06/04/2009

France 3 et les armes à feu

Suite à l’horrible massacre de Binghamton, suite aux échauffourées de Strasbourg et à celles de Bastia, on remet sur le métier l’éternel sujet des armes à feu et de leur possession. D’abord, dire mon horreur des armes à feu, des armes tout court, quelles qu’elles soient. Ce n’est pas un dégoût efféminé de dilettante, c’est une profonde répulsion qui me saisit lorsque je sens sous mes doigts une crosse ou que j’entends résonner le claquement sec d’un coup de 7,5mm, même dans le cadre bon enfant d’un stand de tir suisse. Voilà un objet dont le but ultime demeure très clairement la mise à mort, même si 99% des armes qui dorment dans les placards de la région ne rempliront heureusement jamais leur destin.

Sur France 3, la semaine dernière, on avait convié un sociologue – dont j’ai oublié le nom – spécialiste de la question pour nous parler des armes et de leur possession dans le monde. Des statistiques, indispensables preuves de transpiration, étayaient son propos résolument anti-armes à feu. Les USA, rappelait-il, connaissent dix fois plus de meurtres par armes à feu que l’Europe, et la Russie six fois plus. De plus, s’enthousiasmait-il, la Grande-Bretagne ne fait toujours patrouiller ses bobbies qu’avec des gourdins et la législation sur les armes y est l’une des plus répressives du monde. Malheureux exemple.

D’abord, c’est faux, puisque aujourd’hui les bobbies sont bien armés et ceux que l’on croise autour de Westminster, avec leurs pistolets-mitrailleurs, vous font volontiers croire que vous êtes à Bagdad. Mais surtout, la Grande-Bretagne est précisément un contre-exemple éclatant pour ceux qui soutiennent l’interdiction du port d’armes à feu. Rien qu’en 2008, et la tendance est à la hausse, on a compté 28 meurtres à l’arme blanche commis par des adolescents sur des adolescents. Parmi les armes utilisées, on recense un plat en pyrex saisi au vol à l’étal d’une boulangerie, ou encore des débris de fenêtre.

Voilà pour l’argument de la facilité, le plus souvent cité dès qu’on s’oppose au port d’armes. C’est-à-dire restreindre au maximum l’accès aux armes en se fondant sur l’idée selon laquelle l’occasion fait le larron. La macabre imagination et la passion destructrice des hommes ne s’arrêtent pourtant pas à ces menus détails. Lorsque vient l’envie de tuer, celle-ci trouve généralement son expression. L’esprit malade qui saisit une arme et tire au hasard parce qu’il en a l’occasion n’apparaît même pas dans les statistiques. En revanche, ce qui apparaît très clairement dans les statistiques, ce sont les morts de la route : 400 par an en Suisse, 5'000 en France, 30'000 aux USA.

En effet, on considère normal de construire des voitures dont il est illégal, voire criminel, d’user les pleines capacités du moteur. Et même si les voitures font, en Europe et aux USA, infiniment plus de morts que les armes à feu, on persiste à considérer celles-ci comme des objets indispensables de la vie quotidienne et à penser que des dizaines de milliers de morts sont un juste prix pour une telle commodité. Pour les armes à feu, on réfléchit exactement de la façon inverse puisque l’usage qu’on en fait en Europe et aux USA est très, très largement récréatif.

Intervient aussi un argument plus complexe, mais peut-être plus essentiel. Il s’agit du rapport que le citoyen individuel a avec l’état. Le sociologue rappelait que c’était sous la monarchie absolue en France qu’était né le contrôle sur les armes, les rois et les grands nobles désirant créer un monopole sur celles-ci pour s’assurer le pouvoir. Il faut donc bien comprendre qu’en interdisant ou en rendant extrêmement difficile le port d’armes pour les citoyens, on s’accorde sur un fait selon moi philosophiquement impossible, à savoir que seul l’état est armé. Les militaires, la police, les services secrets, d’accord, mais personne d’autre.

Comme c’est en réalité les états et non les individus qui tuent le plus – guerres, répression policière, opérations secrètes – je ne peux pas imaginer un monde où l’état seul est en droit de s’armer. La destruction totale des armes dans le monde est un but attrayant mais là aussi, peu convaincant sur son efficacité, lorsqu’on sait par exemple que le rhume et la grippe ont tué 80 millions d’Amérindiens en 30 ans. En revanche, pourquoi ne pas se saisir de la crise pour revoir de fond en comble la manière dont nous construisons les voitures et dont nous les conduisons.

12:24 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (8)

Commentaires

Avec des idées pareilles... Vous devez être un drôle de pistolet! ;-)

Écrit par : Père Siffleur | 06/04/2009

Bravo pour votre analyse sur la relation Etat/citoyen et armes...Cela démontre bien les buts politiques, sous couvert de pseudo-sécurité, des initiants à l'initiative populaire contre les armes à domicile!

Écrit par : Nick Nick | 06/04/2009

Sauf votre respect, votre connaissance de l'organisation policière britannique est un peu lacunaire...
Oui, il y a des contingents de police armés, parfois lourdement, au bénéfice d'une formation complémentaire. Mais par défaut, l'agent de police britannique "de base" n'est toujours pas armé, sinon d'une matraque.
La distinction entre "police" (= non armée) et "armed police" est soigneusement entretenue, et va probalement subsister encore pendant un bout de temps, dans uen optique de non-escalade pour le simpel maintien de l'ordre.

La tendance aux crimes violents est dit-on à la hausse outre-Manche, mais on peut tout de même se demander à combien de morts serait l'ardoise totale si les ados auteurs de ces 28 meurtres à l'arme blanche avaient eu accès à des armes à feu ?
Il est objectivement difficile de tuer plusieurs personnes à la suite avec un plat en pyrex, alors qu'avec une arme à feu, on peut le faire relativement aisément, et à distance.

Le parallèle avec les morts de la route est aussi fondamentalement spécieux... les victimes de la route sont pour l'essentiel victimes d'accidents, sans qu'il y ait eu d'intention de tuer, alors que les décès par arme à feu sont en grande majorité intentionnels, qu'il s'agisse de meurtres ou de suicides.

Écrit par : L'Autre | 07/04/2009

Ce sujet a été traité par "le Matin" : les armes à feu ne sont en Suisse responsables que d'une mort sur trois, le couteau étant de loin l'arme la plus dangereuse.

"combien de morts serait l'ardoise totale si les ados auteurs de ces 28 meurtres à l'arme blanche avaient eu accès à des armes à feu ? "
Mais à qui voulez-vous faire croire qu'ils n'ont pas accès à ces armes ? Vous pensez que les gangs achètent leurs armes au drugstore ???

Écrit par : Géo | 07/04/2009

@Géo :
et vous croyez encore ce que raconte "Le Matin"... après le nombre de fois qu'ils ont été pris en flagrant délit de dire n'importe quoi !!!

Écrit par : Silly | 07/04/2009

Sur ce sujet, il ne faisait que citer des statistiques officielles...
Contrairement à ce grand fantaisiste de Kilias, qui lui les invente pour servir sa cause, soit dit en passant.

Écrit par : Géo | 08/04/2009

Monsieur Père Siffleur ne manque pas d'humour!

Louis Hervé

Écrit par : hervé | 09/04/2009

Vous oubliez de dire que ceux qui ont aussi des armes à feu ce sont les bandits.
Eux pas de problème ils sont bien armés! Les honnêtes gens n'ont qu'à se faire flinguer aucun moyen de défense et si on a le malheur de tirer dans un malandrin on se fait automatiquement coffrer! Vive la République qui donne la primauté aux sans loi!

Louis Hervé
!

Écrit par : hervé | 09/04/2009

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