20/12/2009

Le Figaro et Louis le Grand (con)

Aux dernières nouvelles, j’entends que Louis XIV aurait été un bon roi. Son règne d’autocrate absolu, de chef militaire désastreux, de saigneur des caisses de l’état, de cul-béni dogmatique et intolérant fut, à en croire certains, un grand règne. Et trois cents ans après sa mort, on continue de lire des commentaires extatiques. Le dernier en date sort du Figaro. L’article d’Eric Bietry-Rivierre se termine par cette citation digne des meilleures plumes de Je suis partout : « Plus et mieux que n'importe quel puissant, Louis XIV aura montré qu'il n'est de grande politique sans grande politique culturelle. »

Louis XIV a en effet permis à Molière, Lully, La Fontaine, Le Nôtre, Mansart et à Corneille de travailler sans trop de crainte de se faire embastiller. Par une sorte de mimétisme – comme il a toléré cet épanouissement artistique, il en devient lui-même l’auteur – cette mansuétude lui vaut éternelle gratitude d’un peuple servile et aveugle. Or ne serait-ce que pour la Révocation de l’édit de Nantes, les Français devraient considérer comme un devoir de haïr Louis XIV. Voilà une décision politique qui a immédiatement appauvri la France et enrichi ses voisins, durablement éliminé l'élite intellectuelle et industrielle du pays, profondément divisé la société et semé les graines de la méfiance et de la haine qui ont conduit le peuple à jeter, en 1789, le bébé avec l’eau du bain. Les Français devraient enfin détester celui qui a donné suffisamment de lustre à sa pompeuse autocratie pour l’offrir en modèle à des générations de dirigeants français et étrangers.

Ce qu’exprime ce journaliste est très répandu : on se dit qu’un tel monarque, même absolu, devait forcément être bon pour permettre un tel développement des arts, sans imaginer un seul instant que ce développement aurait pu être plus important sans ce roi. Et puis cette adéquation absurde entre la politique et les arts, comme si l’une déterminait à elle seule l’existence des autres, est une insulte à Molière qui devient soudain la preuve du génie de celui qui fut suffisamment distrait pour ne pas l’exécuter. Ainsi juger un dirigeant à l’aune de son sens esthétique est, depuis Louis XIV, un travers spécifiquement français dont Mitterrand abusa avec bonheur. Ce défaut de jugement leur fait passer le règne pourtant essentiel de Napoléon III par pertes et profits, au titre que le malheureux aimait les fauteuils crapauds.

Mais ce lien entre politique et politique culturelle dissimule autre chose d’encore plus inavouable. Qu’il est difficile en effet, en démocratie, de distinguer ce qu’on doit aimer de ce qu’on doit condamner. Tout se vaut, on saute d’une mode à l’autre toutes les semaines et tous les petits monarques des rédactions vous donnent le tournis à crier tous ensemble des ordres contraires. Louis XIV, c’est le confort absolu, le goût sûr, centralisé et sans questions. Versailles est le parfait résumé de ce complexe. Aujourd’hui en effet, après avoir servi de conservatoire vivant des arts du royaume, cette forteresse de l’indifférence satisfaite, ce somptueux cache-misère morale, a été transformé en musée. Ainsi rien n’a vraiment changé : depuis trois cents ans c’est toujours suivez le guide.

15:11 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (8)

Commentaires

Ce que vous avez mis entre parenthèse après le titre est très réducteur et combien peu historique. Il y a eu tellement de thèses savantes faites sur Louis XIV que votre simplicité y va un peu fort. Il y aurait tellement de choses à dire sur ce personnage le vrai et son contraire que l’on n’en finirait pas.
Comme tout humain il y a le côté positif ses qualité et le côté négatif ses défauts.
Que vous le vouliez ou non c’était tout de même un grand roi. Les fastes de Versailles , ses campagnes guerrières glorieuses. Evidemment maintenant les mentalités ayant complètement changé , il semble absurde d’aller en guerre mais à l’époque il n’en allait pas du tout de la même façon. Si l’on se place sur le plan du nationalisme, il a fait de la France le pays dominant de l’époque, on admirait la France partout, on imiter les français. On parlait dans toutes les cours le français, la mode de Versailles était imitée partout y compris les copies du château Versailles, à Saint Petersburg, en Autriche et comme vous le dites, , il a protégé les artistes.
Evidemment à la fin de sa vie il est devenu bigot sous l’influence de madame de Maintenon et comme vous le dites la révocation de l’édit de Nantes a été une catastrophe. Ce qui a surtout appauvri la France c’est la révolution française une insanité sanglante ayant retardé l’industrialisation de 50 ans par rapport à l’Angleterre et l’Allemagne dont on ne s’est encore par relevé de nos jours et que l’on traine comme un boulet au pieds et s’il y a tellement de cégétistes , de communistes, de Besancenot, de révolutionnaires en puissance d’intellectuels gauchistes tordus c’est en référence au souvenir de la Révolution française que tant de gens encore aujourd’hui admirent , mentalité qui si souvent bloque la France. Dommage justement qu’à la place de ce soliveau de Louis XVI il n’y ait pas eu ce Louis XIV, il se serait sans doute moins laissé faire mais attention Louis XVI était mou mais non dénué d’intelligence. Il était en avance sur son temps, beaucoup plus moderne que les dévots et conservateurs qui l’entouraient. Il voulait faire la révolution royale, il admirait la constitution anglaise il lisait l’anglais dans le texte. Il exhortait les savants , les explorateurs comme Bougainville mais ce n’était pas un politique pour son malheur.
On pourrait faire des thèses et antithèses à n’en plus finir sur Louis XIV.

HERVE

Écrit par : hervé | 21/12/2009

"Ce qui a surtout appauvri la France c’est la révolution française une insanité sanglante ayant retardé l’industrialisation de 50 ans par rapport à l’Angleterre et l’Allemagne dont on ne s’est encore par relevé de nos jours et que l’on traine comme un boulet au pieds".

Et je suis d'accord avec vous. Bien sûr je force un peu le trait dans mon texte, c'est rhétorique, mais si l'on s'accorde à dire que la Révolution fut une catastrophe, il serait utile d'en identifier les causes. Moi, je les trouve concentrées, pour beaucoup dans le règne centralisateur, autocrate et isolé de Louis XIV. Dans une propension à ne prêter l'oreille qu'aux flatteurs les plus éhontés, à étouffer toute critique, à écraser le peuple d'impôts et à le saigner dans des guerres de conquêtes. Ce que les révolutionnaires renversent, c'est surtout une idée de la royauté héritée de Louis XIV bien plus que le pâlot Louis XVI.

Écrit par : david laufer | 21/12/2009

Au point de vu impôts et guerre la république en a rajouté par rapport à l’ancien régime. A l'époque il y avait l’impôt royal donc de l’état, l’impôt seigneurial donc l’impôt local et l’impôt du clergé qui existe toujours en Alsace lorraine et sans doute en Suisse. A l’heure actuelle c’est exactement les mêmes impôts, on peut dire que l’on est servi de ce point de vue, en veux-tu en voilà, et en plus de cela on nous rajoute les stupides taxes carbones et écotaxes. Sous l’ancien régime au moins l’on se défendait avec des jacqueries fourches et faulx à l’appui maintenant on nous en colle sans que personne ne bronche et au point de vu des guerres, elles n’ont jamais été aussi terribles que depuis que la république a été instituée avec cerise sur le gâteau conscription obligatoire ce que l’ancien régime n’a jamais osé faire.
Le scandale sous l’ancien régime était que les nobles et clergé étaient dispensés de la taille et certains autres impôts . Ceci était tout à fait intolérable !

Hervé

Écrit par : hervé | 21/12/2009

Encore d'accord. A une grosse différence près tout de même. On peut évidemment dire tout le mal que l'on veut de la Révolution, et c'est mon cas. Mais celle-ci a des causes. En l'espèce, dans l'histoire européenne, le règne de Louis XIV est certainement l'un des plus absolutistes et centralisateurs. Sa décision de bouter les protestants hors de France aura, à elle seule, provoqué un désastre social, économique et politique dont le pays ne sera jamais remis. On aime à dire qu'il fut un grand ami des arts, certes, et c'est important. Mais le reste de son bilan, et ça n'est pas rien, est tout de même très, très difficile à avaler. On a de la peine à n'y pas voir l'une des causes premières de la méfiance d'un peuple envers ses élites, de la division d'une société en elle-même, sans parler d'asphyxie sociale et économique. Louis XIV m'intéresse comme phénomène, comme mécène, mais comme roi, je ne l'aime vraiment pas du tout.

Écrit par : david laufer | 22/12/2009

Il ne faut pas oublier que Louis XIV avait subi la fronde sorte de révolution tant nobiliaire que populaire et cela a failli se passer très mal pour lui, il n’avait pas envi que cela recommence et c’est peut être une des raisons qui l’a conduit à se comporter comme un autocrate. Et puis Louis XIV c’est déjà loin de la révolution de 1789, il y a eu la régence puis tout le long règne de Louis XV et celui de Louis XVI alors la responsabilité de Louis XIV dans les années 1789 a tout de même été bien affadi.
Moi je pense qu’une des raisons principales de la Révolution est la personnalité falote en politique de Louis XVI. Il ne faut pas oublier que c’était déjà pour l’époque un pacifiste qui avait diminué considérablement sa protection personnelle en supprimant un tas de régiments protecteurs , il avait interdit que l’on tire sur la foule qui venait assiéger Versailles , il n’avait gardé que sa garde suisse qui les pauvres suisses se sont fait massacrer aux Tuileries car plus assez nombreux et tout allait ainsi à vau lot jusqu’à la catastrophe finale. Bien sûr que ce n’est pas la seule raison mais on peut faire un parallèle avec Nicolas II de Russie personnage aussi falot complètement inconscient de la situation et qui par sa nature même a conduit son régime et sa famille à la catastrophe. Si l’on n’est pas vache avec le peuple qui se révolte on est foutu.

Hervé

Écrit par : hervé | 22/12/2009

J'aime vraiment votre blog, car il ya beaucoup d'informations intéressantes. C'était très intéressant à lire

Écrit par : cure | 25/12/2009

ah çà ira....

Écrit par : Laurent | 26/12/2009

Très exact, ce Louis XIV est aussi fort aimé en Bretagne, au point que les extrémistes bretons vers la fin des années 1970, se souvenant de ses actions en Bretagne firent sauter un morceau du château de Versailles.
Ces bretons soucieux de leur histoire se souviennent de la révolte du papier timbré, d' "an hoc'h lart" le duc de Chaulnes, gouverneur de la Bretagne, des clochers rasés en Basse Bretagne, d'un quartier détruit dans Rennes pour déloger les opposants, de certains opposants écartelés sur place publique à Rennes, dont le corps et les membres furent exposés à chaque porte d'entrée de la ville. Avec pour aboutissement la ruine de la Bretagne, la suppression des Etats de Bretagne et de son Parlement, et l'instauration d'une Intendance , administration coercitive du pouvoir royal. Comme on dit ' un grand roi ' ... le souvenir en est encore vif !

Écrit par : brom | 25/04/2011

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