16/11/2008

Le Wall Street Journal et la banque suisse

Pour une fois, Micheline Calmy-Rey a fait une déclaration avec laquelle j’étais d’accord. Elle a souligné la semaine dernière que, bien qu’on puisse se réjouir de la victoire d’Obama, on peut, en tant que Suisse, s’inquiéter de l’attitude du Parti démocrate et de certains sénateurs proches d’Obama sur la question de la banque suisse. Obama, avec le sénateur Carl Levin, est en effet à l’origine d’une proposition de loi qui porte le doux nom de Stop Tax Haven Abuse Act, ou halte aux abus des paradis fiscaux. Dans la longue liste des Etats montrés du doigt et qui sont accusés de siphonner le fisc américain, on trouve bien évidemment la Suisse. Et maintenant qu’Obama est aux commandes, on peut se préparer à voir les tensions existantes monter de plusieurs crans dès le 20 janvier prochain, date de l’entrée en service du nouveau président.

 

Ou peut-être aura-t-on le privilège de ne pas attendre si longtemps. Le Wall Street Journal se fait l’écho de l’accusation de Raoul Weil, ancien dirigeant du Wealth Management chez UBS aux Etats-Unis. La charge n’est pas mince, comme le détaille le journal : un tribunal de Floride accuse Weil d’avoir été l’organisateur d’une flottille de banquiers qui ont aidé plus de 20'000 clients américains de l’UBS à soustraire plus de 20 milliards de dollars au fisc entre 2002 et 2007. L’ennui, c’est que Weil n’est pas seul. Cet été, l’affaire Birkenfeld, dont on attend toujours les conclusions, faisait état des mêmes pratiques frauduleuses de la part de l’UBS. Or selon l’accord qui lui a permis en 2000 d’entrer sur le marché US en rachetant le gérant de fortune Paine Webber, l’UBS acceptait de faire une croix sur le secret bancaire pour sa branche américaine.


Jusqu’à Birkenfeld, on pouvait penser qu’il s’agissait de cas isolés, et que l’UBS dans son ensemble respectait ses accords avec le fisc. Mais l’irruption de Weil, encore plus gradé que Birkenfeld, vient jeter un lourd discrédit sur ce mince espoir : il s’agirait donc bien d’une politique frauduleuse délibérée et généralisée de la part de l’UBS. Là où ça se corse, c’est que deux traders du Crédit Suisse new yorkais sont également en préventive depuis deux mois, en attente de procès pour des pratiques également frauduleuses à hauteur d’un petit milliard de dollars. En même temps, une crise financière comme rarement le monde en a connu secoue le gouvernement américain en profondeur. Parallèlement, deux guerres désastreuses et interminables sont en train de lui coûter environ 10 milliards par mois, pour un total d’environ 3 trillions. Le déficit budgétaire dépasse les 700 milliards, le déficit commercial dépasse les 400 milliards. Enfin, il y a une dizaine d’années, lors du règlement de l’affaire des fonds en déshérence, le fisc américain avait prévenu les banques suisses : nous n’en resterons pas là.

 

Toutes ces informations pointent, si l’on veut bien, dans une direction. Le différend qui oppose le fisc américain, mais aussi la place financière de Wall Street à la banque suisse n’est pas nouveau et vient d'entrer dans une nouvelle phase, peut-être finale. L’UBS et le Crédit Suisse ne sont que les têtes d’affiche de ce combat, mais derrière, c’est bien la banque suisse dans son ensemble, c'est-à-dire la banque privée responsable d’environ 60% de la masse de fortune privée mondiale sous gestion, qui est visée. Pendant des années, le fisc américain s’est tenu coi et a laissé l’UBS et le CS à leurs affaires. Ceux-ci en ont bien profité et ont accumulé plus d'argent, de pouvoir et de visibilité qu’aucune banque étrangère n’en avait jamais acquis aux Etats-Unis. Mais dès que la situation s’est détériorée, la machine à tuer s’est réveillée et les inculpations se mises à pleuvoir. Il est intéressant de relever que, juste après avoir perdu 45 milliards de dollars sur le marché des subprime, l’UBS soit soudain accusée, sur un tout autre volet, d’encourager ses clients à une évasion fiscale massive. On peut d’ailleurs s’attendre à une puissante intensification de cette guerre judiciaire dans les mois à venir.

 

Le danger est très réel : si la machine fiscale américaine parvient à ses fins, c’est le bras américain entier de l’UBS qui est sectionné, c'est-à-dire les joyaux de la couronne. C’est aussi, derrière, des problèmes tout à fait substantiels de réputation et d’image pour l’ensemble de la place bancaire suisse, et pas seulement pour les gros acteurs du marché. La réputation étant l’un des atouts principaux des banques suisses, et c’est bien sûr là que porte l’effort de guerre américain, et européen : depuis quelques mois, on a vu le scandale de la banque LGT, le scandale Birkenfeld, les propos du ministre des Finances allemand, et maintenant l’affaire Weil. Il serait naïf de croire à un hasard. Et tout aussi naïf d’accuser les Etats-Unis de duplicité et d’escroquerie. Après tout, c’est la guerre. Et au lieu de crier à la faute et de se cramponner au secret bancaire comme à un talisman, la banque suisse ferait peut-être bien de se faire plus humble, de comprendre qu’elle peut, notamment grâce aux institutions démocratiques suisses, être plus compétitive et que, peut-être, les tourments qui la bousculent actuellement lui offrent une chance unique de renouveau.

15:54 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (9)

Commentaires

Difficile à commenter. Mais :
Pour une banque suisse, n'est-ce pas de l'hubris que de vouloir concurrencer les banques américaines sur leur territoire ? Bien sûr que oui. Les lois américaines sont faites pour les Américains. Il ne suffit pas aux Barbares suisses de passer leur temps à lécher le cul des Maîtres pour espèrer échapper à cette règle. Les Suisses sont des experts du léchage de cul américain (voir les commentaires de celui qui signe DJ), ils dépensent des fortunes incroyables pour acheter des FA-18 plutôt qu'un avion européen, etc.. etc...mais cela ne servira jamais à rien.

Point 2 : le peuple américain n'est dans son actuelle majorité plus descendant du détesté WASP. Il est constitué de descendants de pays colonisés par l'Europe. La joie des habitants du bled pourri au Kenya d'où vient le père de BO s'explique pour deux raisons : ils sont sûrs évidemment que tout l'or de Fort Knox va se déverser chez eux et que ce cher Barack va lancer toutes les bombes atomiques américaines sur l'Europe pour les venger. Comme dit le camarade ziegler, ils nous haïssent, ne l'oublions pas.

Moralité : il faut commencer à s'occuper de la 5ème colonne américaine en Suisse. Ces gens sont là pour nous nuire, et personne ne semble s'en rendre compte.

Écrit par : Géo | 16/11/2008

"ils dépensent des fortunes incroyables pour acheter des FA-18 plutôt qu'un avion européen, etc.. etc...mais cela ne servira jamais à rien."

Géo,n'est pas capable de suivre l'actualité la plus basique vu que sa seul capacité est d'insulter tout le monde sans réflechir.Dans le cas contraire il saurait que les Suisses ont retenus pour le renouvellememt de leurs flotte aérienne,le fameux rafale français qui n'est rien d'autre qu'un avion européen.

D.J

Écrit par : D.J | 16/11/2008

@Géo,
Intéressant comme point de vue. Un petit défaut cependant, l'Afrique est maintenant chasse gardée de la Chine, Chine principale pourvoyeuse de fonds aux USA.... Cela n'empêchera pas les banques suisses implantées aux USA d'avoir des problèmes, c'est vrai. Je nuancerai toutefois, les banques suisses n'ont pas que des clients américains. elles n'ont pas que des investissements aux USA. Et plus les problèmes américains vont aller de l'avant, moins il sera intéressant d'y être. Si les banques suisses sont "chassées" de ce marché, ça pourrait leur donner l'opportunité de se placer, avant la concurrence, sur d'autres marchés, ceux du futur?

Écrit par : salegueule | 16/11/2008

@salegueule,

"ça pourrait leur donner l'opportunité de se placer, avant la concurrence, sur d'autres marchés, ceux du futur?" Vous pensez, j'imagine, aux marches asiatiques, du MO, et de l'Afrique. Sachez que sur ces marches, plusieurs banques internationales, et non des moindres (HSBC, Standard Chartered, Citibank, etc.) sont deja extremement bien implantees. Ces pays n'ont pas attendu les banques suisses comme le Messie. A l'exception de l'antarctique, dont j'avoue ignorer les projection economique, il n'existe a l'heure actuelle plus un seul marche ou les grandes banques internationales n'ont pas deja les pieds.
Cela etant, je pense qu'il existe encore des marges de manoeuvre pour nos banques. Mais il ne faut pas rever, la concurence est feroce.
J'ai eu l'occasion de travailler quelques temps pour une entreprise suisse en Chine. Premiere dans son domaine en Suisse, elle a debarque en Chine, croyant avec arrogance pouvoir conquerir le marche malgre des prix largement superieurs a la concurence. La marque de fabrique "Suisse" devait convaincre les clients chinois que cela valait la peine de payer plus.
Malgre des mois de refus car nos propositions etaient trop cheres, aucun plan ne fut mis en oeuvre pour essayer de baisser nos prix. Cela finit tres mal avec la quasi fermeture de la filere Chinoise.
Alors, certes, nos banques ont plus d'experience a l'international. Mais il est imperatif que nous comprenions de quoi est fait le monde, comment il fonctionne et sessions de nous reposer sur nos lauriers en imaginant que le monde nous attend.
Notre pays a enormement d'atouts, plus que certains pays bien plus grands et disposant des ressources naturelle qui nous font cruellement defaut. Mais il ne nous faut pas oublier que la richesse suisse est un phenomene recent. Nos grands-parents et parents ont travailles dur pour enrichir ce pays. Il nous faut continuer sur la meme voie si nous voulons maintenir cette richesse.

Écrit par : Carl Schurmann | 17/11/2008

Ce que Carl dit sur les tarifs pratiqués par les industries suisses à l'étranger, mais aussi sur notre propre marché, devrait être imprimé en première page de tous nos quotidiens et relayé jusqu'au plus profond de notre beau pays: nous sommes trop chers pour être compétitif, à l'exception des montres, encore que là aussi on peut commencer à se faire du souci. Mais ramener notre économie à des niveaux internationalement réalistes, ne serait-ce qu'avec nos voisins immédiats, n'est pas une nécessité, c'est un avenir certain et extrêmement douloureux si nous nous n'y préparons pas.

Écrit par : david laufer | 17/11/2008

Une question tout de même sur ce fameux secret bancaire ... fonctionne-t-il aussi pour des succursales ... à l'étranger ?
Étrange ... non ?

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 17/11/2008

"Dans le cas contraire il saurait que les Suisses ont retenus pour le renouvellememt de leurs flotte aérienne,le fameux rafale français qui n'est rien d'autre qu'un avion européen."
Effectivement, DJ, les Suisses ne pourront acheter cette fois-ci un avion américain. Ceux-ci l'ont retiré de l'offre avant la première phase d'évaluation. Mais vous vous trompez de blog, ici nous ne sommes pas chez Pascal Kümmerling. Si vous préfèrez aborder les relations américano-suisses sur d'autres sujets, je vous propose le chantage sur les fonds en déshérence et le rapport Bergier...

Écrit par : Géo | 17/11/2008

@Victor,
Bonjour Victor, les filiales des banque suisses à l'étranger sont soumises aux lois du pays d'accueil. (les succursales aussi) Le secret bancaire ne l'est pas autant que ce que la plupart des gens pensent. Dès que le client est inculpé d'un délit pénal (reconnu comme tel en Suisse), le secret bancaire tombe...L'évasion fiscale n'est pas ru ressort du droit pénal en Suisse, d'où le problèmes avec les administrations fiscales étrangèes...
@DJ, la Suisse n'a pas encore quel avion elle achètera, il pourrait autant s'agir de l'avion européen, du suédois que du français. Le français a contre lui le fait que personne ne l'a acheté hors l'armée française et les mauvais souvenirs des mirages...

Écrit par : salegueule | 18/11/2008

Merci pour l'info.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 18/11/2008

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