01/02/2009

L.A. Times et Tim et Tom

Comme tout le monde, je viens de recevoir ma déclaration d’impôts. Comme tout le monde, ça me donne un mal de tête prospectif. Deux articles du L.A. Times viennent m’aider à relativiser tout cela. Pourtant, même si j’en conçois une brève et soulageante Schadenfreude, je ne peux pas dire que ces nouvelles me rassurent.

Le 18 janvier dernier, le quotidien californien m’apprenait que Tim Geithner, choisi par Obama pour diriger le Trésor, était embourbé dans une sale affaire. De 2003 à 2008, Tim a été Président de la Réserve Fédérale de l’Etat de New York, et à ce titre très impliqué dans les politiques monétaires si favorables aux banques de Wall Street, avec les conséquences que l’on sait. Or il s’avère que le petit Tim – il n’a que 47 ans – aurait « oublié » de payer 34'000 dollars au fisc. Brillants débuts pour un futur Directeur du Trésor.

Comme cela ne suffisait pas, le même L.A. Times m’apprend le 31 janvier que Tom Daschle, choisi par Obama pour diriger l’épineux dossier de la santé, aurait lui aussi « oublié » de payer 128'000 dollars au fisc. Pendant près de 20 ans, de 1987 à 2005, Tom a été Sénateur du Dakota du Sud, et a dirigé un grand nombre de commissions. Comme Joe Biden, Tom est devenu un « homme de Washington », ce qui depuis quelques années a pris une coloration particulièrement sordide, entre les scandales financiers, moraux ou politiques.

A leur décharge, rappelons ici un chiffre monstrueux : 60'000. C’est le nombre de pages du code fiscal américain, et encore, on se bat entre experts sur ce seul sujet. Rien que l’an dernier, rappelle le journal, pas moins de 500 changements y ont été introduits. Selon un nombre grandissant d’experts, la politique fiscale américaine et son code avec elle ont totalement perdu le contrôle de leurs propres agissements. Ce qui fait que 60% des contribuables ont recours à des comptables pour les aider à remplir leurs déclarations. A cela, ajoutons les chiffres suivants : 400 milliards de déficit budgétaire, 700 milliards de déficit commercial, et désormais une opération de sauvetage des banques qui coûtera plus de 800 milliards supplémentaires. Et qui sera dirigée par Tim Geithner.

Alors qu’Obama annonce depuis un an le changement et qu’il est désormais aux commandes, les CV et les pratiques plus que discutables de deux membres éminents de son administration jettent un doute douloureux sur ces belles promesses. Pendant que le gouvernement exige des contribuables américains des efforts considérables, il embauche en même temps des individus qui ignorent les lois et rognent sur les déclarations de leur femme de ménage, comme l’a apparemment fait Tim. La chose fait déjà scandale outre-Atlantique, et même si Tim semble pouvoir s’en sortir, rien n’est moins sûr en ce qui concerne Tom. Ces deux-là me font penser à ces voitures italiennes des années 70 dont on disait en rigolant qu’elles rouillaient sur catalogue.

On pourrait se consoler en voyant que, contrairement à l’administration Bush, la nouvelle ne dissimule pas ses problèmes et nous les expose clairement. Pourtant, ça ne me suffit pas et je redoute cette attitude-là autant que la précédente. D’une part parce qu’elle est la marque de fabrique du Malfaisant de l’Elysée, qui répète à qui veut l’entendre qu’il fait tout haut ce que ses prédécesseurs faisaient tout bas. L’idéal, ce serait bien sûr que ces gens-là ne soient pas corrompus, vénaux et menteurs. Mais comme c’est un rêve, je préférerais, en attendant, qu’ils tentent de nous cacher leurs turpitudes au lieu de nous les exhiber sous le nez, comme un chat vous apporte un moineau déchiqueté. Au moins je saurais qu’ils en ont honte donc, peut-être, conscience.

16:22 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

"Mais comme c’est un rêve, je préférerais, en attendant, qu’ils tentent de nous cacher leurs turpitudes au lieu de nous les exhiber sous le nez, comme un chat vous apporte un moineau déchiqueté."
Ah mais oui mais non. Attendez un peu de savoir qui est le papa de Zohra...

"Ces deux-là me font penser à ces voitures italiennes des années 70 dont on disait en rigolant qu’elles rouillaient sur catalogue."

Vous êtes notre maître à tous en matière de délicieuse méchanceté, DL...

Écrit par : Géo | 01/02/2009

"Ce qui fait que 60% des contribuables ont recours à des comptables pour les aider à remplir leurs déclarations"

J'ai entendu la même chose en Allemagne. Par hasard, je lisais cet après-midi le chapitre dédié à la taille (l'impôt) dans 'L'Ancien régime et la révolution' de Tocqueville, où l'auteur parle de la destruction de la liberté politique au moyen de l'impôt. "Du moment où l'impôt avait pour objet, non d'atteindre les plus capables de le payer, mais les plus incapables de s'en défendre, on devait être amené à cette conséquence monstrueuse de l'épargner au riche et d'en charger le pauvre. On assure que Mazarin, manquant d'argent, imagina d'établir une taxe sur les principales maisons de Paris, mais qu'ayant rencontré dans les intéressés quelque resistance, il se borna à ajouter les cinq millions dont il avait besoin au brevet général de la taille. Il voulait imposer les citoyens les plus opulents; il se trouva avoir imposé les plus misérables; mais le trésor n'y perdit rien."
Et Tim et Tom n'y perdront rien non plus.

Écrit par : Inma Abbet | 01/02/2009

Merci Inma pour cette perspective. Nihil novi sub sole. C'est aussi rassurant que déprimant.

Écrit par : david laufer | 02/02/2009

"D’une part parce qu’elle est la marque de fabrique du Malfaisant de l’Elysée, qui répète à qui veut l’entendre qu’il fait tout haut ce que ses prédécesseurs faisaient tout bas"

J'avoue ne pas comprendre. D'une part vous dites le Malfaisant de l'Elysée et dans une deuxième préposition vous dites qu'il fait tout haut ce que les autres faisaient tout bas. Mais c'est antinomique. Faire tout haut ce que les autres font tout bas c'est une qualité alors pourquoi malfaisant?

Louis Hervé

Écrit par : hervé | 03/02/2009

Les commentaires sont fermés.