22/03/2010

TF1 et l'échec complet des Grandes Manoeuvres élyséennes

Le gouvernement français s’est pris une rouste historique aux régionales et je soupçonne un ancien Président de la République de s’en réjouir bruyamment. Bien sûr, la gauche est remontée et à fait un très joli score, signalant le début de l'échec de "la rupture", mais c’est surtout l’échec des calculs politiciens du gouvernement en place qui a été si clairement illustré. Celui qui doit s’en réjouir comme personne, plus encore que Martine Aubry, c’est Jacques Chirac. Non seulement son successeur détesté se prend les pieds dans le tapis, mais un des points essentiels de sa politique se trouve confirmé avec une exactitude mathématique.

Le Front National, depuis bientôt trente ans, représente, grâce à son génial président, l’un des pivots incontournables de la politique électorale française. Mitterrand s’en est abondamment servi comme bélier contre le centre droit, et le centre droit s’en est abondamment servi comme épouvantail pré-électoral. Le Pen a très bien su tirer parti de cette position d’arbitre, distribuant, avec sa faconde inimitable, les bons et surtout les mauvais points.

Arrive un nouveau venu qui pense, qui est certain que tout cela n’est qu’une question de stratégie électorale et qui, à la façon d’un Karl Rove, va créer un « spin » extraordinaire en s’attribuant les thèses principales du Front National tout en les nettoyant de tout contenu scandaleux et, surtout, en offrant à ses électeurs l’absolution d’une décomplexion tant attendue. Dans un premier temps, ça fonctionne si bien que le nouveau venu se retrouve installé à l’Elysée, et le Front National est déclaré cliniquement mort.

Cette stratégie n’avait en réalité rien de nouveau. On se souvient de l’épisode malheureux de Charles Millon et de son exclusion du RPR après son alliance avec le FN dans sa région Rhône-Alpes. Les tentatives et les tentations dans ce genre ont été très, très nombreuses à droite en trente ans. Un seul, vraiment, un seul homme a clairement et définitivement tracé une ligne à ne pas franchir. En effet, Jacques Chirac a été le seul politique de droite, assumant des responsabilités de chef de parti, qui toujours déclaré une hostilité non négotiable avec le Front National.

Cette position lui a valu de devenir « le meilleur ennemi » de Le Pen, selon les propres dires ce dernier. En coulisse, bien des choses se sont peut-être passées que nous découvrirons un jour. Mais en extérieur, Chirac a été jusqu’à déclarer, en tant que Président de la République, que le Front National était un parti « raciste et xénophobe », au grand scandale de ses troupes, toujours soucieuses de ménager les extrêmes au sein de leur propre camp. Pourtant, avec deux élections présidentielles gagnées, force est de constater que cette attitude a payé : elle a durablement stigmatisé le Front National comme infréquentable, tout en offrant à la gauche la garantie que l’on n’irait pas plus loin que le strict nécessaire.

Et lorsque sur TF1 les porte-flingues élyséens tentent de minimiser la débâcle des régionales, ils font bien attention de concentrer leurs efforts sur l’Alsace et sur la gauche, mais ne pipent presque pas mot du Front National. Ils ont fini eux aussi par comprendre : la stratégie électoraliste ne paye plus. L’Elysée pensait qu’il suffisait de se parer des plumes du coq pour lui ressembler. Mais ce que ces élections révèlent, c’est que les électeurs du Front National n’ont pas envie d’entendre quelques promesses lancées sur un ton martial.

Les électeurs du Front National attendent des résultat concrets, pas juste une légère baisse de la criminalité. Ces résultats sont très simples à comprendre : expulsion des étrangers, arrêt complet de l’immigration et préférence nationale à tous les niveaux. Ce n’est pas plus compliqué que cela, et c’est partout pareil : il existe partout un fond de plus ou moins 10% de racistes endurcis dans la population, comme l’ont démontré les élections de 2002, et seule une combinaison de circonstances exceptionnelles, économiquement et politiquement, permettent à cette frange de prendre le pouvoir. En attendant, il est dangereusement illusoire de croire qu’on peut faire autre chose que leur opposer une fin absolue de non-recevoir. Et pour que l’ironie soit complète : ça marche même pour les élections.

13:26 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (12)

Commentaires

D’abord un fait dominant la crise. Ce n’est tout de même pas de chance avec tant de projets dans la tête. Cette crise a fait des dégâts dans toute l’Europe et d’ailleurs la France s’en tire un peu mieux qu’ailleurs. Sans doute que dans deux ans si la gauche s’installe à l’Elysée la crise aura disparu et on mettra sur le compte des socialiste l’amélioration des choses. !
Par ailleurs je n’ai jamais compris l’ostracisme à sans unique appliqué au Front National privant ainsi la droite d’une partie de l’électorat de droite. Pourquoi cet ostracisme n’a pas été appliqué à l’encontre de l’extrême gauche et du communisme qui eux font du racisme social. Je ne vois pas pourquoi tuer au nom des classes sociales serait mieux que de tuer au nom du racisme.
Hitler a tué au nom de la race, Staline , Mao, Pol pot ont tué au nom de la lutte des classes. Eux les victimes ne voient pas la différence sauf les historiens qui ont comptabilisé un nombre beaucoup plus considérable de massacrés du coté marxiste que nazi.
Les socialistes peuvent s’allier sans vergogne à des partis scélérats qui préconisent encore maintenant de faire une révolution sanglante comme le declame Besancenot ou Krivine et ce dernier qui a encore récemment déclaré que l’on ne faisait pas d’omelette sans casser des œufs ! Mais la droite n’a pas le droit de s’allier avec le pendant du communisme car les socialistes ont réussi à diaboliser Le Pen alors que la droite trop scrupuleuse ou trop bête n’a jamais fait la même chose avec l’extrême gauche marxiste
Et puis on englobe dans le score des socialistes les verts ce qui tout à fait artificiel
J’ajouterais en dernier que beaucoup de français sont satisfaits des réformes courageuses de Sarkozy entre autre la limitation du droit de grève, la suppression de l’impôt sur les successions, le bouclier fiscal ( anormal de voler plus de 50% du revenu), la suppression du privilège des retraites de la fonction publique etc…
Heureusement que nous avons ce méteor qui a le courage de bousculer toute la sclérose qui bloque la France depuis si longtemps. Jamais aucun autre homme politique n’a eu le courage d’en faire autant tellement ils ont eu peur de perdre leur bonne petite plaplace à l’Elysée ou ailleurs.
Chirac était un roi fainéant comme beaucoup d’autres. Quelles compromissions ne ferait-on pas pour rester bloqué assis dans le fauteuil de l’Elysée !

Écrit par : hervé | 23/03/2010

Hier nous avons eu une illustration de vos points de vue, cher David Laufer, avec la grosse manif à Paris dite "antisarkozy'day".
Ce que vous relevez sur la justesse de Chirac à l'égard du FN nous semble tendencieux. Il a évité ce sujet (un tacle par çi, par là) comme il a su éviter pour ainsi dire toutes les autres débats, réduisant ses mandats successifs à de mornes plaines où tout finit par échouer y compris le succès des thèses racistes. Vous accordez bien des intentions à ce silence de Chirac. Comme vous le faites autour des réformes de Sarko. Les faits sont à mon avis moins univoques et lisibles pour l'instant. Ceci expliquant cela, voilà peut-être une explication de l'abstention historique à cette dernière éléction.

Plus de la moitié des français ne se sont pas exprimés. Je suis surpris que votre commentaire n'accorde pas davantage d'attention à cela.
De ce fait toute analyse sur ces résultats est forcément bancale. Si vous additionnez certains chiffres, comme par exemple celui de la moitié des abstentionnistes à celui de l'UMP, vous découvrez que la majorité présidentielle est encore largement plébiscitée. Grande et douce illusion que de croire que ce gouvernement n'aurait plus la faveur des français.

Écrit par : POLO | 24/03/2010

"Ce que vous relevez sur la justesse de Chirac à l'égard du FN nous semble tendencieux. Il a évité ce sujet (un tacle par çi, par là) comme il a su éviter pour ainsi dire toutes les autres débats, réduisant ses mandats successifs à de mornes plaines où tout finit par échouer"

Oui, le bilan général de Chichi est vraiment mauvais. Mais son silence face au FN était doublement intelligent : d'abord, il se savait beaucoup moins bon que Le Pen en débat ; et puis, ce silence, cela signifiait surtout pour le FN l'absence de tribune. Exactement comme dans ces blogs, où des extrêmistes de tous bords hackent les blogs des autres, sans avoir les couilles d'en créer eux-mêmes, avec pour seul but de tirer toute l'attention à eux et de fausser le débat. Chirac, qui adorait qu'on le prenne pour un con, avait parfaitement compris ce mécanisme essentiel. Sarkozy, moins stratège qu'on le craint, n'a jamais saisi cela par manque de culture politique. Il s'est cru plus fort que le vieux routard. Il aura appris à ses dépens qu'il ne l'était vraiment pas.

"De ce fait toute analyse sur ces résultats est forcément bancale. Si vous additionnez certains chiffres, comme par exemple celui de la moitié des abstentionnistes à celui de l'UMP, vous découvrez que la majorité présidentielle est encore largement plébiscitée"

Mais non, refaites vos calculs. Encore une fois, Sarkozy s'est lourdement trompé. D'abord, mon papier ne se veut pas une analyse des résultats en général, mais seulement sur ce point précis, et crucial par ailleurs. Ensuite, les abstentionnistes sont en nombre grossièrement grandissant en France, pour les raisons que l'on sait. Enfin, Sarkozy, avec son obsession du parti présidentiel unique de droite, balayant du centre aux extrêmes, vient de couper la branche sur laquelle il est assis : il a beau avoir de jolis scores au 1er tour, il est condamné à se planter au second parce qu'il n'a plus personne avec qui s'allier. Il vit un rêve américain bipartite (que j'appelle de mes voeux) mais au sein de la réalité française qui ne le permet pas. Que le parti du gouvernement receuille encore beaucoup de faveurs ne signifie hélas plus rien dans un système où tout se joue entre les deux tours. Et Sarkozy a donc beaucoup souci à se faire pour 2012.

En définitive, Sarkozy est apparu comme un piètre stratège, et un mauvais perdant. Misant sur l'étouffement des extrêmes par quelques verroteries électorales, sur la division de la gauche par de l'encens ministériel, il finit très rapidement par se prendre et l'un, et l'autre en plein dans la gueule. Il nie ce fait, mais on voit bien qu'il commence à comprendre l'essentiel : il a été élu par un camp et lui doit, à lui seul, allégeance. Exit Hirsch, bonjour Baroin. Etc.

Écrit par : david laufer | 24/03/2010

"tout se joue entre les deux tours."
C'est ce genre d'assertion que je considérais dans mon commentaire à propos de votre blog comme univoque et trop lisible. Simpliste mais efficace. Je pense que la réalité l'est bien moins. Mais j'aime bien votre analyse avec ce président volontariste qui se prend les pieds dans le tapis et surtout cette affaire de camp, de clan oserai-je dire.
Mais il faut toutefois relever que le scénario (présidentielle à droite, législative deux ans plus tard à gauche toute!) est totalement connu, seul le taux d'abstention est inédit, mais je me répète.

Écrit par : POLO | 25/03/2010

Mais non, c'est la triste vérité de ce type de système centralisé, où même les élections régionales sont organisées selon un calendrier national. Mais surtout, ce système de deux tours successifs kidnappe le choix démocratique des mains du peuple pour la remettre entre les mains des partis qui en font rarement autre chose que des manips et des compromissions opaques. Sarkozy tente de rameuter toutes les voix de son camp dans un seul parti, ce qui provoque la débacle que l'on voit. S'il n'y avait qu'un seul tour, l'UMP aurait fait un excellent score. Tout cela est une mauvaise nouvelle pour la démocratie française, décidément mal en point.

Écrit par : david laufer | 25/03/2010

"Exactement comme dans ces blogs, où des extrêmistes de tous bords hackent les blogs des autres, sans avoir les couilles d'en créer eux-mêmes, avec pour seul but de tirer toute l'attention à eux et de fausser le débat."
Hervé, vous savez ce qui vous reste à faire...

Écrit par : Géo | 25/03/2010

"...des mains du peuple pour la remettre entre les mains des partis"
Vous êtes contre les partis politiques? Ne pensez-vous pas qu'on ne fait rien de bon tout seul, en matière de gouvernance? Non, je ne vous suis pas dans cette analyse qui discrédite complétement la politique française, sauce "tous pourris!"
Grâce à ces législatives, la gauche a évité une mort politique que son absence de projet augmentée de l'ouverture à gauche du gouvernement, rend chaque jour plus menaçante. Et la démocratie française peut continuer à marcher sur ses deux jambes. Est-ce une mauvaise nouvelle? Mais je ne dis pas que nos sociétés capitalistes ne menacent pas gravement la démocratie comme le montre la dernière crise.
Le résultat de ces législatives, à mon sens, parlent de l'alternance dans ce pays et fort peu d'une réaction face aux réformes. La mobilisation (AntiSarkozy Day) d'hier a d'ailleur été très peu suivie. Un cortège qui a duré plus de trois heures sur le boulevard Diderot, par exemple, ne signifie pas que la France est H.S. Au contraire sans doute!

Écrit par : POLO | 25/03/2010

A Geo

Mais où avez-vous été chercher que je suis un extrémiste. Ce n'est pas parce que je reste favorable à Sarkozy que je suis extrémiste ou que j'observe qu'il est anormal que la droite n'a pas le droit de s'allier à l'extrême droite alors que la gauche s'allie à l'extrême gauche sans vergogne.
Et d'ailleurs un extrémiste qui ouvre un blog rien ne lui empêche d'aller discutailler sur un autre blog.
Je me souviens que dans un autre blog on vous avez demandé d'ouvrir un blog et vous ne l'avez pas fait.
Alors peut être ce discours s'adresse à vous!

Sarkozy est sans doute trop moderne pour son époque, il a voulu changer l'image de marque du président, plus simple, plus direcr sans doute un tantinet vulgaire ou étudiant attardé. Bon il a fait comme tout le monde des erreurs mais imaginez qu'à la place d'une crise il y ait eu une période de croissance, tout aurait changé. Tout le monde aimerait Sarkozy.
N'empêche que s'il y a quelqu'un qui a des couilles c"est bien lui. Jamais aucun de ses prédécesseurs n'aurait eu le courage d'entreprendre des réformes indispensables mais très risquées pour un maintien à l'Elysée. Sans doute que rejeté actuellement par la vindicte populaire ,on se rappellera encore longtemps de lui et j’oubliais qu’il est le seul à s’être attaqué sérieusement au gouffre de la dette en faisant de réelles économies ce qui en plus de toutes les mesures sévéres ne plait pas à le plus part des gens qui sont en fait des irresponsables.

Écrit par : hervé | 25/03/2010

"Alors peut être ce discours s'adresse à vous!"
Oh, vous croyez ? Ciel, cela ne me serait jamais venu à l'esprit...
Il n'empêche que ce monsieur Laufer semble bien vouloir être tout seul dans son blog avec sa petite cour, et que vous n'en faites pas partie.

Écrit par : Géo | 26/03/2010

Geo, si vous n'avez absolument rien à dire, mieux vaut vous retenir et gardez votre salive, elle sent mauvais. Vos délires de persécution ne nous intéressent pas, vive la modération des commentaires!

Écrit par : POLO | 27/03/2010

Allons POLO, ce n'est pas le vrai Géo qui a écrit cela. Le vrai Géo aime Laufer, ce qu'il a prouvé maintes fois lors des 92 premiers papiers de David. Ce ne peut être que son usurpateur...

Écrit par : Julien | 27/03/2010

Ca commence à sentir la schizophrénie par là!! Que d'individus bizarres !

Écrit par : hervé | 27/03/2010

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