. On persiste, partout, de gauche à droite de l'échiquier, à clamer la décadence militaire, politique et économique de l'Amérique. Ahmedinejad en fait des discours, Alain Jeannet et Jacques Pilet en font des articles, même Tom Friedman du NY Times le déclare. Cependant, et d'une façon sans cesse plus accusée, c'est vers les Etats-Unis que les regards du monde entier se tournent. C'est des Etats-Unis que viennent les problèmes, puis les solutions. En définitive, ce sont eux qui conservent malgré tout l'initiative dans tous les domaines (on peut les détailler, c'est un exercice déprimant). Quelle meilleure preuve de domination mondiale, profonde et probablement durable peut-on apporter? Je ne parle pas ici de forces du bien ou du mal, mais de forces tout court. Le fait qu'ils soient en faillite financière ne fait qu'ajouter à mon propos : le monde entier persiste à faire confiance aux Etats-Unis, en dépit de ses dettes abyssales. Si ca n'était pas le cas, on se tournerait vers d'autres solutions, d'autres pays, d'autres continents. Mais on persiste à regarder New York, comme autrefois on regardait Rome.

Écrit par : david laufer | 25/09/2008

C'est tout-à-fait juste mais ne sommes-nous pas précisèment à un tournant ? Il y a eu à mon sens cette erreur incroyable qu'a été (DJ, VD et alii : j'ai bien dit à mon sens...) l'invasion de l'Irak sous des prétextes évidemment mensongers, contre le droit international et l'avis de beaucoup de dirigeants sensés. D'un coup, la politique américaine est devenue indéfendable (sauf chez Sorman, je sais) et 5 ans plus tard, rien n'est résolu en Irak. Les ennemis de l'Amérique - qui n'ont aucune peine à extrapoler au reste du monde occidental, sauf qu'ils se sont attaqué à Londres et à Madrid, probablement un pur hasard selon Tony Blair et Aznar - n'ont plus qu'à attendre tranquillement le départ des troupes US et le pouvoir leur tombera tout chaud tout rôti dans l'assiette...

Et voilà que les USA viennent de perdre la face sur le plan économique. C'est pour cela que je vous ai envoyé le lien sur le blog d'Antonin. Tout le monde voit que le leadership économique US est fini. Cela sera d'autant plus le cas si Obama passe, et cette crise semble l'avoir fortement renforcé.
Tous les regards se tournent vers l'Asie (surtout l'UBS !!!). Et les Russes, rejetés par l'Amérique et ses suiveurs européens, vont vite comprendre que ses intérêts sont aussi de ce côté-là. Les Iraniens, les Pakistanais et les Indiens, évidemment aussi. Les Chinois recolonisent l'Afrique et donc vont mettre la main sur les sources d'énergie...

Les Asiatiques vont redevenir le centre du monde et probablement pour très longtemps. Je ne parle pas de l'immédiat, bien sûr, mais on en reparlera dans 20 ans...

Écrit par : Géo | 25/09/2008

La guerre en Irak, les subprime ou la titrisation de la dette, les faillites en série de Wall Street: c'est le "côté obscur de la force", non? C'est Wall Street qui crée la banque d'affaire, et le monde entier lui emboîte le pas. C'est encore Wall Street qui, d'un jour à l'autre, fait disparaître la banque d'affaire. Le monde entier etc... Pour l'Irak, c'est les USA qui ont pris l'initiative et imposé ce débat puis ce combat, longtemps perdu et maintenant en passe d'être militairement gagné (je ne parle pas du reste). Encore une fois, je ne me situe pas sur le plan de mes dilections personnelles, de mes choix, de ma sensibilité. Je voudrais bien que ce crétin de Bush se prenne un mur et que les Républicains quittent Washington. En attendant, je vois que la Chine ou l'Inde sont d'immenses machines à copier l'Amérique, dans tous les sens du terme, et que tout le monde se fout des élections chinoises. Comme le disait Clemenceau au sujet du Brésil, dont on prévoyait la montée en puissance il y a cent ans: "Le Brésil est un pays d'avenir, et qui le restera." Que le monde entier se déchire pour ou contre Obama, en revanche, ne devrait laisser d'illusion à personne sur l'identité de celui qui détient le pouvoir réel.

Écrit par : david laufer | 25/09/2008

« C'est des Etats-Unis que viennent les problèmes, puis les solutions. »

J’en doute : ça fait au moins dix ans qu’on parle du problème du dollars (comme monnaie de référence, légèrement pourrie parce que liée à aucune véritable garantie depuis l’abandon de l’étalon-or, si ce n’est que le dollars s’est depuis lié au libellement du baril dans le monde entier, et qu’on se demande jusqu’où la Fed a émis trop de papier sans valeur la politique de la planche à billet), dix ans qu’on pose cette question sur le dollar : soft landing ou hard landing ? dix ans au moins qu’on dit : les Etats-Unis doivent soit moins vivre à crédit (et les travailleurs travailler davantage et épargner plus), soit diminuer leur masse monétaire pour l’ajuster à sa juste valeur.

Et comme ils ne font (ne peuvent faire ?) ni l’un ni l’autre, la réponse est simple : le reste du monde perd progressivement mais continuellement sa confiance dans le dollars comme monnaie de référence, diversifie ses avoirs ailleurs, se désengage de plus en plus du dollars, commence à libeller le pétrole en autres monnaie, les pays asiatiques sortent du FMI et créent leur propre fond monétaire régional (et pas en dollars), les pays du golfe lancent un projet d’union monétaire et de libre marché (avec les conseils de la Banque européenne) etc. etc.

Alors oui : c’est vers les Etats-Unis que viennent les problèmes (puisqu’ils ont été les maîtres du système monétaire, pour le « bloc atlantique » depuis 1945, puis progressivement pour le monde entier entre la période 1971-1991) ; oui, c’est vers les Etats-Unis que se tournent les regard pour voir ce qu’ils vont faire du dollars.

Mais non, ce n’est plus d’eux que viennent les solutions (le plan à 700 milliards sera insuffisant – on parle de deux fois plus de dettes pourries (1500 milliards) , n’a pas été voté par le congrès, et a toutes les chances de se transformer en crise politique interne aux Etats-Unis etc. ; de surcroît, peut-on parler de solution venant des USA, lorsque leurs banques d’investissement pures disparaissent pour se transformer en banque de dépôt, à l’image de l’usage dans tous les autres pays du monde ?)

Et non encore : ils ne conservent plus l’initiative dans tous les domaines (comme par exemple dans le domaine monétaire et financier décrit ci-dessus, où ce sont les autres acteurs qui prennent des décisions, et entre voisins et sans les USA et sans les outils du libéralisme américains que sont en bonne partie l’OMC et le FMI (d’ailleurs on entend pas s’exprimer ce dernier ? Un plan du FMI pour secourir les USA ?). Dans le domaine militaire, ils n’ont plus l’initiative non plus, que ce soit sur le terrain (seul objectif : rester et occuper les bases contrôlant les routes énergétiques et les « alliés »), que ce soit dans les capacités de projection (au rythme où ils n’auront jamais leur nouveau avions-ravitailleurs pour remplacer leur flotte de vieux C-135 datant d’Eisenhover et de Carter pour les plus récent, on peut imaginer un grounding de l’USAF ; pour les avions de chasse idem : leur next generation figther (F-22 et le F-35 JSF) ne verra pas jour à temps, peut être pas à jour du tout) et de gestion et d’organisation et de financement (avec plus de la moitié du budget militaire mondial, le Pentagone, Boeing et Lockheed n’arrivent pas à construire le nouveau ravitailleur en vol KC-45 qui est pourtant une urgence stratégique pour l’armée, ce n’est pas précisément ce qu’on peut appeler une grande capacité d’organisation ou d’efficacité, ni faire preuve d’une grande capacité d’analyse...). Dans le domaine de la politique internationale et de la diplomatie, la crise géorgienne a montré qu’ils peuvent soudain s’effondrer encore plus vite que les grandes banques d’investissement de Wall Street. Dans le domaine culturel, l’hégémonie du modèle économique s’est effondrée (le dogme néolibéral existe toujours, mais l’obligation de l’appliquer parce qu’on y accorde quelque confiance a disparu devant les réalités sonnantes et trébuchantes du bailout étatique de $700 milliards...) etc. etc. La liste est effectivement longue et fastidieuse et presque sans fin. Ils n’ont plus l’initiative nulle part.

Et si les yeux sont toujours tournés vers les Etats-Unis, ne serait-ce pas comme tous les yeux étaient tournés dans les années 1983-1991 vers l’URSS ? Parce qu’il s’y passait quelque chose d’important, sans que nous ne comprenions exactement quoi (en l'occurence leur effondrement) ?

Écrit par : C. Steiner | 25/09/2008

Hmouais. Que je sache, durant les années 80, on ne mangeait pas de pirochki avec de la vodka en jouant de la balalaïka. Tous les faits cités plus haut sont très éclairants et vrais, notamment cette histoire de ravitailleur. Je bossais à Londres pour des avocats qui représentaient Boeing sur ce deal et j'en connais un rayon. Vrai aussi que le plan à 700 milliards n'est pas assuré et qu'il ne couvrirait qu'une partie des dégâts. Etc. Etc.

Et pourtant, face à l'Amérique, qu'on me montre aujourd'hui une puissance crédible, forte, démocratique, et réellement alternative. Je ne vois que des copies, et j'en suis bien malheureux.

Écrit par : david laufer | 25/09/2008

Qu'il n’y ait aujourd'hui pas d’autre puissance tel que les USA pouvait l’être (par exemple durant les trente glorieuses) : d’accord, aujourd’hui il n’y en a pas. Mais la situation et le contexte ont aussi changé : on n’a plus besoin d’une pays formidable capable de mener une guerre mondiale sur deux fronts, de battre deux grands puissances industrielles en produisant plus qu’elle, puis dans la foulée de relancer l’économie des perdants tout en contenant une autre puissance tout aussi formidable...

Pourquoi devrait-il sans cesse y avoir une grande puissance pour occuper à elle toute seule le devant de la scène ? Pourquoi un seul « gendarme du monde », juge et partie en sus ? Parce que ça été (ou ça nous a semblé être ainsi) ces 18 dernières années ? Parce qu’il y a eu l’Empire Romain ? Parce qu’il y a eu l’Empire britannique ? Mais n’y a-t-il jamais eu de période historique sans hégémonie ?
On parlait d’un monde multipolaire au lendemain de la chute de l’URSS... Et si c’était ce qui est en train de se passer ? (ça n’enlèvera certes pas la nécessité de trouver un système monétaire mondial qui fonctionne, ni celle d’avoir de nouvelles relations internationales et de nouveau système de sécurité régionaux et internationaux (Medvedev en propose justement un aux Européens ; je ne dit pas que c’est la solution, que c’est le paradis ; mais que la chose est envisageable, envisagée, et que les grands Etats européens seraient bien avisé d’en prendre, des initiatives. Les Russes en prennent, les Turques en prennent, la Chine en prennent, les pas du golfe en prennent...)

Quand à l’état pitoyable de certains « acteurs » internationaux, d’accord... mais faute de grives, on mange des merles... Et certains acteurs sont capables d’évoluer, de prendre de la maturité... On ne passe pas d’un monde figé dans un système issu de la guerre froide (avec cette période bizarre de « suspension » qui a duré de 1991 jusqu’à environ 2003-2005) à un nouvel agencement comme ça, facilement. D’autant plus que l’héritage est lourd, très lourd, et le travail qui nous attend considérable

(autant pour « la fin de l’Histoire » paradisiaque promis dans les années 90...)

Cela dit, je suis comme toi, je m’interroge, je m’interroge, et j’observe, et je souhaite qu’on retrouve le sens de la politique et de l’initiative...

Écrit par : C. Steiner | 25/09/2008

L’alternative, n’est-ce pas à nous d’en prendre ? Avec ce qu’il faut de lucidité et de compréhension pour éviter de se prendre les pieds dans le tapis, avec ce qu’il faut de réalisme pour défendre ses intérêts, avec ce qu’il faut d’ouverture et d’humanité pour créer une cohabitation fertile ?

Écrit par : C. Steiner | 25/09/2008

Et de fait, on pourrait allonger la liste des infériorités des Etats-Unis. Mais pourquoi voulez-vous, David, qu'on vous montre une autre puissance. La réalité du monde d'aujourd'hui, c'est qu'il n'y a que des puissances moyennes, qui constituent le centre du système-monde, et des pays semi-périphériques et périphériques, qui les entourent. Les USA sont une puissance moyenne, la France est une puissance moyenne, l'Allemagne, la Russie, etc. Bien sûr, dans tel ou tel domaine donné, chacune peut prouver une certaine supériorité, ou plutôt une spécialisation, mais aucune ne domine véritablement.

Écrit par : stéphane staszrwicz | 25/09/2008

Personnellement j'ai aussi de la peine à comprendre chez DL ce besoin de puissance dominante. D'abord parce que c'est une chance pour l'Europe de relever la tête. C'est mal barré avec l'atlantiste Sarkozy à la tête de la France.
Ah comme on regrette Chirac !!!!!

Écrit par : Géo | 25/09/2008

Je ne crois pas à cette histoire d'un monde multipolaire dont les centres nerveux se multiplient. En fait, je ne crois pas au progrès. Le monde a toujours connu un centre et une périphérie constituée de sous-centres, eux-mêmes ayant leur propre périphérie. Dans un monde globalisé, c'est ironiquement encore plus vrai qu'au Moyen-Age où l'empire Inca n'existait pas pour nous et inversement, et où la Chine était bien plus indépendante de nous et inversement qu'aujourd'hui. La globalisation, c'est pour moi un autre nom de l'empire dans son acception contemporaine. La seule chose qui m'apparaît aujourd'hui, c'est que le monde entier se sent le besoin de se définir pour ou contre l'Amérique. Et puis affirmer sur Internet, dans un blog, technologies 100% américaines, que les Etats-Unis sont une puissance moyenne, exprime assez bien les termes de la contradiction que j'essaye de montrer du doigt.

Écrit par : david laufer | 25/09/2008

La puissance originelle dominante, c'est l'Europe. Sans WW I et II, elle le serait toujours. Et le net a été inventé au CERN. CERN comme centre européen...
D'autre part, vous entrez dans le jeu de ceux qui rabâchent que nous sommes anti-américains parce qu'opposés à l'invasion de l'Irak, les mêmes qui traitent d'anti-sémites ceux qui sont anti-sionistes. Ce sont les Américains qui font tout pour perdre leur leadership en premier lieu. Mais il faut être aveugle pour ne pas voir que leurs erreurs portent à conséquence : Irak, Iran, Pakistan, Russie (Géorgie) etc...

Écrit par : Géo | 25/09/2008

"La puissance originelle dominante, c'est l'Europe. Sans WW I et II, elle le serait toujours"... Dois-je ajouter quelque chose ?

Et puis, je ne vous accuse pas d'anti-américanisme, même si c'est un travers qui m'irrite prodigieusement dans notre temps. J'essaie surtout de ne pas le devenir moi-même. Et comme je ne crois pas au progrès, je ne crois pas non plus à une quelconque moralité du pouvoir. Le pouvoir est là pour en abuser. L'histoire l'illustre amplement, jusqu'à aujourd'hui.

Pour nuancer mon propos je dirais, en faisant une métaphore psychologique, ce que je trouve ridicule, que les Etats-Unis commencent peut-être à se heurter à une crise d'adolescence du monde qui lui fut jusque là soumis. Après l'enfance adorante, voici - peut-être, peut-être - venu le temps de la contestation. Mais j'attends la césure de l'âge adulte et ne le vois pas se profiler pour l'instant. Arrivera-t-il soudainement, comme en 1789? Ou lentement, comme la lente agonie romaine? Wait and see.

Écrit par : david laufer | 25/09/2008

Ne confondons pas non plus un modèle (celui du centre et de la périphérie) avec la réalité. Ce modèle est certes utile et applicable comme grille de lecture dans de nombreux cas, mais même en restant dans ce modèle, le(s) centre(s) n’ont pas toujours été impériaux ni uniques. Il y a eut domination nette de plusieurs centres très forts puis de centre unique très fort pendant quelques périodes, pas tout le temps.

Les véritables périodes de mondialisations, conduite par un centre plus fort que les autres, se compte en réalité en brève période :
L’Empires gengiskhanides de c.1220 à c.1370, régnant sur toute l’Eurasie (avec la Mongolie et la Chine des Yang comme centre, et l’Europe en périphérie) ;
la mondialisation ibérique de 1580 à 1620, initiée avec la double couronne lusitano-ibérique de Philippe II d’Espagne ;
puis la mondialisation sous l’Empire britannique de 1850 à 1914, avec la mondialisation européenne (ou plutôt « occidentale » au sens large) sous sa impérialiste phase aigue (empires britannique, français, italien, allemand, russe, japonais etc. etc.) de 1880 à 1915,
puis la mondialisation actuelle, de 1980 à peu près aujourd’hui (je dirais qu’elle prend fin quelque part entre 1998 et 2008), qui est la mondialisation conduite par les Etats-Unis.

Le reste du temps, le monde n’est pas organisé autour d’un seul centre très fort, ni ne contient forcément de centre très fort, ou fonctionnait avec plusieurs centre. L’Europe du XIV-XVIè s. fonctionnait en dipôle (Italie du Nord d’un côté, et de l’autre l’Europe du Nord entre le sud de l’Angleterre, les actuels Pays-Bas et l’actuelle Allemagne baltique), lui-même connecté sur le marché eurasiatique constitué de plusieurs centres plus ou moins décadents ou vivants (Inde Moghol, Chine des Ming plus une foultitude de reliquat de khanats gengiskhanide plus ou moins indépendants de l’Asie centrale à la Mésopotamie). Pas de centre unique ni même de centre très fort.

Je n’emploie pas la notion de monde multipolaire comme devant impliquer une finalité quelconque ou un Progrès, ni même comme devant constituer une phase obligatoire dans une vision graduelle et progressiste de l’histoire. Loin de moi cette idée. Et peut être as-tu raison de croire qu’on ne peux pas se passer de gros gendarme ou de méchant loup plus avides que les autres, peut-être pas. Je n’utiliserais en tout cas pas le seul modèle centre-périphérie pour tenter de deviner cela.


(Quant à Internet, c’est entendu : le transistor, l’informatique et les applications en communications qui s’en suivent, ça été inventé par les Etats-Unis entre 1935 et 1965. Et alors ? Les chemins de fer aux Etats-Unis emploie toujours comme standard de largeur le gabarit inventé par les Romains de l’Antiquité pour leur route. Du coup, le réservoir de la navette, qui est transporté à travers le continent américain par train, a été dimensionné en fonction de vieux standard romain... Bon, je rigole un peu là. Ce que je voulais dire, c’est que si le transistor est une invention 100% américaine, ainsi que l’Arpanet, le protocole TCP/IP et indéniablement la volonté de développer un réseau mondial (nécessité militaire puis commerciale faisant loi), le Web tel que nous le connaissons n’est pas une invention 100% américaine. Certains Français, Anglais et Belges y ont fait des inventions cruciales, le tout financé par des organismes étatiques français (Mosaic pour le premier navigateur multimédia) ou européen (le Cern pour le protocole HTTP et la technologie HTML. Les technologie 100% ceci ou 100% cela, dans notre monde très connecté comme tu le disais, se font très rare. Et les Japonais font mieux en matière de supercalculateur massivement parallèle, et les Européens mieux en matière de navigation spatiale etc. etc. Ne manque que ce que la pression hégémonique américaine chute un peu pour qu’ils aient une occasion d’imposer leur savoir faire en ces domaines...).

Écrit par : C. Steiner | 25/09/2008

Oh là, j’ai un train de retard. Mon post ci-dessus s’adressait au post n°26 de David. Et donc d’accord avec ce que tu as rajouter après :

« Pour nuancer mon propos je dirais, en faisant une métaphore psychologique, ce que je trouve ridicule, que les Etats-Unis commencent peut-être à se heurter à une crise d'adolescence du monde qui lui fut jusque là soumis. Après l'enfance adorante, voici - peut-être, peut-être - venu le temps de la contestation. Mais j'attends la césure de l'âge adulte et ne le vois pas se profiler pour l'instant. Arrivera-t-il soudainement, comme en 1789? Ou lentement, comme la lente agonie romaine? Wait and see. »

Mais à crise d’adolescence (le « reste du monde »), crise d’adolescence et demi (celle des USA). Tout à fait d’accord pour dire que c’est difficile de ne pas faire de l’anti-américanisme primaire. Mais nous ne berçons pas dans l’illusion contraire non plus (les USA infaillible). Et puis il s’agit aussi de distinguer le système, les organisations du monde tels qu’elle nous emprisonne plus ou moins, et les différents acteurs, et les gens, et les gouvernements politique etc. Pas question d’être anti-ce-peuple-là ou anti-ce-peuple-ci. Par contre critiquer un système (l’américanisme, mais il y en a d’autres), c’est différent. A condition de commencer par un regard lucide sur soi aussi. Non ?

ps. David, pour une fois que ce n’est pas moi qui fait l’avocat du diable, qu’est-ce que c’est reposant :-)

Écrit par : C. Steiner | 25/09/2008

Je n'aime pas beaucoup le terme multipolaire, qui est trop à la mode pour ne pas se réduire à une platitude ; mais ce qui caractérise le système-monde* d'Occident, ou du moins son centre, c'est justement que les périodes impériales --- les périodes pendant lesquelles il s'est organisé sous la forme d'un empire au sens ordinaire --- n'occupent dans son histoire qu'une durée minime. L'empire romain en est probablement l'exception la plus notable, c'est peut-être pour cette raison qu'on le cite à tout bout de champs. Mais ni l'empire de Charlemagne, ni celui de Charles Quint, ou celui de Bonaparte n'ont constitué plus que des parenthèses, et ils n'ont même pas recouverts la totalité de l'Occident. Il y a quelque chose dans le complexe civilisationnel occidental qui semble répugner à l'impérialité.

Bien sûr, vous pouvez toujours changer le sens des mots, comme un philosophe italien qui s'ennuie dans sa cellule, et découvrir des empires là où il n'y en a pas, mais alors tous vos raisonnements sentiront la pétition de principe.


* N.B. Dans l'expression système-monde tel qu'on l'emploie d'ordinaire à la suite de Wallerstein, le mot monde prend un sens spécial, différent de son sens usuel.

Écrit par : stéphane staszrwicz | 25/09/2008

Je me résume (sans les fautes d’orthographes, j’espère) : en partant du XIIIè siècle, on peut distinguer au moins quatre période de « mondialisation », au sens grosso modo de période où les échanges entre les humains (échanges culturels, de bien, de personne, de savoir, de symbole, de plantes et de faunes etc. etc.) sont maximaux, conditionné en général par l’existence d’un centre très fort, assurément doté d’une puissance militaire, qui étend son hégémonie sur tous les échanges économique, contrôlant la grandes partie de ces derniers et en tirant un bénéfice, et ayant une influence culturelle et législative indéniable sur sa sphère d’influence :
l’empire gengiskhanides de c.1220 à c.1370, régnant sur toute l’Eurasie (le 80% ou plus de l’oekoumène en ce temps là) ;
la mondialisation ibérique de 1580 à 1620 ;
la mondialisation sous l’Empire britannique de 1850 à 1914, avec la mondialisation européenne ou d’inspiration européenne de 1880 à 1915(empires britannique, français, italien, allemand, russe, japonais etc. etc.),
la mondialisation actuelle, de 1980 à peu près aujourd’hui, avec ce phénomène particulier de la globalisation, qui est la mondialisation de la finance (j’aime bien cette distinction entre mondialisation et globalisation, qui me semble assez utile).

(Peut-être j’oublie injustement une période de mondialisation, je ne prétends ni à l’exhaustivité ni ne suis historien).

Mais entre ces périodes de mondialisation, qu’y a-t-il ? Des tas de choses. Je n’ai pas employé le terme multipolaire pour les décrire. Peut être certaines phases des périodes intermondialisation le sont-elles, peut être d’autres pas. A étudier de plus près.
Dans les années 80, les Japonais utilisaient le concept de triade pour décrire la situation d'alors, avec trois centres (l'Asie, l'Europe et les Etats-Unis), chacun disposant de sa périphérie propre et en connexions les uns avec les autres.

Mais maintenant, vers quoi se dirige-t-on ? Je ne sais pas. Tout au plus peut-on voir les rapports de forces évoluer, les psychologies (qui comptent énormément, parfois autant que l'économique) évoluer, les uns et les autres faire tel ou tel chose avec leur héritage propre et avec l’héritage commun.

(Personnellement, c’est la notion de système-monde de Wallerstein qui ne me satisfait pas complètement. Une allure trop « fixiste », pas assez dynamique, me semble-t-il. Mais bon, question de goût et de couleur peut-être, ou de méconnaissance de ma part.)

Écrit par : C. Steiner | 25/09/2008

Oui, mais le conquêtes mongoles ne font guère parties de l'histoire du système-monde occidental, ou alors par la bande, et les aventures coloniales se déroulent uniquement dans la périphérie. Durant ces deux moments, les nations du centre ne montrent guère de tendances à se transformer --- se coaguler --- en empire. Le centre demeure une juxtaposition de souverainetés grosso modo comparables en puissance, aucune ne parvient à engloutir les autres. Pas vraiment d'empire d'Occident durable depuis la dissolution de l'empire romain.

Écrit par : stéphane staszrwicz | 25/09/2008

"D'un coup, la politique américaine est devenue indéfendable (sauf chez Sorman, je sais)"

Cher Géo,il y a une différence entre vous et Sorman.

Sorman connait très bien la société américaine,vous pas du tout.Et c'est pas les âneries que vous avez débité tout au long de ce blog qui vont me faire changer d'avis.

D.J

Écrit par : D.J | 25/09/2008

Vers quoi nous nous dirigeons ? Comme d'habitude, vers un avenir qui démentira toutes nos prédictions et nous fera nous sentir un peu ridicules quand nous repenserons à ce que nous en écrivons aujourd'hui.

Écrit par : stéphane staszrwicz | 25/09/2008

@ Stéphane :

« les conquêtes mongoles ne font guère parties de l'histoire du système-monde occidental » :

voilà ce que j’entendais par le fait que la notion de système-monde à la wallerstein avait tendance à faciliter une lecture trop « fixiste » des événements historiques, qui nous échappent en bonne partie et ô combien.

Dans le cas de l’empire genghiskhanide, il semble qu’il s’est bien agit d’une puissance née de la « périphérie » qui a réussit à mettre la main sur les principales routes d’échanges de l’oekoumène d’alors (les routes terrestres ; les routes maritime du Sud leur échappaient, bien qu’ils aient aussi tenter de les contrôler). Bien sûr, ce fut pour aussitôt prendre le contrôle du principal centre d’alors, ne serait-ce que démographique, à savoir la Chine.

Et pendant ce temps-là et pour un moment encore, le centre-monde européen façon Wallerstein faisait partie de la périphérie. Et pas du centre (ce n'est pas un "nations du centre" en soi). La Méditerranée fut un centre à différentes époques, de manière discontinue (celui de la puissance mycénienne puis phénicienne puis romaine puis byzantin). Mais l’Europe ne fut pas un centre avant le XVIIè s. pour la première fois, puis dès la seconde moitié du XIXè siècle véritablement, et ce jusqu’en 1910-1914. Après, ce sont les Etats-Unis qui sont devenus le centre (montée en puissance depuis 39-45, climax en 1980-2000 avec la mondialisation, en perte de vitesse depuis).

C’est ça que je veux dire : les différentes régions peuvent être tour à tour centre ou périphérie. Les différents système-monde de Wallerstein peuvent passer au cours du temps dû centre à la périphérie et vice-versa. Le tout dans un oekoumène qui peut compter plusieurs centre ou pas du tout, et connaître des phases de mondialisation ou pas.

(Ceci dit, certaines régions ont plus souvent tendance à former un centre, c’est sûr, mais là aussi de manière discontinue. Il est intéressant – mais difficile et très piégeux aussi d’étudier pourquoi certaines régions le sont plus facilement que d’autres.)

Écrit par : C. Steiner | 25/09/2008

(hum: vous aurez corrigé le "centre-monde européen" qui m'a échappé en "système-monde européen") :-)

Écrit par : C. Steiner | 25/09/2008

"Sorman connait très bien la société américaine,vous pas du tout.Et c'est pas les âneries que vous avez débité tout au long de ce blog qui vont me faire changer d'avis."
vu le niveau de délire que connaît ce blog, ce n'est peut-être pas important, mais auriez-vous l'amabilité de tenter d'argumenter quelque peu vos assertions ?

Écrit par : Géo | 25/09/2008

J'ai assez débattut sur l'Amérique avec vous et d'autres sur ce site.Se répèter toujours les mêmes choses devient lassant.

D.J

Écrit par : D.J | 26/09/2008

Je ne veux pas être une fois de plus inutilement méchant, mais ce qui s'est dit ce matin du 30 sur RSR1 au grand 8 me semble plus futile que ce que nous écrivions le 25...

Écrit par : Géo | 30/09/2008

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