13/09/2009

Vanity Fair et Ruth Madoff

Lors d’un séjour à Bucarest, j’avais poussé jusqu’au cimetière central. Un mélange de honte et de peur m’avait interdit de demander mon chemin. Je savais seulement que l’objet de ma recherche se trouvait dans le premier carré. Mais mon apparence trop bien mise et maladroitement fouineuse m’avait immédiatement trahi. En moins de dix secondes, quelques petites vieilles m’avaient pratiquement pris par la main et mené devant la tombe de Ceausescu. La sobriété de la petite croix de marbre frappée d’une étoile rouge m’avait laissé songeur. C’est surtout la tombe d’Elena, sa femme, de l’autre côté de l’allée, qui m’avait impressionné. Elle n’avait droit qu’à une pauvre croix de métal grossièrement soudée sur laquelle son nom était peint en blanc, à la main, en petites lettres irrégulières. En dépit des quelques fleurs fanées qui gisaient sous la croix, la haine qu’elle suscitait était visible jusque dans la mort, plus virulente apparemment que celle que suscitait son illustre mari.

 

Vanity Fair fait ce mois le portrait de Ruth Madoff. Bien évidemment, c’est un portrait à charge, ne serait-ce que parce que personne, absolument personne, ne croit une seule seconde qu’elle ait pu ignorer les méfaits de son mari, comme elle le prétend encore aujourd’hui. Non seulement complice, c’est donc aussi le portrait d’une menteuse, ce qui lui ôte le vernis d’admiration épouvantée qu’on peut ressentir face à son mari Bernard qui dort en prison et qui ne nie plus rien du tout. On apprend tout, par la bande bien sûr, par tous ces amis d’hier transformés en une minute en ennemis mortels : son mode de vie somptuaire, son culte du secret, son impolitesse crasse « dans les dîners », son obsession des apparences et des castes sociales, sa négligence dans son travail d’éducation de ses deux garçons, sa jalousie face à ses belles-filles, sa paranoïa – justifiée – qui la poussait à ne jamais laisser Bernard dormir sans elle plus d’une nuit.

 

L’histoire est replète d’exemples édifiants d’épouses maudites, d’Elena Ceausescu à Mira Markovic, la femme de Milosevic, en passant par Clara Petacci, compagne de Mussolini, ou encore Brigitte Frank, la femme du gouverneur de Pologne sous Hitler, qui aimait à se faire appeler Reine de Pologne. Pour devenir d’authentiques salauds, il est probable que tous les époux des précitées n’auraient eu besoin de personne et après tout l’histoire est suffisamment pleine de salauds célibataires ou peu attachés, avec Hitler et Staline au premier rang, sans oublier Pol-Pot ou Ratko Mladic, pour se rappeler que le mal fleurit tout aussi bien en couple que dans la solitude. Mais il incombe à la femme d’un grand salaud un rôle très particulier, celui de matérialiser contre elle toute la puissance de haine vengeresse qu’un reste de crainte et d’admiration nous empêche parfois de lancer contre son coquin de mari.

 

A mon sens, ces femmes ont en commun deux caractéristiques : la conscience d’avoir trouvé l’homme de leur vie et la volonté de l’aimer complètement, et la regrettable incapacité de constater ses défauts qui, sous la lumière de l’amour, se transforment en qualités. Plus encore, leur passion aveugle est une preuve de plus du pouvoir et du charisme qui ont tant servi leurs compagnons. Et on haïra pour toujours Ruth Madoff, Mira Markovic ou Elena Ceausescu parce qu’elles demeurent fidèles à leur amour jusque dans la tombe, et que, pour certains, cet amour n’est que l’exact reflet des sentiments qu’on portait à leurs maris, autrefois. Ainsi, on a le droit de haïr à contre-courant, mais pas d’aimer.

16:33 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (5)

Commentaires

"Ruth Madoff, Mira Markovic ou Elena Ceausescu"

Cherchez l'erreur!!!!!!!!

Écrit par : Patoucha | 13/09/2009

Mais non, c'est la maitresse de merz !

Écrit par : corto | 14/09/2009

@ Patoucha

Serais-tu provocatrice sur les bords?

Même si cela dérange toutes les trois sont restées fidèles à leurs hommes quelques que furent leurs méfaits.

Il est vrai qu'aujourd'hui pour une certaine catégorie de femme seule compte le rang social et les pépites. C'est ce genre d'épouse qui planque leur mari dans un home car il dérange à la maison, propos entendu d'une MILF de 50 et quelques années à propos de son époux âgé de 61 ans et en préretraite.

Écrit par : Hypolithe | 14/09/2009

Des admiratrices de grands salops ils y en a à tous les niveaux voir celles qui prétent main forte à leurs maris grands pervers (affaire Fourniret en France Dutrout en Belgique) pour ne citer que les plus récents. Et celles qui deviennent amoureuses de grands assassins et demandent même le mariage. La nature humaine est insondable et celle des femmes encore plus!

louis HERVE

Écrit par : hervé | 17/09/2009

Grave question. Mais ce n'est pas de l'amour, c'est de la pathologie mentale. Les sexaulogues nous disent qu'au bout de 2 ans on ouvre les yeux, parce que l'on est moins "possédé" par l'autre. On est largement dans le registre des perversions communes, et à ce titre elles méritent leur déshonneur, et la haine (sil y en a) des victimes, parce que l'on estime encore et toujours la femme meilleure en souvenir de notre enfance.

Écrit par : Joel Bonjour | 20/09/2009

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