22/03/2009

OK Magazine et Jade Goody

 

 

C’est une étrange fête des mères aujourd’hui en Grande Bretagne. La maman la plus célèbre du pays vient en effet de rendre son dernier souffle, ce dimanche 22 mars à trois heures du matin. L’histoire de Jade Goody, c’est le nom de cette jeune maman de 27 ans, ne peut laisser personne de glace tant elle est bizarre, choquante, émouvante et pour toutes les raisons qui en font un extraordinaire symbole culturel et social.

 

Jade est née en 1981 de parents pauvres et drogués. Jusque là, rien d’exceptionnellement triste dans l’Angleterre thatchérienne, en proie aux troubles sociaux et plongée dans un gouffre financier apparemment sans fond. Son enfance dans le sud de Londres est violente selon ce qu’elle en a raconté et on la croit volontiers. Assez rapidement son père l’abandonne. Il mourra d’une overdose en 2005, à l’âge de 42 ans. Sa mère, accro au crack, perd l’usage d’un bras dans un accident de moto. Malgré ces parents modèles, Jade parvient à devenir assistante dentaire.

 

En 2001, Jade est une vraie « Essex girl ». Ces jeunes filles qui habitent les banlieues Est de Londres et prennent le train pour débarquer à Liverpool Street Station, ce sont ces Anglaises délurées qui font peur et envie aux Continentaux, qui ont un accent et une vie sexuelle sauvages, qui boivent plus que les garçons, se battent dans les matchs de football et dans les pubs, et qui sont très souvent d’excellentes secrétaires ou assistantes à la City, comme l’était ma secrétaire en 2006, elle aussi une authentique Essex girl. C’est « l’Angleterre d’en bas », comme disait l’autre, celle qui a depuis longtemps remplacé le chapeau melon, le tweed et les bouteilles de lait en verre. Ne demeurent que la Reine et le thé, mais leurs jours sont comptés.

 

Tout ne commence vraiment qu’en 2002, dans le jeu télévisé Big Brother où, malgré son débarquage assez rapide, elle devient vite la coqueluche des médias pour son comportement d’Essex girl, avec tout ce que cela comporte de sincérité et de vulgarité. Depuis ce jour, la vie de Jade n’a plus échappé à l’œil des caméras. Elle a deux fils en 2003 et 2004 avec un coparticipant à Big Brother. Puis elle est prise dans un scandale aux proportions épiques pour avoir fait un commentaire raciste à l’encontre d’une autre participante indienne. Elle sort naturellement, comme l’exigent les règles du marketing élémentaire, son autobiographie, son parfum, son DVD fitness et ouvre un salon de beauté pour homme.

 

En août 2008, la vie de Jade bascule. Sur Big Boss, le Big Brother indien, elle apprend en direct qu’elle atteinte du cancer du col de l'utérus. Sanglots, hurlements, tout y est. Elle revient en catastrophe à Londres où, quelques semaines plus tard, elle apprend qu’il n’y a plus grand-chose à faire que d’attendre le rideau de fin. Avec un naturel déconcertant qu’on appelle le courage, elle décide de vendre les droits de la couverture de son agonie au magazine OK! pour des sommes considérables. Son but avoué étant d’accumuler un maximum d’argent pour assurer l’avenir de ses deux fils.

 

Sous nos latitudes, on se choque facilement de ce genre d’expressions. On les trouve vulgaires, et c’est ma foi souvent vrai. N’empêche, c’est l’une des conditions premières de la démocratie de laisser s’exprimer toutes ces cultures et contre-cultures. Ça n’est pas qu’une question de démocratie : en laissant s’exprimer Jade Goody, on permet aussi à des cultures plus sophistiquées et novatrices de trouver leur public. Autrement dit, en laissant au pire une chance de s’exprimer, on laisse aussi s’exprimer le meilleur, c’est d’ailleurs une condition sine qua non de son existence. Par chez nous, on craint ces excès et on les prévient par tout un système subtil de censure et d’autocensure. Jade Goody serait impossible chez nous, se félicitent certains. Les Rolling Stones et Harold Pinter non plus.

 

Les dernières semaines de Jade auront été l’occasion d’une hystérie médiatique très rarement égalée. Sa tête chauve à cause de la chimiothérapie, souriante et maquillée, a fait la une de tous les journaux. On y a tout appris sur elle, jusqu’à ce matin, trois heures, où elle est finalement morte entourée de sa mère et de son mari, ce qui ne génère que plus d’hystérie médiatique encore.

 

C’est comme si un pays entier s’était observé pendant des années à travers un spécimen unique et archétypique, sorte d’Homo Britannicus des années 2000 qui suscite la haine et l’amour en égales quantités. On l’a dit depuis longtemps déjà, Jade Goody prouve par l’extrême qu’Orwell avait tout prévu dans 1984 : le totalitarisme a plusieurs visages, notamment celui des médias derrière lesquels un dictateur cannibale et polymorphe attend chaque jour sa ration de malheurs et misères. Jade Goody lui en aura fourni à la tonne, jusqu’à la mort. Et il est impossible de ne pas penser qu’elle sera parvenue, bien malgré elle, à incarner l’Angleterre toute entière, pleine de bruits et de fureurs pendant une décennie et qui s’éteint doucement dans les premiers rayons de ce soleil de mars.

 

17:16 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (39)

Commentaires

La prod parle déjà d'une saison 2 mais la maladie choisie reste cachée. Le casting aura lieu bientôt donc si vous êtes en phase terminale et avez des enfants, plus rien ne vous empêche de devenir un animal de foire grassement rémunéré !

Benny Hill nous avait habitué à plus de classe...

Écrit par : Clément | 22/03/2009

C'est en effet une histoire triste. Cela etant, ce n'est que le dernier episode de ce qui fait la specificite de la presse britanique, a savoir le caniveau. Je lisais recemment que plusieurs titres britaniques avaient rappelles leurs correspondants des pays d'Europe car les articles traitant de "abroad" avec la possible exception des USA n'interesse quaisment personne. Les gens preferent effectivement connaitre la couleur de la culotte de Victoria Beckham ou, ici, suivre avec un voyeurisme morbide qui ne se cache meme plus, la fin d'une personne qui n'a en fait aucun talent particulier.
Et je pense justement que cela ne correspond pas autant a 1984 qu'a Brave New World ou le peuple ne vit que pour la distraction fournie abondament par les elites afin de les distraire pendant que ces memes elites s'occupent des affaires de l'etat, de l'economie et autres affaires serieuses, sans devoir rendre compte a personne de leurs action.
Ce qui me desole dans tout cela n'est pas tellement la vision d'un avenir cauchemardesque mais plutot un passe qui nous rattrape. Car enfin, y a-t-il tellement de differences entre cette jeune femme qui meure d'un cancer en direct et ces jeunes romains qui, prenant la suite des esclaves, allaient se faire trucider dans l'arene pour la gloire et les femmes devant le bon peuple qui, en echange de ce cirque et du pain, fermait sa gueule?
Mais effectivement, comme vous dites, ces choses sont inevitables si l'on veut pouvoir laisser pousser les Rolling Stones.

Écrit par : Carl Schurmann | 23/03/2009

Je m'attendais à des commentaires en dessous de la ceinture. Heureusement Carl sauve la mise, pris dans un sandwich rance. En effet, grâce à Clément et à Scipion, on a les deux extrêmes d'un même spectre: d'un côté, le beuglement sauvage de Clément, haineux, et inconsciemment jaloux de la gloire et de l'argent des autres ; de l'autre, on a Scipion, sûr de lui, hautain et méprisant. Il dit "défunte", avec un respect ganté qui, dans le contexte de son commentaire, prend des allures de baffes. L'autre parle "d'animal de foire", mais c'est exactement la même idée. Au total, c'est autant voyeur qu'une midinette, avec la honte de soi et la méchanceté crasse en plus.

Écrit par : david laufer | 23/03/2009

Je vous trouve bien intolérant avec vos commentateurs DL. La plupart des gens qui parlent de cette affaire y voient un sérieux dérapage des medias tous genres confondus.

Je retire pour ma part de cette histoire que ce n'est pas ainsi qu'on mène la lutte contre le cancer si on veut le vaincre : cette femme s'est mise en situation d'une mort proche et imminente et cette attitude ne pardonne pas. Elle a mis toute son énergie à rentabiliser son décès plutôt que de tout faire pour se convaincre qu'elle voulait vivre.

Écrit par : Géo | 23/03/2009

Bonjour David,

Pourquoi en avoir parlé, si vous pensez que ceux qui commentent sont des midinettes en mal de voyeurisme ? Perso, je savais rien de cette femme décédée le jour de la fête des mères en Angleterre, avant de voir votre billet. Et je ne ferais pas de comm. à son sujet car je n'ai rien à vous dire.

Écrit par : Loredana | 23/03/2009

@Loredana et Geo. J'ai réagi parce que j'ai bcp hésité avant de faire ce billet, étant presque certain que ce sujet provoquerait de méchantes âmes pour épancher le pire d'eux-mêmes, ce qui n'apporte jamais rien à personne. Parce que c'est un blog, parce qu'on n'y filtre pas les commentaires, parce qu'on est un peu en marge des grands médias, je regrette de voir parfois - heureusement c'est assez rare - s'exprimer ici des instincts totalement idiots, que je ne censure absolument jamais puisqu'ils s'infligent des autogoals à chaque coup. C'est juste de la crétinerie ordinaire, le plus souvent anonyme, agressive et frustrée. Je ne réagis quasiment jamais à celle-ci, mais les commentaires cumulés de Clément et de Scipion étaient tellement bas et attendus qu'ils m'ont donné envie de vomir mon quatre heures, même si je suis reconnaissant à Scipion de s'être expliqué par la suite. Et comme c'est mon billet, après tout, je crois que le minimum est de leur faire savoir, une fois tous les 110 ans, ce que j'en pense.

Écrit par : david laufer | 23/03/2009

C'est du Shaekespeare !

Écrit par : Un lecteur | 23/03/2009

Je vais faire plaisir à DL !... À mettre entre les deux parties du sandwitch rance!

Ce n'est pas du "Shaekespeare", c'est du "j'expire"

PS: Je me suis permis ce très mauvais jeu de mots, parce que Monsieur DL, qui ne se prend pas pour la moitié du tiers d'une midinette, utilise, lui aussi des effets de langage assez inappropriés! J'ai lu et relu les textes de Clément et Scipion, je n'y ai rien trouvé qui était au-dessous de la ceinture, sauf si DL porte sa ceinture sous les aisselles! Là, il pourrait s'agir de de coeur ou de manque de coeur!

Écrit par : Père Siffleur | 23/03/2009

@père siffleur.
Vous ne savez pas lire, alors à la niche!

Écrit par : Julien | 23/03/2009

Il est possible que pour des pervers ou des fétichistes il existe un message subliminale de type "au dessous de la ceinture" dans les textes de Clément et Scipion.
Julien va nous expliquer tout cela!

Et j'adore les niches, ces petites farces ou espiègleries! Alors, allez, cou-couche panier! (un panier sans son anse pour Julien ?)

Écrit par : Père Siffleur | 24/03/2009

"ce sujet provoquerait de méchantes âmes pour épancher le pire d'eux-mêmes, ce qui n'apporte jamais rien à personne"
Cela reste à prouver : vous avez lu Sade ? Personnellement je trouve cela très ennuyeux mais je me vois obligé d'avouer que le même Buñuel qui m'a retiré mes complexes face à Picasso en dit le plus grand bien...

Écrit par : Géo | 24/03/2009

Vous trouvez Sade ennuyeux? Moi aussi, et je pense d'ailleurs qu'on doit être nombreux à penser la même chose. La célébrité de cet auteur m'a toujours parue liée à des siècles de censure... et à rien d'autre, les interdits sont souvent attirants.
Cela dit, il y a quelque chose que je n'aime pas dans votre billet, David. D'abord, personne parmi vos commentateurs n'a remarqué que vous parliez moins de la télé-poubelle que des Essex Girls en tant que symbole ambivalent de la société britannique postmoderne. Vous faites une allusion à l'Angleterre thatcherienne pour expliquer la pauvreté et la drogue. Je ne suis pas d'accord. Ces conditions-là existaient bien avant 1979 et bien longtemps après. Si des enfants ont vécu dans un milieu violent et malsain, leurs parents sont en premier lieu responsables. Au lieu de cela, on nous a tous habitués à rejeter les fautes sur la société, à diluer la culpabilité et la transformer en indulgence envers certains. C'est précisément ce réflexe insidieux qui crée le milieu adéquat où l'on voit pousser ces produits télévisés dont la fonction première semble être moins d'amuser que de déculpabiliser le spectateur, car ces émissions présentent toujours des groupes et les raisons de l'exclusion du groupe selon les règles de la morale dominante actuelle. Ceux qui se montrent suffisamment grégaires sont admis, ceux qui disent des mots interdits ou ont un comportement inadéquat sont exclus, mais continuent d'être présents pour servir de modèles que l'on façonne afin d'offrir une "leçon morale" qui puisse déculpabiliser et déresponsabiliser ceux qui se sentent identifiés avec le mauvais modèle. Il y a toujours une responsabilité individuelle, qu'on veuille l'admettre ou non. De la même manière, si beaucoup de ces Essex Girls parviennent à s'en sortir malgré leurs difficultés, c'est tout à leur honneur, et il faut beaucoup de courage pour refuser de faire ce qu'on a vu faire autour de soi, pour changer de vie aussi.

Écrit par : Inma Abbet | 24/03/2009

Vu de France, où le blog de M. Laufer est très apprécié, il est dommage de constater que semaine après semaine, certains commentateurs comme Geo ou Père Siffleur n'ont aucune gêne; Père Siffleur avec ses jeux de mots idiots et Geo ses commentaires pédants. Vous devez faire honte à la Suisse, si toutefois vous êtes suisses. Merci à Carl Schurmann et à Julien notamment d'essayer d'élever le débat.
Patrick

Écrit par : Patrick | 24/03/2009

Emma @ C'est à ce genre de commentaire que vous voudriez qu'on réponde ?

Écrit par : Géo | 24/03/2009

@Inma et Geo: "Vous trouvez Sade ennuyeux? Moi aussi, et je pense d'ailleurs qu'on doit être nombreux à penser la même chose. La célébrité de cet auteur m'a toujours parue liée à des siècles de censure".

Oh, que nenni. S'il ne s'agissait que de censure, pensez-vous qu'il eût été interdit en France jusqu'en 1957, date à laquelle un certain F. Mitterrand, alors Ministre de la justice, confirma son interdiction et emprisonne son éditeur ? S'il ne s'agissait que de kiki, pensez-vous que Sade eût connu une telle gloire et un tel retentissement jusque dans les humbles colonnes de ce blog ? Encore une fois, que nenni.

Lisez attentivement "Philosophie dans le boudoir", et sautez les passages - très très nombreux je vous l'accorde - où l'un ou l'autre des personnage s'écrie : "Ah! je fous!", et intéressez-vous aux passages de stricte philosophie politique. Je peux vous l'assurer, c'est du grand, grand art. Sade avait un don de visionnaire qu'aucun écrivain pris dans la tourmente de la Révolution n'a égalé. Ce qu'il dessine, c'est la société d'aujourd'hui, en critiquant violemment et la morale religieuse ancien régime, et la morale ascétique révolutionnaire. Il prend tout le monde, les nobles et les révolutionnaires, et les jette ensemble dans un même panier d'hypocrites et de dictateurs. Il prêche pour une véritable démocratie, pour une conscience libre et une humanité libre. La sexualité, c'est un doigt dans l'oeil de tous ces gens-là, une langue tirée, un comportement outrancier et génial qui ne cesse de me plaire.

Écrit par : david laufer | 24/03/2009

@Geo
On voudrait que vous nous donniez votre avis librement, mais si possible sans remarques injurieuses, blessantes ou simplement pas amusantes.
ça n'amuse que vous d'écrire des horreurs. Si encore vous le faisiez avec esprit !

@Inma
votre commentaire est très élaboré et je suis d'accord, il faut beaucoup de courage pour changer de vie.

Écrit par : Un lecteur | 24/03/2009

Faut-il supporter combien de tonnes de pornographie fade pour arriver aux quelques pages exprimant une critique sociale pas très originale dans un style lourd et ennuyeux? Le gnan gnan antireligiux, l'envie puérile de faire table rase du passé, bof...

Autant lire 'La Chartreuse de Parme', ne serait-ce que pour le style... Mais, bon, des goûts et des couleurs...

On pourrait rappeler ce que vous aviez dit sur Picasso il y a quelques semaines.
Et si c'était simplement moche, inintéressant...

Écrit par : Inma Abbet | 24/03/2009

Patrick& Un lecteur@ au cas où vous ne seriez pas une seule et même personne.
Pédant ? OK, en quoi ?
"ça n'amuse que vous d'écrire des horreurs. Si encore vous le faisiez avec esprit !"
je me flatte de ce que mon esprit n'est pas le vôtre, Gott sei dank !

Écrit par : Géo | 24/03/2009

Pauvre Géo, il doit se sentir bien seul. Ich kann nur lachen.

Écrit par : Julien | 24/03/2009

Julien@ Pas vraiment. Qu'est-ce qui peut bien vous faire penser cela ?

Écrit par : Géo | 24/03/2009

"à l'enseigne de "L'année de la jupe". "
Scipion@ vous n'avez pas l'air d'avoir aimé ce film, pourtant considéré comme une dénonciation de la main-mise des mafias négro-maghrébines sur l'école française. Pourriez-vous argumenter ou expliquer, svp ?
(Je ne l'ai pas vu. Ma copine genevoise fatiguée du système scolaire de ce canton en voie de tiers-mondisation de type franchouillardoïde, si)

Écrit par : Géo | 24/03/2009

Si mon commentaire emmerde les camarades franchouillards, j'en suis bien content, soit dit en passant.

Écrit par : Géo | 24/03/2009

Pour nos amis français, il ne faut pas tenir compte des écrits de Géo.
Pour résumer Géo et sa vie: son père était un pas grand'chose, sa mère une moins que rien, vous voyez le résultat. Géo est au chômage depuis longtemps, déçu du système, il est aigri et boit pour oublier. C'est un homosexuel refoulé, sa femme l'a quitté et ses enfants lui ont tourné le dos. Il ne lui reste plus que les blogs où il peut se répandre comme la petite vérole, se grandir et distiller ses commentaires stupides, xénophobes et sans intérêt.

Écrit par : Anima | 24/03/2009

Je me répète! Mais ici, après les insanités lues, il est vraiment nécessaire de le répéter:

"Ce faire traiter d'idiot par des imbéciles est un plaisir de fin gourmet"
(Courteline)


... Et je tiens à "féliciter" (sic) Anima! Voilà quelqu'un qui parle de distiller des commentaires stupides et qui fait pire que cela!
Là aussi, je vais me répéter:
Relisez la parabole suivante:
Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'oeil de ton frère? Et la poutre qui est dans ton oeil à toi, ne la vois-tu pas! Comment peux-tu dire à ton frère:
"Mon frère, attends, que j'enlève la paille qui est dans ton oeil!", toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le tien?
Hypocrite, enlève d'abord la poutre de ton oeil; et alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l'oeil de ton frère.

Et dans le cas d'Anima, la poutre est une maîtresse poutre.

Écrit par : Père Siffleur | 24/03/2009

Quite a paraitre saugrenu a ce niveau de la discussion, je vais refaire un commentaire sur Jade Goody. Je n'ai pas OK magazine et, d'ailleurs, n'ai aucune envie d'aller "verifier" les sources de David Laufer.
Je suis tombe par hasard sur un article publie dans The Independant traitant de la relation aux media de Jade Goody et des raisons de son succes. L'argument principal est que Jade Goody venant de la classe sociale la plus defavorisee, vulgaire, ignorante, teintee de racisme primaire, personifiait le vrai bas-de-gamme de la societe et donc permettait a tous ceux qui etaient au dessus d'elle au niveau social (la vaste majorite) de se sentir rassures d'une part qu'il existe des gens "en-dessous" d'eux, mais en plus, a cause de certains des aspects negatifs de Jade, de le faire en toute bonne conscience. En effet, si se sentir superieur a un autre peut paraitre moralement reprehensible, cela disparait lorsque l'autre est raciste, par exemple.
En cette periode de crise ou le chomage fait des ravages au Royaume-Uni, ou des millions de personnes qui avaient reussi a sortir de la pauvrete pour se hisser dans la classe moyenne, voient avec effroi qu'ils risquent de retomber dans la pauvrete, ce besoin de se rassurer en se disant qu'on est pas completement au fond du trou puisqu'il existe des Jade Goody est tout a fait significatif.

Écrit par : Carl Schurmann | 25/03/2009

@Carl, pas mal vu en effet. Ca fait très jeux du cirque, et c'est une passion profonde de l'homme que de voir mourir pour son plaisir des soudards beuglants. Pour le cas de Jade, il y a un élément plus conjoncturel qui est celui de la culture anglaise depuis quelques décennies. On semble s'y acharner à faire le plus vulgaire et le plus popu possible. La famille royale n'y échappe même pas, lorsqu'on voit le Prince Harry (d'ailleurs fils d'écuyer) ivre mort et débraillé dans des boîtes de nuit, ou le Prince Charles sussurrer au téléphone qu'il voudrait être un tampax, ou le Prince William emprunter un hélico de l'armée pour impressionner sa petite amie, ou Lady Di qui passait sa journée à se gaver de glace devant des séries télé dans son palais de Kensington. D'une manière générale, les "stars" sont séléctionnées en fonction du scandale qu'ils peuvent susciter, lorsqu'on voit Kate Moss s'envoyer des lignes de coke au kilomètre, ou Amy Winehouse vomir sur scène et engueuler tout ce qui passe devant elle, ou son petit copain en tôle, etc, etc. L'Angleterre d'Agatha Christie et de James Ivory est morte et enterrée depuis longtemps, remplacée par une sorte de couverture de magazine trash aux couleurs criardes. A vivre tous les jours, c'est épuisant pour un continental latin de mon espèce. Mais ça n'est au fond "que" du business. Tout ca fait vendre du papier et des émissions télé. Ca fait vivre des agences PR, des restaurants et des journalistes et ca fait aussi vendre du tissus, puisque tout Oxford Street fonctionne sur le système des stars people qui font de la pub pour telle ou telle marque. Comme je le soulignais plus haut toutefois, c'est aussi en Angleterre que naissent encore et toujours les tendances artistiques les plus étonnantes, du plus commercial comme les Stones au plus exigeant comme Pinter. Et les plus jeunes n'y manquent pas, voyez les derniers oscars où l'Angleterre a presque tout raflé, tandis que les artistes anglais sont les plus chers du marché avec les Chinois, et que les romanciers anglais décident des tendances même en Amérique. C'est ce qu'on peut appeler le modèle anglais, qui ne cesse de me fasciner, même lorsqu'il prend forme dans la peau d'une Jade Goody. Ces diables-là ne font jamais de révolutions, que des évolutions, ils se réinventent sans cesse, n'ont peur de rien, surtout pas de se tromper. Prenons-en de la graine.

Écrit par : david laufer | 25/03/2009

Que l'Angleterre de James Ivory soit morte, je n'en suis pas si sur dans la mesure ou je ne sais pas si elle a jamais vraiment existe. A la surface, sans doute, mais au fond, la difference entre l'Angleterre edouardienne et celle d'aujourd'hui est que tout se dit et se publie, car en fin de compte, sans vouloir amoindrir le talent poetique et rafine du prince qui voulait etre un tampax, est-ce si different de son aeuil, Edouard VII, qui se bourrait la geule entouree de danseuses de cancan au Moulin Rouge? ou de son petit-fils, Edouard VIII qui epouse Madame Wallace qui avait ete "danseuse" a Shanghai...
On a souvent egalement dit que Jack l'eventreur etait un prince (vrai ou faux, on ne le saura peut-etre jamais).
Sans aller aussi loin dans le sordide, on connait ces histoires de banquiers ou de parlementaires britaniques se rendant discretement dans des bordels ou ils se faisaient fouetter en portant des soutien-gorges et dont l'episode le plus recent est le fils de Mosley, le fasciste Anglais des annees 30, se faisant filmer en uniforme SS fouttant des prostituees habillees en uniformes de prisoniers de camps de concentration.
En fin de compte, l'Angleterre d'antant etait tout aussi perverse mais, etant dirigee par la Upper Class qui controlait tout, on sauvait les apparences. La democratie a permis a des gens de milieux moins favorises de parvenir a des postes a responsabilites et eux n'en ont rien a faire de la discretion.

Écrit par : Carl Schurmann | 25/03/2009

Marrant tout ça. Avez-vous pensé au parallèle avec la dernière scène du "3ème homme" ?
Le méchant (Orson Welles) explique à son ami d'enfance (dans les égouts de Vienne) que pendant que les Suisses du XIVème (doute..) vivaient dans la démocratie et produisaient des "Kukuck's clocks" les Italiens vivaient dans la corruption le crime etc... et Michel Angelo produisait ses plus beaux chefs d'oeuvre...

Écrit par : Géo | 25/03/2009

Inma@ Comme vous l'avez peut-être compris, je suis très intéressé par ce qui fait que qqn est de "gauche" ou de "droite". Le débat sur ce blog s'est un peu bloqué, (...), mais il est pour moi en continuité avec quelques remarques chez Antonin Moeri :
Je suis toujours assez surpris que certains voient Sade comme un précurseur de la démocratie et des valeurs de liberté, etc...
Je l'ai très rapidement compris comme étant un proto-nazi ou fasciste, défenseur de l'idée "que les masses sont là pour notre bon plaisir et qu'on peut en user comme de bon nous semble"...
Pasolini a repris "les 120 jours de Sodome" et c'est probablement le seul film que j'aie vu qui me soit apparu totalement insupportable. Comme le livre. Je n'ai trouvé chez Pasolini aucune distance avec cette idéologie ignoble distillée par le livre. Pasolini, qui passe pour un gauchiste.
Quel est votre avis ?
Si d'aventure am passe par là, le sien aussi...

Écrit par : Géo | 27/03/2009

Quelle dérive cette fois-ci ! On parle de Sade, de machins en dessous de la ceinture etc. …
Alors qu’il s’agit de commenter la triste histoire d’une pauvre moribonde entrain d’agonir et de surcroit devant tout le monde alors que naturellement toute créature vivante sur cette triste planète a tendance à se cacher pour mourir.
Encore mourir inconscient passe encore mais mourir déprimé avec une mort lente programmée et de plus mise en spectacle sur la place publique, a un coté supplicié des plus atroces effectivement comme ceux qui allaient au supplice dans les arènes romaines et en plus cette maladie devait la faire souffrir sans doute parfois très intensément.
L’idée de la mort est quelque chose de très irréel de très éloigné tant que l’on est jeune ou en bonne santé mais quand elle se présente à l’horizon, l’on doit ressentir un sentiment horrible qui je pense, est incommunicable et indescriptible et alors en plus avoir le courage d’exposer sa décrépitude au monde entier par les moyens que l’on a maintenant a quelque chose d’infernal et représente un sentiment que cette jeune femme n’a pu partager qu’avec sa terrible solitude morale.
Est-ce du courage ou de l’aliénation ?
Louis Hervé

Écrit par : hervé | 27/03/2009

Pour nos amis suisses, il ne faut pas tenir compte des écrits de Hervé...

Écrit par : Géo | 27/03/2009

pourquoi vous avez peur de regarder la mort en face? Elle vous ébloui comme le soleil que l'on ne peut pas regarder en face.
Qu'est ce que les suisses ont de particulier? La mort ne les regardent pas?
Portant le sujet est bien la mort puisque l'on parle d'une cancéreuse qui donne sa mort en spectacle.
Alors ayez un peu de courage , n'esquivez pas le problème. Ce ne sont pas vos magnifiques montagnes qui vous protégerons de l'échéance.

Louis Hervé

Écrit par : hervé | 27/03/2009

Bon personnellement j'ai coaché les dernières années de vie de ma mère et si j'ai fait le commentaire sur la façon de combattre le cancer, c'est que mon ex-compagne devenue ma meilleure amie surfe sur la vague des progrès qui font qu'elle est encore en vie.
Vous avez d'autres question, hervé ?

Écrit par : Géo | 28/03/2009

J'ai dit que le sujet proposé traitait de la mort et qu'il fallait donc en parler plutôt que de dériver et votre conclusion a été "ne pas tenir compte des écrits de Hervé" , pourquoi une telle conclusion somme toute assez bizarre?

louis Hervé

Écrit par : hervé | 28/03/2009

Bon, vous n'avez pas lu tous les commentaires ?

Écrit par : Géo | 28/03/2009

Mais oui, mais oui, Géo a un coeur pour ceux qui l'auraient pris pour un cuistre. Il vient de lever le voile sur sa personnalité belle et généreuse. Ouf. Mais aime-t-il devenir le sujet des blogs de DL? Assurément c'est un but aux vues de la répétition du phénomène mais probablement inavoué. Pourtant et en définitive son ton péramptoire et ses convictions sur tout l'ont amené là où les idées comptent moins que la façon de les énoncer, en clair là où ne se remarque que la probité intellectuelle ou, dans le cas de Géo, son absence. Ce serait mieux si les commentaires des excellents papiers de DL se trouvaient purgés de ce type d'analyse chagrine, furieuse, désolante. Mais, comme le réclame sans cesse Le Pen, il faut d'abord réspecter la liberté d'expression et laisser s'exprimer cette haine (j'encourage la lecture ici de ce blog de DL: Blic & politiquement correct). Pour en revenir à Jade Goody, prendre position sur ce sujet même si c'est un prétexte pour tenter une analyse de la presse anglo-saxone en particulier, ne permet rien d'autre que de se retrouver sur le même banc que les gens d'OK Magazine, hélas, mais il n'y a parfois aucune possibilité de prise de distance. La violence de l'échange qui suit ce blog semble d'ailleurs me donner raison... Sans angélisme, je préfére engager ma réflexion aux côtés d'autres journalistes relayant d'autres causes, la vie est si courte, non?

Écrit par : un lecteur | 28/03/2009

"Je suis toujours assez surpris que certains voient Sade comme un précurseur de la démocratie et des valeurs de liberté, etc…
Je l'ai très rapidement compris comme étant un proto-nazi ou fasciste, défenseur de l'idée "que les masses sont là pour notre bon plaisir et qu'on peut en user comme de bon nous semble..."

@Geo. Oui, et les États-Unis de la fin des années 60 ont connu un avant-goût de cette dérive, avec une certaine fascination envers les tueurs en série. Je me souviens d'une amie de mes parents, qui avait vécu en Californie à cette époque, et qui me racontait 25 ans plus tard que certains meurtriers étaient devenus des célébrités, admirés par des tas de gens. Elle trouvait cela très choquant. Donc, il faudrait chercher les racines de ce mal là-bas peut-être. Aussi dans la fin des défoulements ritualisés et saisonniers, surtout dans les sociétés urbaines, sophistiquées, atomisées, virtuelles, qui finissent par envier ceux qui ne respectent aucune règle, et aussi dans l'étrange confusion entre imaginaire et réel dont souffre pas mal de monde.
Quant à Sade, je continue de penser que la seule chose qui est intéressant chez lui est la longue censure qu'ont subie ses livres. Au-delà, il n’y a pas grand chose. Malheureusement, je ne peux pas vous donner mon avis sur le film de Pasolini parce que je ne l'ai jamais vu. J'en suis restée à 'Oedipe roi', mais le traitement d'un sujet au premier degré peut être aussi intéressant, que ce soit pour le dénoncer, en provoquant des réactions de colère chez le spectateur, ou au contraire, en laissant le champ libre à différentes interprétations. C'est dans tous les cas ambigu. Pasolini passe pour un gauchiste, mail il ne l'a pas toujours été, et il serait difficile de le classer en parlant uniquement de sa façon de représenter la violence. Il faudrait demander à ceux qui connaissent bien son œuvre. Pour moi intellectuel+gauchiste serait plutôt synonyme de tour d'ivoire, de déconnexion du réel.

@hervé et les autres : vous souvenez-vous de cette scène dans 'L'Attrape-Cœurs' où dans la salle de classe, les élèves sont obligés de crier 'digression !' à chaque fois que la description devient un peu plus détaillée dans la rédaction de celui qui présente son travail, et l’effet que cela produit ? Relisez-la, elle ne manque pas d'intérêt.

Écrit par : Inma Abbet | 28/03/2009

@Géo, encore (mais après je m'éclipse, car je ne veux pas abuser de la patience de notre hôte). Sur la ritualisation de la violence, entre autres, il y a aussi l'excellent 'La Violence et le Sacré' de René Girard, à lire ou à relire.

Écrit par : Inma Abbet | 28/03/2009

Lecteur@ Il ne suffit pas d'écrire que tel personne ne vous plait pas, il faudrait étayer et argumenter : "en clair là où ne se remarque que la probité intellectuelle ou, dans le cas de Géo, son absence" Des preuves ?
Si ma façon d'être et de penser ne vous convient pas, je dois avouer que j'en suis bien content : je vous trouve malhonnête, de mauvaise foi et vous n'apportez aucune réflexion sur le sujet du blog. Vous avez déversé votre tombereau d'injures sous différents pseudo, - car il est tout de même assez difficile de réunir des commentateurs différents sur la même opinion - et maintenant vous allez sévir ailleurs. Qui vous regrettera ?

Écrit par : Géo | 30/03/2009

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