03/11/2008

Forbes et Roustam Tariko

La petite galaxie des milliardaires s’est enrichie d’un nouvel astre. Il s’appelle Roustam Tariko, il est russe, tatar d’origine et n’a presque rien en commun avec les autres milliardaires russes auxquels nous nous sommes habitués depuis quelques années. Evidemment il a son jet privé, ses fêtes extravagantes, ses anniversaires à plusieurs millions de dollars dans des palais vénitiens. C’est l’attirail indispensable du parvenu. Mais dans le cas de Tariko, on peut se demander si ces oripeaux ne font pas figure de camouflage, de trompe-l’oeil. Qu’est-ce qui se cache derrière tout cela ?

En quelques mots, Roustam Tariko est né il y a 45 ans dans un bled du Tatarstan. En 1979 il monte à Moscou pour décrocher un premier job de serveur. Il se familiarise avec les huiles du régime agonisant qui, se rappelle-t-il, brûlent des billets de roubles dans des carafes de bistrots pour s’amuser. Quelque temps plus tard, il conduit des touristes italiens et commence à se faire une pelote grâce à eux. Ensuite c’est l’époque des importations. L’écroulement de l’URSS lui déroule un tapis rouge : en peu de temps il devient importateur officiel de Kinder Surprise, son premier succès commercial, et puis surtout de Martini. Au milieu des annés 90 il est déjà riche et domine le marché très lucratif des importations de liqueurs et alcools étrangers.

Jusque là, rien d’exceptionnel. L’importation de denrées de luxe est même d’un banal affligeant pour se faire une fortune dans les pays ex-communistes. Ce sport se pratique de Novosibirsk à Bucarest en passant par Gdansk et Bakou. Mais deux choses distinguent clairement Roustam de ses pairs : il a commencé avec rien, n’a pas l’appui du Kremlin et fait ses affaires seul, sans avoir repris un monopole d’état ; surtout, il a un coup de génie lorsqu’il décide de produire lui-même de la vodka de luxe. Il crée la marque Russian Standard, aujourd’hui un must dans les alcools forts haut de gamme. Cette transformation très rapide d’importateur en exportateur lui ouvre les portes de la finance mondiale. Et du magazine Forbes qui en fait un portrait enthousiaste. De respectable parce que riche, il devient respecté parce qu’intelligent.

Il s’allie à Goldman Sachs, la banque new yorkaise, et à McKinsey, le consultant global en management. Et tout en conservant sa marque Russian Standard, il débarque dans le monde bancaire, sur le marché encore peu exploité du crédit à la consommation. Qu’il n’est évidemment pas long à dominer également. Moins de quinze ans après ses très modestes débuts, il est plusieurs fois milliardaire. Il dirige un empire à double tête : alcool et crédits à la consommation qui sont, selon ses propres mots, “les lubrifiants du monde moderne“.

Roustam Tariko personnifie une de mes théories (j’en ai beaucoup) selon laquelle le monde des affaires est devenu, par son importance prépondérante, l’observatoire le plus pertinent de l’époque dans laquelle nous vivons. Encore faut-il avoir comme lui la clairvoyance nécessaire pour en tirer profit et en être tout à la fois conscient. En quelques années, venant du monde communiste, Tariko a compris, mis en pratique puis dominé le système capitaliste. On peut bien évidemment penser que le produit de sa fortune n’est rien d’autre que diabolique et qu’il s’enrichit sur les dépendances de millions de gens. On peut également penser que Roustam Tariko nous offre, en ces temps de crise, un des miroirs plus exacts, les plus définitifs et les plus accablants de nos propres névroses collectives.

Commentaires

"Roustam Tariko nous offre [...] un des miroirs plus exacts, les plus définitifs et les plus accablants de nos propres névroses collectives."

Fort possible, mais j'ai de la peine tout de même à retrouver mes névroses personnelles, que je commence à connaître à force de les cultiver, dans un péquenaud de la Volga reconverti en boutiquier parvenu. En quoi faites-vous consister au juste ces névroses collectives que je ne mes sens pas partager* ?



*Mais je me fais sans doute des illusions sur moi-même.

Écrit par : stéphane staszrwicz | 03/11/2008

A vous, Géo.

Il est question de névroses.

Écrit par : Nagolet | 03/11/2008

@Stéphane. Je dois donc préciser un peu mon propos. Tariko n'a que les dehors du banquier parvenu, dont il joue avec intelligence. En réalité, son parcours n'a rien de commun. Tous les importateurs du monde en voie de développement vous le diront, ils ont la vie facile et l'argent lourd. Tariko a pris un risque énorme et tout à la fois visionnaire et se faisant producteur et exportateur, cela en quelques années. Deuxième coup de génie: il entre sur le marché des crédits à la consommation, qu'il vient rapidement à dominer. Il fournit désormais au monde entier, et surtout à son pays, les deux maux principaux dont le monde capitaliste s'enivre à longueur de journée. Ma vie à Londres m'a montré une nation d'individus totalement inféodés à leurs crédits, et passant leur temps libre à boire jusqu'à l'évanouissement. La chose est peut-être moins marquée en Suisse, mais elle est très présente aussi dans notre culture. Ces névroses, celles de l'argent facile et de l'alcool dans lequel on oublie que l'argent, évidemment, n'est pas facile, sont parmi les maladies les plus typiques de notre temps. Il fallait, de la part d'un péquenot de la Volga, plus qu'un bon sens des affaires pour comprendre cela et en faire un business profitable. Pour faire une comparaison, Tariko aurait probablement imprimé et vendu des bibles en Europe dans les années 1500, tout en ouvrant une aciérie à Tolède pour y fabriquer de bonnes épées.

Écrit par : david laufer | 03/11/2008

Merci pour ce joli édito précisé dans la réponse à Stéphane. L’intelligence de Tariko ne fait pas un pli, assurément... Mais pour être dans le business de l’alcool fort et de luxe, ne faut-il pas autre chose encore, de solides relations dans le milieu ? (tatare ?) Ce qui n’enlève rien à l’intelligence de M. Roustam, mais rajoute un complément d’information sur notre capitalisme, sur celui célébré dans Forbes en tout cas.

Moi aussi j’ai des tas de théorie. Ou plus tôt une impression, une impression dont je n’arrive pas à me défaire : celle que le capitalisme – plus précisément le système économique et financier globalisé et organisé selon les théories économiques orthodoxes – est intrinsèquement inégalitaire, dans le sens de créateur d’un très fort gradient de richesse avec d’un côté un enrichissement souvent indu et de l’autre un appauvrissement parfois aussi peu dû... (Et comme cela me pousse à m’interroger, il me semble qu’au niveau théorique du fonctionnement réel de la chose, cela à profondément à voir avec le processus de "valeur ajoutée" qui se fait toujours au dépens des producteurs de base, de "dégradation des termes de l’échange", du système de correspondance biaisé entre valeur d’échange déterminé globalement et prix contraints localement) (le tout sans parler de la non prise en compte au niveau supérieur des marchés, qui brassent le plus d’argent et qui donc ont une incidence très forte sur tout le reste, de la valeur d’usage, des activités marchandes non capitalistes, des activités de production non marchande, de l’économie domestique, des économies informelles, sans parler de la monétarisation impossible des services fournis par la nature ainsi que d’autres activités humaines fondamentales)

Bien évidemment, on corrige cet effet d’asymétrie croissante dans la répartition des richesses par des politiques étatiques de redistribution des richesses là où elle est nécessaire pour permettre la reproduction des entreprises, de l’économie, de la société (mesures typiquement "social-démocrate" ou keynésienne de relance des salaires, de mesures d’incitations, de mesures de protection etc.)

Mais de même que notre système économique et industriel se montre destructeur de l’environnement et des ressources naturelles (consommation des stocks d’hydrocarbures fossiles, halieutiques, de forêts primaires, de sols, d’eau et maintenant même d’atmosphère, le tout potentiellement de manière irréversible) et que l’on corrige cet effet destructeur de différentes manières – soit à la manière des pompiers, en intervenant une fois les dégâts commis (mesures de compensation, internationalisation des coûts de pollution), soit en essayant de confiner les dégâts au maximum possible sans changer le système (règlement de protection, incitations diverses, subsides ici, taxes là), soit de manière réellement proactives et innovantes, en reprenant le problème de la production industrielle à la base, en optimisant le flux de matières et d’énergie (écologie industrielle, revalorisation des déchets de l’un en le réutilisant comme matières première de l’autre, ce qui diminue à la fois la quantité de déchets et le prélèvement de matières premières tout en augmentant la productivité économique et en gardant le même niveau de services ; les maisons à bilan d’énergie positif etc.) ,

de même ne pourrait-on envisager de corriger l’effet d’enrichissement (névrosé) des uns et la paupérisation (angoissé) des autres non seulement après-coup (à la "social-démorcate"), mais de manière proactive, en s’accordant de d’entrée de jeu sur la répartition des bénéfices retiré du travail collectif le long d’une chaîne de production ?

(Ce qui éviterait la logique actuelle, qui fait que les producteurs de lait du Chablais vaudois en 1947 se voyaient attribuer un prix du lait de 50 ct par litre et que les producteurs de lait dans le Pays d’En haut en 2008 se voient octroyer un prix du lait de... 50 ct par litres – les deux fois en terme nominal et non réel, ce qui est précisément le problème. Mais ce qui vaut pour eux vaut d’une manière générale pour tous les producteurs de base, les producteurs des choses fondamentales nécessaires à la vie des individus et des sociétés tel que l’énergie, l’alimentation, les métaux, le transport etc. Rapport justement au processus de valeur-ajoutée et de bourse globalisée qui permet à ceux qui interviennent en aval de tirer le plus grand bénéfice. Bénéfice qui bien sûr permet l’investissement dans des progrès techniques etc., mais qui se fait aux dépens des producteurs en amont qui sont soit exploités et paupérisés (les paysans du Tiers monde qui forment la grande masse des pauvres dans ces pays), soit subventionné (les paysans chez nous). Et ça, ça me semble être une contradiction indépassable dans le système actuel.)

Bien sûr, cette inégalité croissante n’est pas à l’œuvre à l’échelle de la Suisse, pays industrialisé du "centre" riche (modulo les quelques top CEO aux ex-bonii astronomiques) ; mais elle l’est à l’échelle mondiale (6.5 milliards d’être humain sur notre Terre, et 1.4 milliards de personnes sous le seuil de l’extrême pauvreté, principalement dans les pays de la "périphérie" connectée sur le système globalisé).

Bien sûr, la mondialisation occidentale de la Révolution Industrielle, de son système économique et de ses structures politiques étatiques et internationales ont été le moteur de la fabuleuse croissance démographique de la population humaine (de 1 milliards aux alentour de 1800 à 6.4 aujourd’hui, et qui devrait se stabiliser autour de 9 d’ici la fin du siècle si la transition démographique s’achève en Afrique comme elle l’est en Europe, en Amérique et en Asie). Et c’est incontestablement une des grandes réussites de la chose.

(L’autre grand mérite, ce sont les découvertes et les inventions techniques et culturelles, le recul politique et philosophique, qui nous ouvre la possibilité technique et organisationnelle, mais aussi politique, philosophique et culturelle, d’augmenter le niveau économique, culturel et social de chacun sur cette Terre ; une possibilité...)

Mais je doute par contre que si on laisse faire le système globalisé tel qu’il a fonctionné jusqu’à maintenant – ce qui est devenu tout récemment une pure vue de l’esprit ! –, d’ici trois siècles on ait "homogénéisé" les revenus de chacun à l’échelle mondiale comme promis par les partisans de feu le "laissez-faire" mais aussi par les tenants du capitalisme modéré et de l’économie orthodoxe.

J’en doute, parce que le système néolibéral vient de se saborder tout seul (à nos frais). Parce que le système industriel et économique se heurtent aux limites naturelles de la Terre et de sa capacité de charge. Parce que les pays du "centre" (ceux à l’origine de la mondialisation puis de la globalisation) se heurtent aux pays de la "périphérie" sur des questions d’équité de développement. Parce que les interventions à la "social-démocrate" et l’économie orthodoxe ne peuvent que – mais qu’on ne s’y trompe pas, c’est déjà beaucoup et c’est nécessaire (mais pas suffisant) – intervenir une fois les dégâts économiques, sociaux et environnementaux commis.

Parce qu’enfin, il s’agit de prévenir ces dégâts à la base, en amont (style industrie écologique, entente sur la redistribution plus équitable des richesses produite par le travail collectif tout au long de la chaîne de production tout nous sommes tous dépendant, c’est-à-dire solidaire etc.). Ce qui représente une réforme pour le moins radicale du capitalisme, c’est-à-dire quelque chose qui sera différent. Du post-capitalisme si on veut...

(Je ne peux éviter d’interroger un des exemples de dégâts économiques et sociaux (voire politique !) que le "capitalisme réellement existant" peut faire, celui qui se déroule précisément sous nos yeux : la diffusion dans la majorité du monde (économiquement développé) d’une valeur financière qui s’est révélée être... frauduleuse, illusoire, inexistante, et qui a bloqué tout le système de circulation de l’argent que l’on sait et avec les conséquences que l’on sait. Et que l’on ne vienne surtout pas me dire que ce n’est qu’une bulle économique comme les autres et que ça passera. La prochaine de ces bulles, si on persiste à laissez cette masse d’actifs financiers de plus en plus important faire ce qu’ils veulent, ne pourra être que pire...

Ce genre de dégâts provoqués, les pays et populations africaines le vivent depuis longtemps (certes cumulé à d’autre facteurs, mais tout de même), les pays et populations asiatiques l’ont appris depuis 1998 (même si la Chine les instrumentalise depuis à son avantage – à court terme certes), et les pays européens – voire les USA – sont en train de l’apprendre aujourd’hui...

Ces dégâts, on ne peut les prévenir par une simple injonction morale (J’entendais Hanni Ramadan ce matin à la radio défendre avec sa voix charmeuse la "finance islamique", en arguant que le Prophète l’avait bien dit il y a quatorze siècle, qu’il ne fallait pas faire de prêts à intérêt. Je dois toutefois reconnaître que l’autre intervenant religieux avait une position bien plus nuancée et que je peux entendre, à savoir qu’il y a des lieux pour débattre des finalités de la société, de l’éthique et de la morale, mais qu’il fallait laisser ensuite les décisions techniques et politiques prendre place dans le cadre démocratique, politique et économique).

On ne peut pas plus les corriger, ces dégâts, avec des gendarmes de la bourse. Tant qu’on favorise l’existence d’institutions dont le but exclusif est de maximaliser leurs intérêts exclusifs, ils auront toujours plus d’argent que les gendarmes de la SEC, avec le pouvoir qui va avec (lobbying pour faire passer tel amendement Enron sur la loi des échanges boursiers énergétiques, absence totale de régulation sur les futures échangé Over-the-counter qui ont permis la gigantesque spéculation sur les prix du pétrole fin 2007-mi-2008, corruption, jeu avec le système fiduciaire, achat des institut de certifications etc. etc. etc., dont les mark-to-model qui ont fait l’objet de l’éditorial de David de la semaine passée).

Voilà à mon avis les limites du système, et les voies pour s’en sortir (vers lesquelles nous poussent d’ailleurs les événements présents).

Mais il faut lire tout ce qui précède comme une interrogation sur la chose, en aucun cas un dogme ou une pensée définitive et figée. Interrogation dont je livre ici les fruits temporaires puisque je sais qu’elles sont l’interrogation principale de David sur ce blog. (Je sais que ça fait beaucoup de grain à moudre d’un coup, que certaines choses sont exprimées à l’emporte-pièce ou poussées de manière radicale, de façon maladroite, mais c’est toujours fait dans le cadre d’une interrogation sincère et d’une discussion passionnée certes, mais amicale et que j’espère respectueuse et donc fructueuse...)

Écrit par : Christian S. | 06/11/2008

"une impression dont je n’arrive pas à me défaire : celle que le capitalisme – plus précisément le système économique et financier globalisé et organisé selon les théories économiques orthodoxes – est intrinsèquement inégalitaire, dans le sens de créateur d’un très fort gradient de richesse"

C'est très exactement pour cela que c'est le seul système possible. Sans différence de potentiel, pas d'énergie. Quand votre batterie est à l'état Va-Vb =0, elle est complétement déchargée. Y avez-vous pensé ?

Cela dit, votre commentaire est trop long. Il faut apprendre à synthétiser sa pensée, sachant que de toute façon, vous ne pourrez tout exposer en une seule fois.

Écrit par : Géo | 06/11/2008

Vous justifier l’enrichissement parfois indus des uns et la paupérisation aussi peu dues des autres (selon un processus économique artificiel, faits et construits par les hommes, favorisés par les hommes, améliorables, amendables ou réfutables par les hommes) par une analogie physique... Avez-vous pensée à la pertinence de la chose ? Les humains sont-ils réductibles à des batteries de voiture ?

N’est-ce pas là la sempiternelle confusion de la sphère de la physis (la nature et son fonctionnement tel qu’on cherche à se le représenter) et la sphère du nomos (ce qui relève de la liberté des hommes et de l’organisation de leur vie sociale) ? Le problème de l’articulation de l’un à l’autre n’est pas trivial certes, mais ne se réduit pas à l’obéissance stricte de l’organisation socio-économique à l’outil conceptuel qu’est la théorie des champs de potentiel, utilisé dans le cadre des applications physiques de l’équation de Navier-Stockes. Les êtres vivants, la vie humaine, la vie sociale, le système artificiel qu’est l’économie, tout ça et bien plus s’autonomise de son substratum de production qu’est "l’univers physique" (autonomisation relative et limitée puisque nous en dépendons à l’évidence toujours), mais ne se réduit pas à l’univers physique.

Cela dit, mea culpa pour la longueur de l’interrogation... On ne peut pas tout dire d’un coup, c'est vrai, et je suis bien trop maladroit pour m’exprimer de manière condensée sur des choses aussi complexes.

Amicalement,

Écrit par : Christian | 06/11/2008

La seule et unique et vraiment unique chose qui me réjouit dans cette crise, c'est qu'on se met enfin à causer d'économie et d'une manière assez pointue comme le fait par ex. Christian, même si il ne le fait pas avec elle... Mais on ne réformera et on n'améliorera le système financier qu'en s'y intéressant vraiment, jusque dans ses recoins les moins sexys, et en appelant le plus de monde possible à s'y intéresser, étant donné que ça concerne absolument tout le monde. Savez-vous par exemple que "High-yield debt offering" ou "dette à haut rendement" n'est rien d'autre que le nom appliqué depuis une petite dizaine d'années aux obligations pourries ? Savoir cela, c'est savoir énormément de choses sur le fonctionnement de la sphère financière et de sa récente explosion en plein vol.

Tout le reste me désole.

Un autre aspect de celle-ci a trait à ce qu'on appelle l'âge de l'information. Un des fondements de la croissance à deux chiffres que nous avons connue pendant plus de 7 ans repose sur la rapidité hallucinante de l'échange d'information. Je parle d'Internet. Il y a fort à parier que les échanges d'informations qui vont désormais être de plus en plus soumis à des contrôles et des double-checks de toute sorte, vont également ralentir considérablement leur rythme. C'est d'ailleurs une condition sine qua non de refroidir un peu le système en surchauffe. Après l'épisode géorgien qui nous a rappelé que la guerre demeure très réelle, la crise qui lui succède nous rappelle peut-être aussi que le monde n'est pas si global, facile d'accès et virtuel que ça.

Écrit par : david laufer | 06/11/2008

Christian@ Pour rester complétement en phase avec votre raisonnement : qu'est-ce que le communisme ? Une idéologie professée par un gros tas de chouettes copains qui se disent qu'il y a une niche écologique à occuper. Celle que vous décrivez plus haut, que l'on définira comme la différence entre ma vision hyper-physique et la vôtre.

Nous sommes des intellectuels qui avons compris pas mal de choses sur l'économie, nous trouvons ce système amoral et injuste, nous voulons le changer et pour ce faire, nous allons nous appuyer sur la seule classe qui n'a rien à perdre avec cette idée, et tout à y gagner : celle qui ne possède que sa force de travail et la vend pas cher. La classe ouvrière, dont nous sommes par la force des choses l'avant-garde.
Tout cela a été expérimenté, vécu et a coûté des centaines de millions de morts.

Pourquoi faudrait-il recommencer ?

Écrit par : Géo | 06/11/2008

@ Géo. Il ne faut pas recommencer l’URSS, ni le communisme et tous ces malheures qui nous ont affligés au XXe siècle. Je ne suis pas inscrit au parti communiste non plus et vote – puisqu’on a cette chance en Suisse –, de manière pragmatique pour des personnes de divers horizons politique en fonction de ce qu’elles ont à proposer et de ce qu’elles font personnellement, de leur votes passés etc. et, voyez-vous, ce n’est pas toujours à gauche (pendant que je suis à cette "autoconfession", j’ai même fait mon armée et paye mes impôts avec plaisir, enfin pas toujours, n’exagérons rien non plus).

Le malheur, c’et que dès qu’on essaye une approche en tant soi peu historique, on cours le risque d’être catalogué comme partisan du matérialisme scientifique marxiste , puisque ce dernier a trusté la chose, puisque l’économie orthodoxe s’est désintéressée de la chose au profit de mythes et de légendes plus ou moins mal fagotées. Mais avant tout ce beau monde, il y avait aussi les physiocrates qui parlaient de "reproduction" (du capital économique, naturel et social). Comme quoi ce n’est pas réservé aux communistes, et je ne peux qu’espérer que les acteurs de l’économie s’y intéresse plus (ce que certains font depuis un certains temps déjà).

Ce n’est pas parce qu’on essaye de voir – bien péniblement pour ma part comme le "capitalisme réellement existant" fonctionne qu’on est aussitôt un partisan du "socialisme réellement existant" (même si j’emploie ce néologisme un brin provocateur). Pour l’instant, je dois bien vous dire que je suis un partisan du ni... ni..., et que je cherche encore.

@ David. Je suis très sensible – et impressionné – par ton sacerdoce qui te fait te pencher de manière aussi intelligente sur le système financier (de manière infiniment plus pointue et stylée que je ne saurais jamais le faire). Et oui, ce n’est pas moi qui ait voulu me casser la tête sur l’économie, c’est elle qui c’est imposée à moi (et @ Géo encore : je n’ai pas besoin d’une niche écologique en rapport avec ceci, j’en ai déjà une). Mais qu’est-ce que signifie "causer avec l’économie" ? Je n’ai pas l’impression de causer "sans elle", sinon je ne serais pas ici sur ce blog. Tout simplement je viens d’ailleurs, et mon métier et ma passion me pousse ailleurs encore... mais il est vrai qu'il y a cette "urgence citoyenne" à en débattre, comme on dit... Alors, quels interlocuteurs ? J’admets, ça me pose problème (mais aussi, il ne faut pas vous rabaisser :-)

Écrit par : christian | 06/11/2008

Timeo intellectuellos, et dona ferentes...

Écrit par : Géo | 06/11/2008

N'être pas catalogué est une bataille de tous les instants qui, hélas, est perdue d'avance dans le monde où nous vivons. On n'a plus le temps pour finasser. Et puis au fond, ça n'est pas complètement idiot: en démocratie, au final, on se retrouve quand même pour ou contre. Y a que Bayrou pour penser qu'on peut faire les deux à la fois, ou ni l'un l'autre. Certains appellent cela l'engagement. Je ne suis pas d'accord. Je pense que c'est la nécessité, que c'est dommage, mais pour que quelque chose fonctionne - la finance mondiale ou une excursion dans le Jura en novembre - faut bien prendre des décisions. Et dès qu'on prend une décision, on est catalogué. Au suivant!

Et puis qu'on m'amène celui qui a inventé l'usage adjectif du mot citoyen, j'ai deux ou trois choses à lui dire, ou à lui loger dans la nuque, ça dépendra de mon humeur

Écrit par : david laufer | 06/11/2008

Il ne s’agit évidemment pas de ne pas être d’un côté de la barricade ou de l’autre, ni de ne pas ne pas prendre de décision, d’ailleurs un blog n’est le lieu ni pour l’un pour l’autre, sauf métaphoriquement. Il s’agit de discuter, d’exposer... Ce qui se fait d’ailleurs, non ? Et comme je ne me présente pas aux élections, au contraire de Byrou, ça tombe bien, je n’ai pas besoin d’un solgan réducteur (yes we can !) Je refusais simplement l’étiquette de cryptomarxiste qui est un procès d’intention en bonne et due forme, et quand je dis ni... ni..., c’est aussi une manière de dire "ni mouton ni berger", c'est-à-dire de défendre une certaine indépendance d’esprit. C’est pourtant pas compliqué.

Et si Géo a peur de s’exprimer ou s’il veut de l’action et pas des paroles, alors c’est ailleurs qu’ici qu’il faut aller (je serais ravi qu’il m’invite à boire quelque chose de son crû, sinon c’est moi qui lui offrirait quelque chose avec plaisir, mais ce sera deux pintes de Guinness et à jeun ; et au sommet du Mollendruz et par un jour de bise à décorner les bœufs. C’est là qu’on l’apprécie vraiment).

Quant au mot citoyen, d’accord...

Écrit par : christian | 06/11/2008

"Et si Géo a peur de s’exprimer ou s’il veut de l’action et pas des paroles"
Vous n'y êtes pas du tout. Je voulais dire que l'Histoire avait déjà vu passer des intellectuels généreux qui trouvaient que c'était trop injuste.
Tout se passe toujours mal avec les intellos. Personne ne les écoute depuis Cassandre. J'ai lu 5 ans à l'avance le descriptif de la guerre en Yougoslavie, elle a eu lieu exactement comme décrit. Nous avons tous lu, y compris sur ce site 24 heures/tdg des descriptions de la crise financière qui allait arriver.
Elle a eu lieu exactement comme décrit. C'est normal, les sociétés humaines ne fonctionnent que sur des critères purement animaux. Comme des rats. Probablement un peu moins bien, les rats sont nettement mieux que nous. D'ailleurs, ils nous survivront...

Écrit par : Géo | 06/11/2008

D’accord avec le problème des intellos, de Cassandre et du savoir préalable dont il est parfois difficile de faire quelque chose d’efficace et de constructif. D’accord qu’on ne fait pas de la politique avec des bons sentiments. D’accord l’enfer est pavé de bonnes intentions. D’accord que les êtres humains se conduisent parfois comme des rats enfermés dans une cage.

Et alors ? Faut-il pour autant s’en tenir-là ? Quand je parle d’écologie industrielle ou de maison à énergie positive par exemple, c’est pas du discours. C’est de la pratique, c’est de l’ingénierie, c’est de la science, c’est de l’esprit d’entreprise, c’est de la négociation entre le cimentier, la fabricant de plâtre, la raffinerie de pétrole, les services industriels de la municipalité etc., c’est de l’insertion dans le tissu politique local. Ça n’empêche pas d’essayer en parallèle de comprendre la force et la faiblesse de la démarche, les possibilités de réussite, les causes possibles d’échec et les dangers éventuels de la chose.

Nous voyons donc un peu plus loin que les braves rats. Cela nous sert-il pour autant à quelque chose? (Quelque chose d'autre que ce qu'en fait l'honorable M. Roustam)? Vous dites non. Je dis oui. On sait tous ce que les êtres humains font de manière récurrente d’horrible. On sait comment et pourquoi (la moitié du temps en pensant bien faire, l’autre moitié par pur cynisme et la troisième par ignorance). Encore une fois, d’accord. Et il importe de le reconnaître, de le connaître et de se connaître à cet égard. Mais sait-on aussi ce qu’ils peuvent faire de bien ? de créatif ? d’heureux ? Malgré l'immense difficulté de la chose ?

Oui, sinon on ne serait pas là à en discuter.

(Vous m'avez forcez à une véritable profession de fois, là, cher Géo)
Bon week-end (sans cheval de Troie :-)

Écrit par : Christian | 07/11/2008

"Et alors ? Faut-il pour autant s’en tenir-là ? Quand je parle d’écologie industrielle ou de maison à énergie positive par exemple, c’est pas du discours. C’est de la pratique, c’est de l’ingénierie, c’est de la science, c’est de l’esprit d’entreprise, c’est de la négociation entre le cimentier, la fabricant de plâtre, la raffinerie de pétrole, les services industriels de la municipalité etc., c’est de l’insertion dans le tissu politique local."

Tout cela est fort honorable. Sans aucun doute.

Il y a aujourd'hui plus de citadins que de campagnards sur cette planète. Vous vous imaginez un peu l'alimentation en eau et l'évacuation des déchets de villes telles que Djakharta, Mexico, Kinshasa et quelques autres du même tonneau ? La villa Minergie pour oublier ces cauchemars écologiques...
L'humanité va droit dans le mur à moyen terme et aucune loi, aucune réglementation, aucune décision politique n'y changeront rien.

Cela ne veut pas dire que vous avez tort de vous intéresser à votre niveau à l'écologie. Mais "emplâtre sur une jambe de bois" reste une expression largement euphémistique pour qualifier ce genre d'attitude. Avez-vous songé que les Suisses sont 7 millions, les humains 7 milliards. Et en Suisse, les écolos restent une infime minorité dont l'influence disparaîtra si la crise perdure. Il faut être riche pour se payer le luxe de ne pas trop polluer...

Les sociétés de rats ne se mettent jamais en un tel état de danger. Mais elles connaissent aussi des guerres d'extermination, des épidémies et la concurrence d'autres espèces. Les rats consomment en moyenne 20% des récoltes mondiales de céréales, soit dit en passant. Plus que les bio-carburants chers à Ziegler...

Écrit par : Géo | 07/11/2008

Bon d’accord. Là, on est au cœur du problème. Et les villas Minergie n’y changeront rien. Okay. (rien à moyen terme, qui est le terme important ; mais il faut quand même le faire pour une raison : le développement technique, le savoir-faire, l’innovation).

"L'alimentation en eau et l'évacuation des déchets de villes telles que Djakharta, Mexico, Kinshasa etc", j’imagine, et c’est un casse-tête, et vous avez plus que parfaitement raison de le mettre au cœur du débat. C’est néanmoins parfaitement envisageable et possible techniquement. C’est par contre une question de sous, de sous et d’organisation... Faut des moyens, des tas de moyens, des hydrogéologues, des hydrauliciens, des ingénieurs civils, des urbanistes, des chimistes, encore des ingénieurs, des locaux ingénieux aussi, et des financiers, des économistes, des banquiers, les gens qui ont les compétences, les firmes qui ont les compétences, et des gens qui connaissent la réalité locale, et des responsables locaux. D’où mon questionnement sur ce blog... Ne peut-on envisager d’intervenir avant que ce soit aux mains des maffias comme en Amazonie ? Ne peut-on envisager de dégager des moyens financiers pour ceci ? On sait faire du bénéfice économique, on a des instruments financiers hallucinants pour ceci ; investissons-en la partie nécessaire au service de ce problème urgent...

Comment ? Comment diriger une partie du flux financier dans cette tâche ?... ça c'est le véritable casse-tête! Une idée, quelqu'un ? Vraiment rien à tenter?

Tentons quand même, et si nous sombrons, nous coulerons au moins le pavillon haut... Que peut-on faire d'autre?

Écrit par : Christian | 07/11/2008

Vous êtes un optimiste tenace, vous. Vous dites "nous", vous dites "on", mais précisèment nous ne sommes pas chez nous à Kinshasa, Mexico, Djakharta...

Et les gens qui habitent ces endroits ne fonctionnent pas comme les Suisses dans leur petit pays au système politique exemplaire que les journalistes turcs de la RSR veulent absolument abolir...

Écrit par : Géo | 07/11/2008

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