28/02/2010

The Guardian et l'horlogerie suisse de luxe

Il y a plusieurs années que je ne porte plus ma montre que pour des occasions. Je l’avais dénichée chez un antiquaire du bazar d’Istanboul, sans bracelet et toute rouillée : une Zénith carrée et bombée des années 50 en acier à cadran noir et date à 4h30, un bijou vintage d'efficacité mécanique et de simplicité graphique. De retour en Suisse, je l’avais envoyée à la manufacture qui, avant son rachat par LVMH, l’avait entièrement révisée, nettoyée et polie, et en plus avait remplacé le mouvement mécanique, le tout pour 220 francs. Je ne la porte plus parce que j’ai envie de la donner un jour à mon fils et que c’est un objet très sensible à l’humidité et aux chocs, et qui me coûte 150 francs à chaque révision. Et parce que mon téléphone et mon ordinateur me donnent l’heure avec plus d’exactitude.

J’ai la vanité de me croire assez représentatif de l’état d’esprit de beaucoup de clients de l’industrie horlogère suisse. A en lire les statistiques et les articles sur le sujet, 2009 a été la pire année pour l’horlogerie suisse depuis 70 ans avec un recul des exportations d’environ 25%. Dans un article paru dans le Guardian, le journaliste Jeremy Langmead, ouvertement adorateur des montres suisses, évoque ces chiffres avec une angoisse palpable. Bien sûr, la crise financière est largement responsable de cette conjoncture, les banquiers ayant eu d’autres soucis l’année dernière que d’hésiter entre une Rolex Daytona ou une Patek Philippe Calatrava. Parce que ce sont eux les clients privilégiés de notre horlogerie, ceux pour lesquels, encore aujourd’hui, des dizaines de petites marques de grand luxe voient le jour chaque années, avec plus ou moins de bonheur.

Et derrière cette conjoncture que les observateurs nous promettent passagère, il y a peut-être un diagnostic plus sombre. Il y a dix ans, pour un magazine libanais, j’avais réalisé un reportage sur l’horlogerie suisse et j’avais été littéralement estomaqué. Pour moi, avant de faire ce reportage, une montre chère se situait dans les quelques milliers de francs. J’ai très vite dû m'adapter. Frank Müller m’avait confié que la limite supérieure de ses prix n’existait pas. Nous visitions ses ateliers de Genthod où des artisans réalisaient des cadrans émaillés avec des églises à bulbes serties de mini-diamants ou des versets du corans en saphirs et émeraudes pour des prix approchant le million de francs. Pareil chez Parmigiani où les complications délirantes nécessitent plus de 400 heures de travail.

En quelques semaines, je me suis ainsi habitué à tenir dans mes mains des petits objets valant de 10'000 à 500'000 francs, accompagnés de longs discours techniques truffés de mots-clé tels que « tourbillon », « échappement », « guillochage », « anglage », etc. Un monde clos, en pleine effervescence et certain que le monde contenait un réservoir inépuisable d’hommes suffisamment riches et passionnés pour s’acheter des dizaines de bijoux extrêmement chers et fondamentalement inutiles par rapport au but pour lequel ils sont initialement destinés. Un rendez-vous en particulier m’avait rempli d’un sentiment désagréable : le maître des lieux m’avait présenté ses montres en les appelant des « garde-temps », le plus naturellement du monde. Pour moi cette expression souligne à elle seule l’aveuglement, la prétention et la cuistrerie commerciale dans lequel beaucoup de nos grandes marques nationales sont tombées.

On connaît l’histoire récente de l’horlogerie suisse, sa renaissance inespérée grâce à Swatch sur le marché de masse, et à Breguet ou Blancpain qui venaient prouver que le segment du luxe mécanique avait un avenir. Mais il semble que, comme l’UBS et ses rêves de domination globale, notre horlogerie nationale, en fondant presque tout son avantage comparatif sur le label « Made in Switzerland », sensé être à lui seul un acquis indépassable et hors compétition, ait eu une stratégie trop restrictive en ne misant que sur le haut de gamme. Or de plus en plus d’acheteurs potentiels, comme récemment démontré par Obama et son chronographe californien milieu de gamme, sont très contents d’avoir une belle montre pour 300 francs et se moquent complètement de savoir d’où elle vient. Ou d'acheter une copie chinoise parfaitement conforme à l'original pour 200 francs au lieu de 17'000 francs.

C'est exactement comme le secret bancaire : en misant tout sur un seul avantage, on risque de tout perdre, y compris les autres avantages comparatifs. Qu’est-ce que ça signifie fondamentalement, le label « Made in Switzerland » ? Du bling, des montres de plus en plus grosses, épaisses et voyantes, bardées de fonctions complètement inutiles et valant le prix de plusieurs voitures ? Ou plutôt un objet bien réalisé avec une remarquable économie de moyens et une efficacité éprouvée, comme une Zenith des années 50, un couteau suisse ou un élément presque invisble mais indispensable de micromécanique intégré au train d’atterrissage d’un Airbus ? Ainsi plusieurs marques suisses auront, par leur stratégie à court terme, causé un tort durable à l’appellation « Made in Switzerland » qui risque fort de devenir la contraction de « nous-sommes-prêts-à-vous-entuber-avec-un-truc-beaucoup-trop-cher-inutile-et-moche-mais-que-voulez-vous-la-qualité-suisse-ça-a-un-prix ».

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21/02/2010

Vanity Fair et Walt Disney

C’était en automne 1980 et ma marraine m’emmenait au cinéma pour la toute première fois de ma vie. Je me souviens de mon excitation lorsque nous avons pénétré dans la salle de cinéma du Colisée à La Sallaz, aujourd’hui disparu, presque seuls puisque c’était une séance d’après-midi. C’était pour célébrer mes neuf ans et ensemble nous avons découvert émerveillés « Le roi et l’oiseau », le chef d’œuvre de Grimault et Prévert. Trente ans plus tard, mon fils de deux ans et demi est sujet à la même fascination et en redemande tous les jours, ce qui me permet de redécouvrir les textes de Prévert avec bonheur, et nostalgie.

Un critique avait déclaré en 1980 que « Le roi et l’oiseau » faisait penser aux meilleures œuvres de Walt Disney. En Europe, on est facilement choqué par cette idée, Grimault étant devenu le représentant d’une sorte d’anti-Disney avec ses textes ciselés et son message ultra-politisé hérité de la Seconde guerre mondiale. Le roi Charles V et III font VIII et VIII font XVI de Tachychardie déclare par exemple que « le travail, c’est la liberté ». La police politique du roi, sorte de chauve-souris en chapeau serviles et brutaux, est un élément très peu hollywoodien parmi d’autres qui donnent à ce film son atmosphère si particulière de drame politique pour enfants. On se rengorge volontiers de donner cela à voir à son enfant plutôt que du Disney que l’on assimile aujourd’hui à son parc à thèmes de l’est parisien. Et pourtant.

J’ai depuis deux ans l’occasion de revoir mes classiques et c’est pour moi une authentique révélation. Il est indéniable que, depuis plusieurs années, l’entreprise Disney n’a pas sorti de chef d’œuvre et s’est considérablement compromise en faisant figurer ses héros sur des menus McDo ou en sortant des films particulièrement idiots tels que le fadasse « Hercule » ou l’indigeste « Bambi 2 ». On en oublierait preque que Disney est le génie qui a personnellement produit Mickey, Donald et les autres, puis « Blanche-Neige », « Pinocchio », « Cendrillon », ou qui s’est battu pendant presque 20 ans pour réaliser « Mary Poppins ». Ce qu’on a fait après lui en usant de son nom ne m’intéresse pas plus qu’une grosse voiture allemande qui porte, par hasard, le nom de Jaguar.

Un article du présent numéro de Vanity Fair raconte comment les centaines de peintres, presque toutes des femmes, coloraient les dessins des premiers chefs d’œuvre de la maison, image par image, pendant des mois entiers. En travaillant comme des damnés, les équipes de Disney n’arrivaient pas à produire un film par an, Walt étant lui-même derrière chaque décision artistique ou industrielle. De revoir aujourd’hui ces dessins animés d’avant-guerre offre, à l’âge adulte, plus d’une surprise. Au-delà de la perfection formelle, de la musique et des couleurs, on perçoit très nettement un subtexte tout aussi politisé et féroce que dans « Le roi et l’oiseau ». Mais on est en Amérique et l’obligation de faire de l’entertainment contraint le créateur à des trésors d’imagination.

Ainsi les histoires de Donald et Tic et Tac des années 30 mettent-elles systématiquement en scène un puissant qui tente de s’en prendre à des faibles, qui se moque d’eux et qui les attaque, jusqu’à ce qu’il recoive une solide correction. Les histoires de Mickey, dès 1932, mettent souvent en scène la destruction industrielle de la nature, jusqu’à ce que Mickey le réalise et s’y oppose. Un des aspects de « Mary Poppins » est une critique en règle des banquiers de la City, arrogants, bornés et absorbés par le seul profit. Et tous ces films célèbrent la libération individuelle et collective, la paix sociale et le combat contre toutes les formes de ségrégation. Mais tout cela sans cesser de fredonner des chansons inoubliables et de danser des claquettes sur les toits de Londres.

C’est à se demander dans quelle mesure ces générations nourries à la mamelles de Disney n’en sont pas venues, sans s’en rendre compte, à appliquer ses principes en matière de politique, d’environnement ou de statut de la personne dans les récentes législations européennes ou américaines en la matière. Bien sûr, Walt Disney demeure avant tout un homme de spectacle et il serait absurde d’en faire un penseur politique. Cependant, il serait utile de reconnaître sa véritable importance culturelle et sociale sur presque chacun de nous, pour le pire et pour le meilleur, et qui dépasse de très loin le logo abrutissant auquel ses successeurs semblent l’avoir réduit.

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14/02/2010

France 2 et le Tribunal révolutionnaire

En plein dans la lecture des lettres de Céline dans la Pléiade, j’ai été hier soir sujet à d’inquiétantes hallucinations. Dans ses lettres des années 30, postérieures aux publications du Voyage et de Mort à crédit, Céline bascule définitivement dans une sorte d’hystérie idéologique identitaire, aidé en cela par tant d’autres intellectuels français anti-dreyfusards, anti-presque-tout en réalité. En voici un extrait nécessaire, tiré d’une lettre de 1938 :

«  Le Juif n’explique pas tout, mais il catalyse toute notre déchéance, toute notre servitude, toute la veulerie râlante de nos masses, il ne s’explique lui, son fantastique pouvoir, sa tyrannie effarante, que par son occultisme diabolique, dont ni les uns ni les autres ne voudraient être conscients. Le Juif n’est pas tout mais il est le diable et c’est très suffisant. (…) Il n’y a d’antisémitisme réel que le racisme, tout le reste est diversion, babillage, escroquerie (genre Action Française), noyade du poisson. Bien sûr que le Blanc est pourri ! (…) Mais le Juif a su gauchir cette pourriture en sa faveur, l’exploiter, la canaliser, l’exalter. (…) Racisme ! Racisme ! Racisme ! Tout le reste est imbécile. J’en parle en médecin. »

Les années 30 me fascinent, je l’ai souvent écrit ici, par les nombreux parallèles qu’on peut tirer avec la présente époque. Mais la violence incantatoire de Céline, la tête farcie de mythes et de pseudo-science, fait aussi penser aux réquisitoires de 1793 où la méfiance le dispute au mensonge. C’est exactement le même ton emphatique, le torse bombé et le doigt levé qu’on croit alors entendre et on lui mettrait volontiers une perruque et des bas de soie. Il suffit de remplacer Juifs par nobles, et le tour est joué. On y touche ainsi du doigt les plaies que la Révolution a creusées au cœur même de la société, faisant éclore des divisions et des haines mutuelles qui ne se sont jamais que provisoirement refermées, attendant la moindre occasion pour renaître dans la bouche d’un opportuniste en mal de pouvoir.

C’est pour cela qu’hier soir, affalé après le dîner sur mon sofa, sirotant un verre de Côtes du Rhône, j’ai cru halluciner en voyant le spectacle offert par France 2 dans l’émission de Ruquier. Invité, BHL se retrouvait face à deux vieux ennemis, Erics Zemmour et Nolleau, les flingueurs en chef du service public. Servile, Yann Moix cirait les pompes de Chemise, Cul étant restée à la maison. En face, les deux bonhommes tiraient sur BHL avec une férocité telle qu’ils en parvenaient presque à rendre le gaillard sympathique. Il faut laisser toutefois à BHL ses trente ans de pratique médiatique, toujours souriant, jamais offusqué, rabattant les caquets, bref, un caractère de premier plan pour le film Ridicule.

Et j’hallucinais parce que Zemmour, BHL et Moix, avec Arno Klarsfeld en basso continuo, n’échangaient de coups manifestement que pour la galerie, chacun campant un rôle bien précis et s’y tenant avec une discipline de fer et une totale insincérité. On y parlait de Juifs, de musulmans et de communautarisme, d’identité nationale, sujets bien évidemment explosifs mais portés pour l’occasion au sommet de leur incandescence. Zemmour était dans la peau du porte-parole du populo, pragmatique et conservateur, très UDC dans sa manière d’accuser BHL de ne pas connaître les préoccupations des « vraies gens », brandissant la une du Parisien pour soutenir son propos. BHL et Moix, eux, donnaient dans le sentiment, la poésie engagée, le combat donquichottien, le tout mâtiné de citations de Kant, de Harendt ou de Foucauld pour justifier leur statut.

Après quarante minutes de débat, j’ai compris qu’une seule chose comptait sur ce plateau : ce n’était ni le fond du propos, ni la qualité des invités, ni même l’hôte, l’absolument insupportable Ruquier. La seule chose qui comptait, c’était, comme dans un Tribunal révolutionnaire, de rendre possible l’éclosion publique de la haine et de l’affrontement. De tous côtés, on s’invectivait dans le vide, brandissant des statistiques ou des citations, s’interrompant à tout bout de champ, menaçant de l’index, vouant l’ennemi aux gémonies et faisant tout pour donner au spectateur la satisfaction de voir étalées en plein jour les divisions qui sont en train de renaître en France et en Europe, les légitimant et leur préparant pour demain tout le lustre dont elles auront besoin pour gagner des élections. Le débat avait fait place au combat et tous devant moi, j’avais l’impression de les voir couverts de sang.

L’histoire ne se répète jamais, mais elle ne nous apprend rien. Ce qui s’est passé en 29 n’est pas ce qui s’est passé en 2008 et 2009. Pourtant, rongés par des traumatismes idéologiques semblables, les hommes d’aujourd’hui comme ceux d’hier ont enlevé les gants et piaffent du désir ardent d’en découdre. Les uns pour figer le monde tel qu’ils croient qu’il est, les autres pour le renverser et le réduire en esclavage. Et tous ensemble, comme Céline en son temps, ils hurlent et ils invectivent en espérant avoir l’oreille fatiguée et désorientée d’un peuple qui n’existe plus vraiment. A Zemmour comme à BHL, j’ai envie de lire cet extrait du jugement en condamation à mort de de Fouquier-Tinville, l’accusateur public guillotiné en 1795 : « Convaincu de manœuvres et complots tendant à (…) provoquer la dissolution de la représentation nationale, et le renversement du régime républicain, et à exciter l'armement des citoyens les uns contre les autres. »

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07/02/2010

ITV et le Pacte du Granita

Les secrets n’ont pas la vie facile ces jours-ci. Le bancaire, par exemple, est en train de passer un très mauvais quart d’heure, qui risque d’ailleurs d’être aussi le dernier. Mais il n’est pas seul. En Angleterre, le secret le mieux gardé de l’histoire politique d’après-guerre va très prochainement sauter. Comme les Anglais sont perfides, il ne va sauter qu’à moitié, laissant l’autre moitié dans l’ombre d’où, probablement, elle ne sortira jamais. Ce secret, c’est le Pacte du Granita, et celui qui va le faire sauter, c’est le Premier ministre Gordon Brown. A trois mois des élections générales, on comprend que ce geste n’a rien de gratuit.

Le Granita était un restaurant du quartier bobo d’Islington, au nord de la City. On raconte qu’un soir de 1994, deux jeunes politiciens de talent s’y sont retrouvés pour une petite bouffe. Gordon Brown et Tony Blair, alors dans l’opposition, avaient deux ou trois choses à régler avant de monter à l’assaut de Downing Street. Le leader de leur parti, le Labour, venait de décéder subitement. Il fallait donc nommer au sein du Labour un nouveau premierministrable. Le Labour était dans l’opposition depuis l’arrivée de Thatcher en 1979 et John Major, successeur de Thatcher, semblait relativement facile à battre.

Brown et Blair étaient les deux têtes pensantes de ce parti, à l’époque en totale déconfiture idéologique. Le Labour n’avait pas su se relever de la destruction des grèves de mineurs et des mises à pied des syndicats, pari audacieux que Thatcher avait remporté haut la main dans les années 80. Il peinait à trouver la parade et promenait une image de vieux marxiste sympathique, convaincu mais dépassé par les événements. Brown et Blair savaient qu’ils avaient les idées, le programme et suffisamment de volonté pour réformer le parti et conquérir le pouvoir. Mais ils étaient deux, et c’est un de trop.

Au Granita, la discussion entre les deux amis rivaux fut assez simple : Blair, mieux rompu au jeu des médias, devait remporter la partie et laisser à Brown un poste aux responsabilités élargies. Une fois son pouvoir assis, il quitterait Downing Street après quelques années au profit de Brown. Pas de papier, un pur « gentlemen’s agreement » à l’anglaise, c’était cela, le Granita Pact. On connaît aujourd’hui l’écart sidéral qui existe entre ce qui avait été convenu ce soir-là – mais s’étaient-ils vraiment compris ? – et ce qui s’est finalement passé.

Après avoir mené avec un succès historique la révolution du New Labour, un concept très simple qui signifiait qu’on pouvait pleurer sur les pauvres tout en s’en foutant plein les poches, Tony Blair se retrouvait donc à Downing Street en 1997. Qu’il ne quittera qu’en 2007, après trois victoires aux législatives. Dix années durant lesquelles Gordon Brown et lui s’entredéchireront et, en dépit d’une collaboration très fructueuse, nourriront une haine mutuelle difficilement exprimable. Surtout Gordon Brown, surnommé par la presse « The Dour Scott », ou, librement, l’éteignoir écossais, incapable, avec son œil de verre, son accent et ses manières lourdes, de contrer le politicien le plus magnétique de sa génération.

Tout cela vient de prendre une tournure plus dramatique encore depuis que Gordon Brown a décidé de sortir du bois et de raconter sa version des événements. Car ni Blair, ni Brown n’avaient jamais confirmé l’existence de ce pacte. Cherie Blair – la Elena Ceausescu de la Tamise – avait même qualifié cette histoire de ridicule. Depuis 15 ans, tous les six mois, un journaliste ou un chroniqueur arrive avec un scoop qui confirme ou qui dément la légende. Et voilà Brown, enfin, qui met les pieds dans le plat, et qui affirme, dans une interview qui paraîtra bientôt sur la chaîne ITV : oui, le Pacte du Granita a bien eu lieu.

Quel but recherche Brown ? D’une part, il est éternellement à la cherche d’une revanche contre Blair, l’homme qui lui a volé, pense-t-il, quatre années de pouvoir. On le savait, Blair est amoral, égocentrique et obsédé par le pouvoir. Mais là, la source est autrement plus crédible. L’autre but recherché par Brown, c’est de paraître moins rigide et plus émotif. Son histoire d’ami trahi doit lui apporter la sympathie d’un électorat découragé qui ne voterait Conservateur que pour ne pas voter Labour. Electoralement, le subtexte pourrait être assez efficace parce que l’aveu de Brown résonne aussi comme celui que l’Angleterre des années 2000 pourrait se faire à elle-même : ayant cru avec sincérité à la croissance économique, elle se retrouve sur le carreau, trahie par des banquiers indélicats qui se paient des bonus énormes en pleine crise. Pourtant, Blair doit bien se marrer : on continue à ne parler que de lui.

 

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