09/11/2008

Huffington Post et Sarah Palin

Chaque année, le 5 novembre, toute l’Angleterre allume de grands feux de joie et célèbre la fête du Gunpowder Plot. On y commémore l’échec de l’attentat du parlement à Londres en 1605 par Guy Fawkes et ses complices. Et partout on répète cet antique poème anonyme : Remember, remember, the Fifth of November – Souviens-toi, souviens-toi du Cinq Novembre. Le Gouvernement britannique y trouve l’occasion de resserrer les rangs autour de l’ordre public, d’appeler à plus de cohésion sociale et à la protection de la sacro-sainte démocratie parlementaire. Quatre cents trois ans plus tard, le 5 novembre devient une nouvelle fête symbolique pour la démocratie dont l’amplitude historique est telle qu’il nous est encore  impossible de la mesurer correctement. Et cette élection a été historique à plus d'un titre, notamment par la composition très inédite de ses concurrents.


Pour deux des quatre prétendants au trône dans cette élection présidentielle mondiale, la Maison Blanche représentait un paddock doré et une fin en beauté. Pour les deux autres, c’était un ticket pour l’avenir et, avec un peu de bol, l’immortalité. Ces deux-là m’intéressent évidemment plus que les deux autres, tout aussi cyniques, inutiles et épuisés l’un que l’autre, totalisant pas moins de 60 ans au Sénat à eux deux. Si Obama a clairement – et heureusement – réussi son incroyable pari, il me semble utile de rappeler que l’autre événement historique de cette campagne s’appelle Sarah Palin et que son entrée en politique nationale n’en est qu’à ses débuts.

 

Quelques évidences d'abord. On n’avait jamais vu de femme à ce stade de l’élection. On n’avait jamais vu quelqu’un d’aussi inconnu, jeune, apparemment inexpérimenté et néanmoins capable de déclencher une telle hystérie médiatique et populaire. Ces jours-ci il doit être très désagréable d’être le gouverneur d'Alaska, avec quelques membres de l’appareil de son parti qui ont déclaré la chasse à la Palin ouverte et les habituelles casseroles dont écopent ceux qui ont le mauvais goût de perdre, d’une manière générale. Lorsque Barry Goldwater a perdu l'élection de 1964, Lyndon Johnson a offert un contrôle fiscal à son équipe de campagne comme lot de consolation. J’ai néanmoins le sentiment que nous venons à peine de faire connaissance avec une personnalité d’envergure nationale et qui n’est absolument pas prête à retourner pour toujours à ses élans et à ses neiges éternelles.

 

On peut, comme moi, penser que ce petit et charmant bout de femme est porteuse des valeurs les plus rétrogrades. Mais c’est un calcul, et une attitude, dont souffrent depuis trop longtemps les démocrates libéraux du monde entier. Comme le rappelait Michael Moore lui-même, et il sait de quoi il parle, chez Larry King : « Nous avons souvent perdu contre les Conservateurs, parce que nous nous croyons intrinsèquement meilleurs et plus intelligents qu’eux. Eux nous haïssent, mais au moins, ils nous respectent. En réalité, ils sont plus malins que nous. » La livraison hebdomadaire du très influent Huffington Post ne dit rien d’autre en substance. A savoir : attention, ne faisons pas l’erreur de mépriser Sarah Palin et de la passer trop vite par pertes et profits.

 

Personnellement, son discours d’investiture à la vice-présidence en août dernier m’a vivement impressionné. On y voyait une inconnue presque sans éducation, gouverneur d’un état isolé et moins peuplé que Zurich se faire applaudir par une foule enthousiaste pendant 3 minutes et 12 secondes, puis déclamer, à haute et intelligible voix, un discours de 45 minutes d’une évidente force de conviction, d’une émotion indéniable et provoquant le délire parmi quelque 34 millions de téléspectateurs. Quelques soient les aléas que Sarah Palin a traversés par la suite, je venais d’assister, en direct, à la naissance d’un leader politique. Et les attaques dont elle fait l’objet depuis m’inquiètent en ce qu’elles ne font que confirmer mon sentiment. On ne dépense jamais autant d’énergie à caricaturer et à se moquer de quelqu’un de parfaitement inoffensif. D’ailleurs, on obtient souvent le résultat contraire : plus on s’en moque, plus on lui renforce ses chances d’avenir. George W Bush a été élu deux fois dans des circonstances plus difficiles encore.

16:24 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (7)

Commentaires

Tiens, cette fois, je crois que vous vous plantez le doigt dans l'oeil jusqu'au coude. Je suis persuadé qu'on n'entendra plus jamais parler de cette tache sauf dans les concours de chasse à l'orignal. Je ne lui mettrais pas la défaite de Mc Cain sur le dos, mais c'est bien à cause de la crise financière...
Seul le temps amènera une réponse. On en reparle dans trois ans ?

Écrit par : Géo | 09/11/2008

J'ai déjà eu tort, notamment lorsque j'ai cru Clinton sur le point de réussir en février, et Obama fini en juillet. Je peux donc encore me tromper. Je ne sais pas si cette femme sera présidente. Il se trouve pourtant qu'elle risque d'être bientôt sénatrice de son état, lors des probables élections anticipées de 2009 en raison d'un scandale de corruption qui vient d'éclabousser le sénateur sortant. Une fois au Sénat, tout est possible, comme nous venons de le voir. Je me réjouis donc de l'observer et de voir comment elle va s'en tirer. On en reparle quand vous voulez.

Écrit par : david laufer | 09/11/2008

Madame Sarah pPalin est inquiétante. Ses positions philosophiques sont pour le moins étonnantes. Elle croit dans le créationisme et récuse la théorie de Darwin!!
Ensuite elle est contre la pilule et pour l'abstinence contre l'avortement et comble du ridicule sa fille était une fois sur l'estrade avec sa mère visiblement enceinte et non mariée! En plus elle est profondément religieuse et fait partie d'une secte.
En plus parait-il qu'elle est assez ignarde dans pas mal de domaines et qu'elle a sorti de grosses bourdes durant la campagne qui ont fait honte aux républicains . Elle est sans doute une des raison de l'échec de Mac Cain, Obama n'ayant eu que 52% des voix .Où est le raz de marée tant attendu? D'ailleurs cette Obamania mondiale frénétique a vraiment frisé le ridicule. La déception va sans doute être à la hauteur de l'euphorie de ces jours derniers. C'est drôle comme les gens en général sont tributaires de la mode, de la propagande télévisuelle. On avale à grandes louchées les fadaises qui on été débitées à longueur de journée tous ces temps-ci. L'esprit critique a quasiement disparu de beaucoup de cerveaux.
Sait-on par exemple que les subprimes causes de tous les malheurs actuel en économie ont été une création de Jimmy Carter un démocrate et qu'elles ont été confortées par Clinton en 1995 encore un démocrate et chose extraordinaire Bush a demandé en 2003 que l'on supprime ces crédits subprimes débridés, résultat refus catégorique du congrès à dominante démocrate. Mac Cain en 2005 a récidivé la demande de suppression des subprimes même réponse du congrès.!
Autrement dit si on avait écouté Bush en 2003 on ne serait pas dans la merde en 2008 (excusez moi mais c'est le terme qui convient le mieux à la situation actuelle). Et ceci les médias et très peu de journaux ont en parlé. On a préféré s'engouffrer dans la même mouvance généralisée du consensus et souffler dans la même corne que les voisins. Vous verrez que l'histoire remontera les bretelles des Obomaniaques et replacera Bush à sa bonne place.

Louis

Écrit par : hervé | 10/11/2008

Je ne sais pas non plus qui sera le candidat designe des republicains dans quatre ans, encore moins qui gagnera (Si on le savait, cela augurerait mal de la sante de la democratie americaine). Neanmoins, je vous rejoins en cela que Palin est un animal politique asez extraordinaire. Elle a l'iinstinct politique, elle sait se connecter avec les gens.
Alors certes, elle a dit de belles anneries, mais quel politique n'en a pas dit et s'est bue elu? Sans meme parler de Bush Jr., je citerai Sarkozy qui durant la campagne de 2007 ignorait le pourcentage d'electricite produite grace au nucleaire en France. J'en passe et des meilleurs.
Palin a quatre ans pour se mettre a lire et a comprendre les affiares internationales. Et quatre ans, pour cela, c'est largement suffisant.
Parlons de ses idees. Certes, ses idees ne sont pas les miennes, mais c'est la toute la richesse de la democratie, c'est qu'on a le droit d'avoir des idees differentes. On a souvent tendance a l'oublier. D'autre part, meme si certaines de ses idees ou de ses convictions etaient potentiellement dangereuses, je pense que la constitution et le systeme americain, plus vielle democratie ininterompue du monde, saurait presenter les gardes-fous necessaires.
N'oublions pas non plus que le spectre politique americain est plus conservateur qu'en Europe. Aux Etats-Unis, ses idees peuvent souvent generer des discussions, mais elles sont acceptees comme etant representative d'une marge non negl;igeable de la population. Je pense que les Americains roulent des eyx de la meme maniere lorsqu'ils apprennent qu'un pays comme la France a trois ou quatre partis communistes distincts qui se presentent aux elections. Vu d'un pays ou le mot socialiste est une insulte, cela genere sans doute autant voire plus d'incomprehensions que les idees de Palin peuvent generer chez nous.
Enfin, j'en reviens au debut et reprends les mots de Geo et David: on verra dans quatre ans

Écrit par : Carl Schurmann | 13/11/2008

Il n'y a pas besoin d'aller au US pour trouver une importante communauté qui partage les idées de Palin. Les idées qu'elle défend sont assez courantes en Suisse également.

Est-ce que notre rapport au pouvoir n'est pas en train de beaucoup évoluer ?

Aujourd'hui, les français ont un président qu'ils n'aiment pas, mais dont ils admirent l'ambition. Les italiens ont un cavaliere qu'ils détestent, mais dont ils admirent le côté inoxydable. les US ont élu un président dont ils attendent tellement qu'ils seront forcément déçus, et je crois qu'ils le savent.

Aujourd'hui, un peu comme à l'église en somme, on vote pour ce qui rapporte et on se fait une sorte de gouvernement à la carte, ou le meilleur vendeur l'emporte. Les politiciens l'ont compris et vendent tant qu'ils peuvent. mais moi, l'électeur lambda, (suis-je seul dans ce cas ?), je sais que l'inertie est telle, que quoi que ces gens promettent, on ne peut pas leur faire confiance, ils ne tiendront pas parole.

Notre rapport au gouvernement évolue. Aujourd'hui, on veut voir le prochain épisode, être étonné , ému, enthousismé ou scandalisé, le gouvernement devient une série TV. On choisi les acteurs de ces séries pour que le prochain épisode nous divertisse, comme quand on choisi sa pizza, ou qu'on se créée sa religion, à la carte. Mais on va s'en lasser et bientôt on élira des anonymes qui nous auront vendu que le gouvernement, c'est nous!

Écrit par : gregoire | 15/11/2008

Ben voyons. En voilà une théorie qu'elle est belle...
"Aujourd'hui, les français ont un président qu'ils n'aiment pas, mais dont ils admirent l'ambition. Les italiens ont un cavaliere qu'ils détestent"
Une moitié des Français, une moitié des Italiens, etc...
Ce n'est pas la même chose...

A propos : aujourd'hui, c'est le jour où ce cher David nous pond son billet hebdomadaire que nous sommes tous impatients de découvrir...

Écrit par : Géo | 16/11/2008

Pour ceux qui doutent encore du futur de Sarah Palin, l'article de CNN d'aujourd'hui aidera à dissiper quelques doutes:

http://edition.cnn.com/2008/POLITICS/11/22/palin.popularity.oprah.ap/index.html

Cette fille est prête à se taper l'incruste. Watch out.

Écrit par : david laufer | 22/11/2008

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