18/05/2009

The Nation et les journalistes

J’étais invité la semaine dernière dans une émission de radio où les autres invités, tous deux représentants des grands groupes de presse suisses, s’en prenaient avec violence à la concurrence déloyale que représente Google. Selon l’un, Google ne fait rien d’autre que du pillage de contenu, empochant de l’argent publicitaire pour mettre à disposition des internautes des articles écrits par d’autres qui ont sué sang et eau pour obtenir des informations très précieuses.

 

Il est assez cocasse que justement cet accusateur était du groupe Edipresse. En effet Edipresse ne rémunère pas ses blogueurs, qui pourtant rapportent à l’avenue de la Gare des revenus publicitaires conséquents. L’autre accusateur s’emportait contre Google et ce qui n’est rien de moins qu’une attaque contre « la démocratie », par le porte-monnaie. A en juger par ces propos tenus par des représentants de la presse dominante, la presse écrite est une incarnation sacrée de la démocratie (pour la pensée de gauche) et doit être défendue contre la rapacité sans morale de groupes étrangers (pour la pensée de droite).

 

Pas un seul moment il n’est apparu dans leurs propos que, peut-être, journaliste étant une profession comme une autre, il était normal que les journalistes subissent, de temps à autre, une concurrence très rude. Mieux : que cette concurrence est l’assurance de sa qualité et, à long terme, de son adaptation à des environnements nouveaux. Non, à leurs yeux, la concurrence de Google est une sorte d’hydre monstrueuse fondant sur notre société civile comme la vérole sur le bas clergé breton. Cela m’a rappelé les propos tenus devant la volée 2007-2008 de l’école française du journalisme à Lille par un patron de presse français qui désignait le blog comme la bête à abattre, parce que sans badge, sans revenus désignés, sans preuve de sources, etc. Ces propos, pour sincères qu’ils puissent être, sur les menaces réelles qui pèsent sur l’avenir de la presse trahissent une certitude imbue de faire partie d’une profession à qui on doit autre chose qu’un salaire et des congés payés. Une manière d'exiger, comme un dû, le privilège d'échapper aux contraintes du marché.

 

Dans la livraison actuelle de The Nation, l’écrivain Alexander Cockburn s’en prend avec une violence cent fois supérieure à la mienne contre cet esprit de corps. Lui-même grand reporter plusieurs fois récompensé, il compare les cris d’alarme de la presse dominante aux sorcières de Macbeth se prenant pour Vénus dans le jugement de Pâris. Mieux, il s’en prend à sa propre publication pour fustiger des confrères qui ont récemment signé un article dans lequel ils expliquent que « tandis qu’on ferme des journaux et qu’on vire des journalistes, des pans entiers de notre société civile sombrent dans l’obscurité ». A ceux-là, il promet le même avenir que la machine à vapeur. Et il termine : « En gros, depuis des décennies, la presse écrite dominante a saboté et obstrué – souvent avec rage – les efforts d’amélioration de notre condition politique et sociale ».

 

Dès qu’une profession ou une classe de la société se perçoit autrement que ce qu’elle est réellement, elle entame sa propre destruction. Il y a quelques années, un vigneron de Lavaux avait entamé une campagne de récolte de fonds auprès de ses amis et des collectivités pour la survie de son exploitation – qu’il avait presque ruinée par sa propre incurie. Mais à l’entendre, ce n’est pas une exploitation agricole qu’on était appelé à sauver, c’était un rempart de civilisation, d’histoire, de savoir-vivre et de préservation de la nature. En lui versant de l’argent, on se sauvait soi-même. La vente des Indulgences rapportée à la picole. Et pourquoi suis-je à ce point certain qu’on rirait d’un carrossier qui ferait la même tentative ?

10:18 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (15)

Commentaires

Monsieur Laufer (avec un seul « f »),

Votre très humble serviteur vous demande la permission d'entrer et de bien vouloir excuser son audace. Il vous assure d’ores et déjà qu'il fera son possible pour ne pas faire de vagues et qu’il ne posera pas de question. Vous avez su lui apprendre que vous n’aimiez pas les questions. Surtout les questions qui dérangent.

Il n’entre que pour vous dire qu’il est entièrement d’accord avec le billet ci-dessus. Pour abonder dans votre sens, il voulait indiquer que, non seulement le groupe Édipresse-Tamedia ne rétribue pas «ses» blogueurs, mais, qu’en plus, il utilise certains de leurs textes dans son édition papier.
Le lambda-moins qui gribouille ici a déjà eu cet insigne honneur. Oui, rendez-vous compte! Un quidam tel que lui, un moins que rien qui n’a jamais été invité à la télé et qui plus est écrit sous un pseudo!... Publié dans la presse écrite! Un type qui ne fait que dans l'invective, l'approximation affabulante, bref, dans la connerie !... Ainsi que vous l’avez si magnifiquement écrit de votre style inimitable, dans un des commentaires qui suivaient un précédent billet.
Un commentaire où, en fait, vous aviez eu le même genre d’attitude que les deux «patrons de presse» que vous fustigez aujourd’hui, Une attitude de défense du territoire ou d'idées à tout prix et sans admettre qu’il soit possible que d’autres territoires ou d’autres idées puisent exister… Ils le faisaient pour l’argent ! Vous ne le faisiz que pour votre seule gloriole.

La larve rampante qui a écrit ces mots se prosterne devant vous et se bat la coulpe : il a osé, encore aujourd’hui et malgré sa promesse de ne pas faire de vagues, mettre les paroles passées de votre Grandeur en doute en vous comparant à deux Petits représentants de groupes de presse Suisse !

Écrit par : Père Siffleur | 18/05/2009

DL, vous êtes sans aucun doute le plus pertinent des hôtes de ce bois. Reste néanmoins une question non absolument dénuée d'intérêt. Si cela continue sur la même courbe, la presse écrite va disparaitre.
Qui a permis l'émergence de ce fléau économique, écologique, social et culturel que sont ces merdes gratuites ?
Economique parce que coupant l'herbe sous les pieds des vrais journaux.
Ecologique parce que les gens les parcourent quelques secondes et les jettent partout, parce qu'on bousille des arbres pour produire le papier nécessaire à ces sinistres cochonneries.
Social et culturel, parce que privilégiant le caniveau, le ragot, la simplification débile, etc...
Il a aussi dit cela, le valeureux représentant d'Edipresse ? En d'autres termes, avant de taper sur Google, qui a condamné la presse écrite de qualité (qui ne l'est pas, mais c'est une autre histoire...)?

Écrit par : Géo | 18/05/2009

"Mais c'est une autre histoire"
J'apprends en publiant mon commentaire que la presse écrite a publié un texte du père Siffleur. C'est vous dire que quand on parle de presse de qualité, il y a encore beaucoup de marges...

Écrit par : Géo | 18/05/2009

@Geo: "Ecologique parce que les gens les parcourent quelques secondes et les jettent partout, parce qu'on bousille des arbres pour produire le papier nécessaire à ces sinistres cochonneries." Evidemment, le représentant d'Edipresse avait sa réponse toute prête: Google utilise des serveurs qui polluent bien plus que les journaux papier. Et voilà, à la trappe la question de l'empoubellissement des trains et bus de toute l'Europe.

Ceci dit (bel abbès), la presse écrite qui disparaît complètement me semble en réalité impossible. En revanche, que culbutent cul par dessus tête les journaux dominants (on le voit bien avec le NYTimes), ronflant dans leur propre inutilité et pétris de l'unique obsession publicitaire, cela me semble fort probable. D'autres médias écrits émergent, en papier et sur la toile. Et les grands groupes de presse, immanquablement, mettront la main dessus et leur couperont les roubignoles.

@PS: J'espère que ça se soigne. Mais je n'en suis pas certain.

Écrit par : david laufer | 18/05/2009

Bonjour, un sujet similaire a déjà été traité dans ce blog, il suffit de chercher dans les archives de décembre. Je me souviens qu'il avait donné lieu à un débat intéressant. Autrement, pour les obsessions publicitaires, on pourrait dire que lorsqu'on n'a plus de patron on a des clients et un public, ce qui au fond revient au même. Alors la liberté journalistique absolue n'existe pas, ou sera toujours confrontée à des choix éditoriaux qui dépendront de l'opportunité, de l'air du temps etc. Et je pense que les journaux dominants qui connaissent des difficultés actuellement ont dû à un moment ou à un autre se mettre à dos une bonne partie de leur public par leurs choix politiques, par exemple. Rien n'est pire que de lire un texte écrit par quelqu'un qui semble débarquer d'une autre planète et qui ne semble connaître rien de son public ou qui le méprise.

@Géo, pour l'anecdote, le "Matin dimanche" vous a cité une fois (par votre pseudo) dans un article sur la façon dont les gens discutent dans les blogs.

Écrit par : Inma Abbet | 18/05/2009

Monsieur Laufer (avec un seul "f")

... Non! Effectivement cela ne se soigne pas! Cela s'apprend!... Et j'ai encore beaucpup de choses à apprendre. Le sérieux compassé est plus facile que la satire, c'est vrai!

Monsieur Géo,

Je suis d'accord avec vous sans restriction... Tout mon commentaire allait dans ce sens!

Écrit par : Père Siffleur | 19/05/2009

On ne va pas faire le Nouvel-An là-dessus, PS. Mais cessez de dire que vous êtes d'accord avec moi. De un, c'est faux et de deux, cela me rend malade. Donc agressif et vous en payerez le prix la fois d'après. Vu ?

Écrit par : Géo | 19/05/2009

Pauvre Géo!

Pour la maladie, je suis encore d'accord avec vous!... Vous devez être de santé fragile.

De plus je paierai le prix très volontier... VU... que vous en valez vraiment la peine... et que votre agressivité ne fait peur à personne. Sauf à vous peut-être?

Écrit par : Père Siffleur | 19/05/2009

"votre agressivité ne fait peur à personne"
Sauf à vous vu que vous passez votre temps à raconter à vos arrière-petits enfants que vous avez été menacé de mort !!! Ah les bistrots du Flon ont du l'entendre, celle-là ! PS, le vieux qui radote ses vieilles histoires en faisant suer tout le monde, le patron qui ne sait plus comment le faire sortir, bref, comme ici...
Vous vous prétendez anar (plus de droite, cela au moins c'est acquis...), pour vous la gauche n'existe plus parce que trop à droite, et vous n'existez que par des billets remplis de jeux de mots lugubres.
Je suis peut-être de santé fragile mais je préfère ma situation à la vôtre...

Écrit par : Géo | 19/05/2009

Y en à mare des bagarres de gamins entre père Siffleur et Geo. Donnez vous rendez-vous et foutez vous sur la gueule et puis en parlera plus. Rien de tel que de bons arguments frappants pour remettre les idées en place.!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Louis Hervé

Écrit par : hervé | 21/05/2009

Deux jours pour réagir : difficile d'admettre que nos commentaires belliqueux vous dérangent beaucoup. Vous êtes juste un peu jaloux parce qu'on ne vous tape pas dessus ?

Écrit par : Géo | 21/05/2009

Monsieur Louis Hervé (Louis Hervé de la Muselière?)

Calmez-vous, je vous en prie! Si notre prose "belliqueuse" vous gêne, ne lisez simplement pas nos diatribes. Elles sont faciles à reconnaître!... Elles sont toujours signées des mêmes deux pseudonymes: Géo ou Père Siffleur!...

Avec mes salutations empresées et mes excuses les plus platte. je regrette vous avoir dérangé de si piètre manière!... Vous pourriez rempacer la lecture de nos commentaire "assassins" par la lecture de la Contesse de Ségur, née Rostopchine!
Là, les gamins sont dans les écrits, mais je vous rassure, ils sont très bien élevés. Ils ne se bagarrent jamais ou si peu, eux!

Écrit par : Père Siffleur | 21/05/2009

oui c'est difficile d'être sur la même longueur d'onde . Dans mon esprit je plaisantais il est vrai que c'est un peu difficile de voir que je plaisantais. Mais c'est tellement gros ce que je racontais que ça ne pouvait être que de la galéjade.Non c'est même amusant vos prises de bec.

Louis Hervé

Écrit par : hervé | 21/05/2009

@PS: votre usage intempestif de la ponctuation, notamment des guillemets, des trois petits points et des points d'exclamation, m'indispose au dernier degré. Ayez l'obligeance de cesser.

"Cordialement" vôtre...
DL!

Écrit par : david laufer | 22/05/2009

« Avec mes salutations empresées et mes excuses les plus platte. »

Vous vouliez sans doute dire : mes salutations empesées, non? Faute de frappe freudienne révélatrice parce que justement, empesé, c’est ce qui caractérise votre style, notamment par votre mésusage de la ponctuation, mais surtout vos fautes de grammaire et orthographe. Quand on se réclame un grand styliste du verbe et qu’on utilise l’écriture comme voie d’expression et qu’on a l’outrecuidance d’ouvrir son propre blog, le respect le plus infime pour ses lecteurs eût été de se relire et de se « corriger » ! … ! « … »

Écrit par : Toulouse | 22/05/2009

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