14/12/2008

Pasadena Now et la mort de la presse écrite

Les plus grands bouleversements s’annoncent par de tout petits signes. Comme les oiseaux qui cessent de siffler avant l’orage, ou les chiens qui hurlent avant une éruption volcanique. Ou comme ces quelques centaines de petits propriétaires dans l’état de l’Ohio qui, vers juillet 2006, ont commencé à avoir de sérieux problèmes de remboursements d’hypothèques, improbable apéritif de la crise historique qui aujourd’hui frappe le monde entier. Pour être un signe annonciateur, encore faut-il qu’un détail se transforme en événement. Ce qui est peut-être le cas de James McPherson, le directeur du quotidien web d’info régionales Pasadena Now, de la ville californienne de Pasadena.

Jusqu’à 2007, James, 53 ans, et sa femme Candice Merrill, dirigeaient le Pasadena Now avec une équipe de 7 employés payés entre 600 et 800 dollars la semaine, c'est-à-dire des clopinettes. Mais avec les revenus publicitaires en chute libre et le lectorat sous perfusion, c’était encore trop cher. Alors James a puisé dans son expérience dans la confection. Durant les années 80, il avait délocalisé la production de chemises et de pantalons au Vietnam. L’idée lui a paru d’abord aberrante à lui-même, mais pressé par les circonstances et convaincu de la mort du modèle existant, il a décidé de tenter le coup. Et d’un jour à l’autre il a viré tous ses employés, les remplaçant par cinq journalistes indiens. Indiens d’Inde, pas d’Amérique.

Un annonce postée sur un site indien à gros trafic lui a permis de recruter ses nouveaux journalistes parmi un éventail très vaste de personnes qualifiées, sachant très bien écrire, ayant fréquenté l’université et au fait des technologies de l’information. Grâce à Skype, à l’intensification des retransmissions vidéo de tout et n’importe quoi, et notamment des séances du conseil communal de Pasadena, les nouveaux reporters indiens de Pasadena Now peuvent gratuitement se renseigner et faire leurs petites enquêtes, avant de pondre un article à l’anglais impeccable et correspondant en tous points aux exigences des lecteurs habituels. Ces méthodes ont d’ailleurs séduit Dean Singleton, patron du groupe de presse américain MediaNews qui, à la tête de 54 quotidiens dans le pays, s’est lui aussi mis à délocaliser ses journalistes en Inde. Il pense même n'avoir plus qu'un seul desk pour tous ses quotidiens. Peut-être même un desk off-shore, rêve-t-il.

Annoncer la mort de la presse écrite n’a rien d’exceptionnel de nos jours. Il suffit de voir les chiffres de diffusion des quotidiens pour comprendre que le phénomène est réel et probablement irréversible. Le Figaro, le Monde et Libération, à eux trois, ne totalisent pas 1 million d’exemplaires vendus, pour un pays de plus de 65 millions d’habitants. Il y a 30 ans, le Figaro seul en totalisait plus de 2 millions. L’Angleterre est un peu moins touchée, grâce à une vieille tradition de presse d’opinion très marquée et une grande variété d’offre. En Suisse, nous n’échappons évidemment pas au virus et l’effondrement actuel des recettes publicitaires ne risque pas d’arranger les affaires d’Edipresse, Ringier, TAMedia et des autres. Alors ?

Alors, James McPherson. Ça veut dire que le contenu des journaux en Occident est désormais d’une qualité comparable aux chemises de confection de masse, et que, comme elles, on peut parfaitement, et on va de plus en plus les faire réaliser en Inde à $7.50 les mille mots (contre 100 francs en Suisse). Et cela en dit beaucoup plus sur la qualité de la production de Pasadena Now, et de la presse en Occident d'une manière générale, que sur le savoir-faire des pays en développement, qui est hors de soupçon. Les Chinois reproduisent parfaitement les mécanismes horlogers helvétiques les plus compliqués, pourquoi les Indiens ne sauraient-ils pas écrire des articles de journaux ? A moins que, au mépris des contraintes commerciales et politiques, nous ne revenions vers un journalisme plus ouvertement subjectif, rédigé sans format, et capable de susciter autant de débats que les méthodes de James McPherson.

15:17 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (22)

Commentaires

Amusant retour de bâton de la colonisation. Les administrateurs des colonies victoriennes n'ont pas réussi à transformer les indiens en parfaits gentlemen copiés sur le modèle britanniques, comme ils le rêvaient à l'origine, mais ils leur ont inculqué assez d'anglicité pour se substituer aujourd'hui à leur propre working-class, et achever de lumpeniser cette dernière. Les journalistes (et autres) Lithuaniens ou Hongrois peuvent se féliciter que leur pays n'ait jamais fondé de colonies outre-mer.

D'un autre côté, il ne faudrait pas trop utiliser l'excuse de la concurrence internationale pour expliquer le déclin de la presse Européenne. Il y a bien d'autres raisons internes qui pèsent d'un plus grand poids.

Écrit par : stéphane staszrwicz | 14/12/2008

Mais tout cela est une excellente idée! D'ailleurs Swissair avait déjà il y a longtemps délocalisé sa comptabilité en Inde et on a pu voir à quel point cette politique était pertinente.

"Les Chinois reproduisent parfaitement les mécanismes horlogers helvétiques les plus compliqués, pourquoi les Indiens ne sauraient-ils pas écrire des articles de journaux ?"
Ne faudrait-il pas aussi leur confier la corvée de baiser nos femmes et d'élever leurs descendances, généralement sales et bruyantes ?

Écrit par : Géo | 14/12/2008

Sens-je une pointe de colère ? Il demeure que les comptables de Bombay ne sont nullement responsables de la chute de Swissair, leurs chefs zurichois surpayés et surdiplômés l'ayant très bien provoquée tout seuls.

Mais là n'est pas la question. Je n'encourage personne à imiter McPherson. Je constate qu'il représente, peut-être, un modèle d'avenir. Parce que la presse écrite ne produit plus, (en règle générale, car je connais d'excellents journalistes) d'articles de qualité. Si la presse écrite produisait des articles de qualité, des débats et de la littérature, les ventes le confirmeraient, et il ne viendrait par conséquent à personne l'idée de la délocaliser.

Écrit par : david laufer | 14/12/2008

D’accord sur la qualité qui pêche, symptôme de... tout un tas de trucs, que je vous laisse le plaisir de détailler.

Par contre, le "modèle d’avenir" : hum ! Et si c’était juste la même méthode employée depuis que les cycles d’innovation sont guidés par le capitalisme : innovation au centre, standardisation de la chose, puis délocalisation dans des pays-ateliers et consommation de masse, puis pour compenser la perte de rendement : nouveau cycle innovatif, actuellement plus du marketing et de l’habillage que de véritable innovation etc., le tout en cycles de plus en plus globalisé court et dans le temps. Jusqu’où voulez-vous que cela continue ainsi ? (La dernière véritable innovation qualitative pour augmenter le retour sur investissement étant les produits financiers des années 80 et 90, moyen certes efficace et utile pour investir et dégager des montants extraordianires pour faire de belles choses, mais qui a été utilisé comme on le sait, pour déconnecter le moyen de faire de l’argent des contraintes du réel, avec le résultat que l’on sait et le crash que l’on sait.)

Si donc (comme le laisse supposer l’ironie désabusée qui pointe derrière votre usage du terme), M. McPherson n’était pas le signe du "modèle d’avenir" mais plutôt le signe annonciateur des derniers soubresauts du modèle actuel, son chant du cygne, la démonstration que la chose est ancrée très profondément là où il a été inventé, la démonstration que la chose en tant que système n’est pas loin d’être incurable ?

(Et pourtant, et je me répète, des tas d’éléments valables et ingénieux y sont à récupérer ; mais le fonctionnement global, l’articulation de ces éléments, est elle devenue totalement contre-productive. Si ce n’est pas de ça dont on parle quand on parle de crise systémique, de "perfect storm" comme diraient les nouveaux journalistes indiens de Pasadena, de quoi parle-t-on ?)

Écrit par : christian | 15/12/2008

@Christian. Oui, modèle d'avenir, mais probablement sur le court terme. On peut durer encore étonnamment longtemps avec des prothèses et des pansements, même sur des jambes de bois. Mais le verdict reste le même. En fait McPherson ne fait que révéler à quel point la presse écrite est malade, et il semble ne se faire absolument aucune illusion dans l'interview qu'il a donné pour le NY Times à l'excellente Maureen Dowd.

Écrit par : david laufer | 15/12/2008

D’accord pour son succès à court teme... (bien qu’à voir la vitesse avec laquelle les emplâtres et les jamde bois qui nous ont fait durer ces 15 dernière années volent en éclats, il nous faille peut-être inventer de nouveau superlatifs... )

Pour abandonner un moment la finance et en revenir au journalisme, vous qualifiez Maureen Dowd "d’excellente", et même McPherson de "lucide" (qui dit, en quelque sorte, que le roi est nu) ; c’est donc que les gens excellencts et lucidites existent encore (ce qui ne faisait aucun doute) ; mais pourquoi alors ne trouvent-t-ils plus à s’exprimer dans les canaux dominants ? Parce qu’ils ne sont pas actuels, pas dans l’air du temps ? Parce que les canaux dominants donnent dans l’air du temps, le consenssuel le plus décervelé et dans la superficialité ? Que les "modèles économiques" ont imposé tout ceci ? Mais si tel est la situation du côté de l’offre, quid alors de la demande ? N’est-elle pas là, gigantesque, pour quelque(s) chose(s) qui fasse(nt) sens ?

Écrit par : christian | 15/12/2008

"Mais si tel est la situation du côté de l’offre, quid alors de la demande ? N’est-elle pas là, gigantesque, pour quelque(s) chose(s) qui fasse(nt) sens ?"
Les gens qui ont besoin d'informations ne lisent pas des cochonneries comme "le matin" ou je ne sais quoi. Il y a 20 ans, qui voulait savoir qqch sur l'Afrique devait s'abonner à "Africa confidential" ou "Lettres du continent". le Monde publiait des articles de journalistes de qualité comme Jean Hélène, Stephen Smith, et alii, mais trop rarement.
L'information est à plusieurs vitesses, normal. On ne donne pas des perles aux cochons. Même payants.

Écrit par : Géo | 15/12/2008

Oui, la demande d'information demeure, elle est probablement la plus haute aujourd'hui dans l'histoire. On la soulage notamment avec Internet et les blogs (désolé de faire ma promo, mais c'est une réalité statistique) et avec des sites spécialisés. Dans certains pays pourtant, la presse n'est pas aussi exsangue qu'en Europe. Ainsi, en France, le modèle du propriétaire de presse qui vend aussi des hélicoptères de combat (Dassault, le Figaro), ou, pire encore, celui de l'homme le plus riche du pays qui possède le plus gros quotidien business (Arnaut, Les Echos), est catastrophique, comme il l'est en Italie. En Suisse, nous avons des groupes de presse qui annoncent haut et fort que, comme le disait encore récemment UBS, le marché suisse ne représente plus qu'une portion congrue et symbolique de leur business qui se fait désormais à l'étranger. Alors quand on voit UBS qui revient vers la portion congrue et en obtient 60 milliards...
En parlant de modèles, Rupert Murdoch est un diable d'homme, mais il a l'avantage singulier de ne faire QUE de la presse: la pire presse (Fox, News of the World, The Sun) et la meilleure presse (London Times, Wall Street Journal). L'une finance un peu l'autre, l'autre sert de faire-valoir à l'une, mais le modèle fonctionne extraordinairement bien, mais si Murdoch fait lui aussi face au problème de la chute de la publicité et la désertion du lectorat.
Et chez Murdoch, quoiqu'on en dise, il demeure des journalistes extraordinaires et totalement libres (AA Gill, Thomas Frank, Jeremy Clarkson, etc...) qui persistent à informer avec style, liberté de ton et de manière régulière. Tant que, comme en France, en Suisse et en Europe d'une manière générale, on fera taire ces talents pour des raisons économiques (trop long) ou politiques (risque de déplaire), on fera s'enfuir autant de lecteurs, et de publicité. A la base de ce problème se trouve donc probablement aussi la question du modèle industriel.

Écrit par : david laufer | 16/12/2008

Je voudrais apporter un point de vue quelque peu différent de ceux exprimés ci-dessus. Pour commencer, la disparition de la presse écrite a des limites. C'est une question de format de lecture mais aussi, et surtout, de publicité. Des journaux disparaissent, mais les magazines "féminins", et autres revues spécialisées semblent ne pas connaître la crise. Les premiers sont tout à fait charmants, à condition d'éliminer dans leurs pages tout contenu ayant des prétensions sociologiques ou littéraires. Leur idéologie est creuse et intrusive, et pourtant ils sont parfaits comme supports publicitaires pour des parfums, maquillage etc. Les photographies sont très belles et leurs équivalents numériques (les présentations flash) sont lentes et ennuyeuses, du moins pour le moment. En ce qui concerne les magazines spécialisés, il semblent se porter assez bien aussi, d'après le nombre de titres présents sur le marché. A mon avis, et contrairement à la presse féminine, il s'agit d'une question de contenu : personne n'aime lire des reportages de plusieurs pages sur écran, et le public préfère acheter des revues plus chères, mais aussi avec une présentation plus soignée et un contenu plus intéressant ou plus adapté à ses souhaits, un objet que l'on garde volontiers chez soi, loin du mépris inconsciemment affiché des lecteurs des journaux gratuits qui jettent leurs papiers dans la rue après usage, une manière comme un autre de les appeler torchons.

Écrit par : Inma Abbet | 16/12/2008

En fait, tous les journaux gratuits ne sont pas méprisés. Je n'ai jamais vu le plancher des bus tapissé de journaux gratuits dédiés aux petites annonces, qui sont considérés comme quelque chose d'utile.

Écrit par : Inma Abbet | 16/12/2008

Inma, d'accord avec vous. Je n'achète presque plus que Vanity Fair, même si je suis méchamment accro de toute la presse par Internet. Ce faisant, je me fond dans un moule très dominant, où les magazines ne cessent de prendre des parts de marché aux quotidiens, notamment parce qu'on aime avoir et emporter chez soi un objet joli et qu'on feuillette avec plaisir, plutôt qu'un méchant papier dont la 4e de couv est une photo de côte de porc en action à 6,50 francs, sur fond rouge. La qualité est une notion complexe et non limitative.

Écrit par : david laufer | 16/12/2008

Il y a la notion de qualité, celle de cible, et l'on peut aussi évoquer la possibilité de dialoguer avec l'auteur d'un texte, ce qui n'existait pas auparavant, à moins de fréquenter certains lieux ou certaines personnes. C'est là tout l'avantage du blog, mais pas seulement du blog. Lors chaque "rentrée littéraire", on trouve davantage de livres publiés, mais grâce au Web, les auteurs deviennent plus accessibles.
J'ai récemment consulté les sites de deux romanciers, un Français qui discutait avec ses lecteurs sur son forum, et un Anglais qui a réalisé un site immense sur le Londres de l'ère victorienne, le lieu et l'époque de ses romans. Tout cela est proprement fascinant. Mais ce que je veux dire par là, c'est que le Web est pour certaines formats journalistiques ou littéraires un supplément et un moyen d'expansion, tandis que pour d'autres, c'est seulement un concurrent plus rapide et plus efficace. A quoi bon payer pour lire des nouvelles qu'on peut trouver gratuitement sur le Web? Le même raisonnement a été appliqué à la musique, avec les conséquences que l'on connaît. Si le livre de papier et la presse spécialisée connaissent moins la crise, c'est qu'il n'existe encore aucun support qui puisse les remplacer.

Écrit par : Inma Abbet | 17/12/2008

@Inma et David : merci beaucoup pour vos intéressantes réponses. J’en profite (lâchement) pour soumettre à vos lumières une colle supplémentaire, en mettant en regard deux extraits de vos propos :

"A quoi bon payer pour lire des nouvelles qu'on peut trouver gratuitement sur le Web ?"
et

"En Suisse, nous avons des groupes de presse qui annoncent haut et fort que, comme le disait encore récemment UBS, le marché suisse ne représente plus qu'une portion congrue et symbolique de leur business qui se fait désormais à l'étranger. Alors quand on voit UBS qui revient vers la portion congrue et en obtient 60 milliards..."

Précisément, tout le sens du journalisme n’est-il pas de transmettre "la nouvelle", en la traduisant, en la déformant le moins possible, mais surtout, surtout, en lui fournissant quelque chose d’indispensable : la mise en contexte, le hors-champ de la photo présentée, le rappel des éléments utiles pour interpréter la nouvelle ? Or les journeaux suisses, de la presse papier ou du web (mais en cela fidèle reflet des débats provinciaux qu’on entend ces temps), ont été totalement incapable de fournir la mesure de l’affaire UBS, de la crise-catastrophe financière actuelle etc. (sauf une fois tout effondré). Où ont été le rappel des différents ordres de grandeurs, la qualité du chiffre d’affaire obtenu ici ou là etc. ? Sagit-il d’une méconnaissance de la part des journalistes de ce domaine ? Ne sont-ils capable de prendre qucun recul sur ce que disait (et dit encore) UBS ? Quelles nouvelles sont-ils capables de transmettre (en les comprenant un minimum ?!) ?

Faut-il alors, à la place des journeaux, lire le livre de la journaliste financière de Le Temps sur UBS qu’elle publie à chaud comme c’est la mode (puis se ruer sur le suivant avec l’affaire Madoff ou la politique anti-conjoncturelle que la Suisse veut bien mettre en place ou non etc. etc. ?)

Personellement, je m’informe avec un ou deux sites web (étranger), qui outre les "nouvelles", annoncent leur position, fournissent contextualisation, modèles, idées, interprétations, lignes de fuites, axes fort, dynamiques possibles ou non etc etc., ce qui me permet de lire ensuite la presse frasncophone entre les lignes... Quant au reste, je dois faire le boulot de contextualisation moi-même (les ordres de grandeurs, les trends, replacer les choses à leur place, à leur importance, à leur dimension véritable, etc. etc.)... ce qui demande un temps affolant !!
(sans mentionner que je me trompe certainement :-) A ma décharge, je me restreint aux seuls domaines où j’ai quelques savoir-faire).

J'ai l'impression de ne rien trouver en français dans la presse usuelle pour commenter l’actualité qui soit de la qualité de ce qu’on peut trouver sur les rares sites internet que je suis. Alors certes, toute l’info commentée est là, mais l’accès y est très très réduit... Et avec ce constat de restriction, on retrouve la notion de cible que vous avez mentionnée, avec cette question: l’accès à quelque chose de potable est-il reservé à 2-3 types qui ont le temps de chercher (et de trouver, et de rechercher, et de rerenuancer, et de corriger etc.) ?

Écrit par : christian | 17/12/2008

@Christian: ma foi personnelle est qu'il n'existe de véritable objectivité que dans la subjectivité annoncée. Les "nouvelles", celles qu'on lit tous les jours, sans signatures et formatées à l'extrême, ont ceci de pernicieux qu'elles ont tous les dehors de l'objectivité. Mais nous savons tous qu'un reporter voit les choses sous un angle personnel, qu'il sera corrigé par un rédac chef qui a lui-même son point de vue, et que le lecteur fera le reste de la distillation. C'est le téléphone arabe qui ne dit pas son nom. Le bon journalisme, à mon sens, est celui qui informe mais qui n'est pas dupe de son propre et inévitable biais, et qui comprend que ce biais n'est pas la Vérité, comme on le voit parfois dans nos feuilles de choux locales. Ainsi les Anglo-saxons persistent-ils à m'impressionner vivement avec leurs reporters à la fois très au fait du sujet, mais en même temps capables de lui apporter une valeur ajoutée de réflexion et de mise en abîme. Cette presse-là a existé en France, avec des gens comme Albert Londres, mais Beuve-Mery, fondateur du Monde, a signalé la mise à mort de ce modèle avec son fameux mot d'ordre aux nouveaux journalistes: "Messieurs, faites emmerdant."

Quant aux livres, je dois ici souligner que je viens moi-même de publier un bouquin sur la question de la crise et de ses conséquences sur la place bancaire suisse et qui s'appelle "Mon banquier m'a dit..." Je l'ai commencé en février, notamment parce que je suis cette crise et son développement depuis plus de deux ans, et qu'on a pu lire, dans des journaux comme le FT, des articles très nombreux, détaillés et fournis, qui ôtent beaucoup de l'effet de surprise à leurs lecteurs sur les événements en cours. Cette crise a été largement et longuement annoncée, comme on a averti la SEC depuis des années sur les fraudes de Madoff. Il est extrêmement difficile de convaincre les gens d'une vérité qu'ils ne veulent pas voir, si évidente soit-elle.

Écrit par : david laufer | 17/12/2008

La quête de Christian est foncièrement naïve :
"Quant au reste, je dois faire le boulot de contextualisation moi-même..."
Comment pourrait-il en être autrement ? Pour un événement tel que le 9/11, filmé et vécu en direct par le monde entier (moi au Mozambique), il existe de nombreuses personnes qui viennent prétendre que c'est un montage...
A chaque fois que j'ai pu lire le compte-rendu d'un événement que j'avais vécu de près, j'ai été frappé par le fait que le journaliste (et surtout LA !!! rendons à Césarine ce qui lui appartient : journaliste comme médecin etc est devenu un métier de femme) était mal informé, voire se trompait dans une large mesure. Dans le bon vieux temps, on écrivait une lettre de lecteur pour protester contre des distortions de réalité par trop évidentes. Le rédac'chef la publiait un mois plus tard quand cela n'avait plus le moindre intérêt et ils appelaient cela le droit de réponse. Les mêmes qui par ailleurs voudraient aujourd'hui supprimer l'anonymat dans les blogs, parce que la mise en cause immédiate de leurs évidentes turpitudes les dérange...

Écrit par : Géo | 17/12/2008

"Dubito, ergo sum", Christian. Toute la presse, toutes les nouvelles, toutes les opinions.

Écrit par : Géo | 17/12/2008

Décidemment l’époque ne se prête pas aux optimistes. Après la crise financière, la crise économique et maintenant la crise de la presse.
Ce serait une aigre catastrophe d’assister à la fin des journaux en Europe et pourtant une telle éventualité serait possible. Les choses vont effectivement très vite à notre époque. On a bien assisté par exemple à la fin de la paysannerie durant un laps très court. Quelques dizaines d’années auront suffi pour voir une activité humaine qui remonte à la nuit des temps disparaitre. Les villages sont devenus des villages dortoirs et il n’y a plus aucunes fermettes traditionnelles sauf une ou deux fermes hangars qui ont raflé tous les terrains agricoles. Disparition encore plus rapide des mines de fer, de charbons, plus aucun mineur en Europe occidentale, plus de sidérurgie. Et tout ceci en même pas la moitié d’une vie d’un homme !!
Alors pourquoi pas la presse, d’ailleurs cela a déjà commencé avec la petite presse les journaux locaux. On assiste à une concentration de mauvais augure entre les mains de quelques uns du monde des idées et par conséquent de manipulation des masses par la propagande menée uniquement par certains individus.
On s’en aperçoit très bien dés aujourd’hui par l’influence grandissante des télévisions qui savent très bien orienter les gens dans un sens ou dans un autre. Exemple : la guerre en Afghanistan très peu de commentaires négatif en revanche la guerre en Irak très décriée résultat l’une est beaucoup mieux acceptée que l’autre. Autre exemple : les médias du Rwanda qui ont distillés à longueur de journée la haine contre les tutsis pendant plus d’un an, résultat : 800000 morts en trois mois assassinés à la machette et ceci rendu possible par l’inexistence d’aucune contre partie d’une presse concurrente et opposée à celle du gouvernement. Voilà où réside tout le drame de la disparition de la presse, il n’y aura plus de contre partie à la manipulation des médias en place. Que des pans entiers de l’activité humaine disparaissent passe encore mais que le monde des idées, de l’information, de la liberté de penser s’envolent en fumée voilà le cauchemar qui nous pend au nez et sans doute plus vite qu’on ne le pense. Moi-même j’ai assisté à la disparition de la plus part des journaux de ma ville, il n’en reste plus qu’un et qui fait la pluie et le beau temps résultats on a toujours le même maire qui a su mettre le journal sous sa coupe depuis plus de 37 ans. On peut dire que dans ma ville la démocratie n’existe plus.
Alors maintenant si la presse en plus de tout cela est obligée de se délocaliser en Indes quel tourment ! Imaginez que la presse tombe dans les mains des arabes que leurs régimes se radicalisent et s’islamisent on lirait à longueurs de pages des litanies coraniques et le reflet d’une pensée totalement étrangère à celle qui a prévalue chez nous, pensée issue du siècle des lumières lui-même issu du monde éclairant de l’époque de Périclès. Et avec l’Inde ce serait du pareil au même, ils ont leur monde, leur état d’esprit à eux, pourquoi devrions nous nous plonger dans leur univers complètement étranger au notre. Et tout ce martyr pourrait arriver bien plus vite qu’on ne le croit si nous faisons preuve de défaitisme et de ramollissement. Ne renouvelons pas le drame des romains, stop à la décadence. !!

Louis Hervé

Écrit par : hervé | 19/12/2008

Scipion@ N'oubliez pas d'étayer un peu vos assertions, svp.
L'attitude de nombre d'observateurs face à Obama est simplement affligeante, ne serait-ce que parce qu'il n'existe pas de bons Américains pour les non-Américains. Il y a le même hiatus entre le citoyen américain et le reste du monde que celui qui existait entre le citoyen romain et les Barbares. Nos ancêtres. Enfin, les miens, parce qu'avec votre pseudo...

Écrit par : Géo | 19/12/2008

"je viens moi-même de publier un bouquin sur la question de la crise [...]" Au passage, une question me chiffonne : Pour quelles raisons avez-vous choisi Suarez-Villa ?

(Si ma question vous paraît inopportune, vous n'êtes naturellement pas forcé de répondre.)

Écrit par : stéphane staszrwicz | 20/12/2008

S'agit-il encore d'un spam ?

Écrit par : Géo | 20/12/2008

@Stéphane: J'ai choisi Suarez parce que j'ai lu un article de lui dans la Tribune de Genève en avril qui me semblait particulièrement pertinent. Je l'ai trouvé par Internet à l'Université de Californie, lui au demandé de participer, il a accepté et nous correspondons depuis juin plusieurs fois par semaine.

A mon tour: pourquoi cette question? Le connaissez-vous?

Écrit par : david laufer | 20/12/2008

Je m'interrogeais surtout parce que la banque et la finance ne semblent pas faire partie de ses sujets de recherche principaux. Et puis, c'est toujours intéressant de jeter un coup d'oeil en coulisse et de se faire une idée des contingences --- et des coincidences --- qui se cachent derrière la création d'un ouvrage.

Écrit par : stéphane staszrwicz | 21/12/2008

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