19/05/2010

Huffington Post et la censure sur les blogs

Hier soir, j'ai reçu un appel commercial vers 20h30 alors que je mettais mon enfant au lit. Une jeune femme proposait de me vendre de l'huile d'olive artisanale “pour les familles qui apprécient la bonne cuisine italienne”. Elle faisait des efforts touchants pour accomplir sa tâche particulièrement ingrate mais je lui ai fait rapidement comprendre que j'avais déjà de l'huile d'olive avant de raccrocher et de reprendre l'opération du coucher. Elle avait mon numéro direct et privé et s'en servait tout simplement pour faire passer un message non insultant et personnel. De quel droit avais-je osé lui raccrocher au nez, elle qui ne faisait que s'adresser à moi le plus poliment du monde ?

 

En effet, à en croire une grande quantité de commentateurs de blogs, mon attitude envers cette gentille employée de télémarketing n'est rien d'autre qu'une censure grossière. La communauté des commentateurs est atrocement sensible à sa liberté d'expression et c'est bien normal. Ainsi, dès qu'un commentaire n'est pas immédiatement et intégralement publié, la réaction générale est un hurlement d'indignation qui fait résonner ces deux sinistres syllabes : censure ! Au-delà du côté puéril de cette réaction, il faudrait s'y arrêter un instant et comprendre pourquoi cette accusation est fondamentalement fausse et abusive.

 

De même que la jeune femme qui se sert de mon numéro de téléphone privé pour s'adresser à moi et me communiquer des informations que j'estime à la fois inutiles et intrusives, j'estime qu'une quantité non négligeable de commentaires postés sur mon blog répondent exactement aux mêmes définitions. Cela parce que commenter un blog est une possibilité et non un droit. Il ne peut y avoir de censure que dans la mesure où l'on enfreint un droit. Mais au nom de quel droit devrais-je laisser certains commentateurs m'abreuver de leur rancoeur et de leurs critiques à répétition ?

 

Un récent article paru dans Huffington Post rappelle la difficulté qu'ont les bloggeurs de certains pays arabes à s'exprimer librement. L'accusation de censure prend tout son sens lorsque certains se font sucrer leurs textes par des gouvernements ou des mouvements tels que le Hezbollah, ou se font initimider anonyment. Leur liberté d'expression est directement menacée et limitée, leur vie parfois même est mise en danger. A côté de ces situations, il y a quelque chose d'obscène à se faire traiter de censeur par un anonyme qui vient de vous écrire un commentaire bourré de points d'exclamation et d'accusations diverses et fleuries. Non, ce n'est pas de la censure que de lui sucrer son commentaire : c'est mon droit absolu en tant que rédacteur non rémunéré d'un texte éditorial.

 

L'accusation de censure tient d'autant moins qu'un commentateur n'a qu'à créer son propre blog pour s'y exprimer lui-même le plus librement du monde. Mais pour cela, l'abandon de l'anonymat est un pré-requis que la plupart ne s'aventureront jamais à franchir. Un bloggeur n'est pas un journal, il n'est la plupart du temps pas rémunéré. Il s'exprime à titre personnel sur des sujets divers et possède par conséquent le privilège de permettre à ses lecteurs de voir leurs réponses publiées ou non, parfois ou jamais. Le droit est du côté du bloggeur. Celui du commentateur est de penser ce qu'il veut du texte incriminé. Mais en aucun cas un commentateur ne possède un droit absolu de voir son commentaire publié.

10:48 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

Excellente mise au point ! Merci.

Écrit par : Richard Golay | 19/05/2010

Vous avez sans doute raison, mais 'avez-vous pas l'impression que votre blog d'aujourd'hui tourne en rond. Vous ecrivez un blog pour parler du blog que vous ecrivez.
Qu'il y ai des lecteurs qui ecrivent des imbecilites, soit. Que vous de publiez pas, soit, mais pourquoi utiliser une semaine de votre blog pour faire une justification a tout cela?

Écrit par : Carl Schurmann | 19/05/2010

Non Laufer a tout à fait raison, on ne peut pas publier toutes les idioties issus de cerveaux tordus et dieu sait s'il y en a. Et pour exprimer cette idée il faut bien utiliser ce blog en question.
Sur certains blogs certaines interventions sont carrément illisibles tant le style est émaillé de contre sens, d'orthographe catastrophique, de vulgarités d'insultes parce que justement il existe l'anonymat. Peut être exiger la vrai signature, le lieux où l'on habite calmerait les demi-singlés. Les blogs gagneraient en qualité .

Écrit par : hervé | 20/05/2010

Absolument d'accord avec votre analyse, M.Laufer. C'est assez indécent de crier à la censure dans un pays ou rien n'empêche de créer son propre blog pour y raconter toutes les vérités ou toutes les bêtises qu'on veut.

Personnellement si un titulaire de blog supprime mon commentaire, je ne vais pas crier à la censure, je ne commente plus son blog et basta. Cela dit, quand on reste correct, ça n'arrive que très rarement. Peut-être même jamais, en fait.

Écrit par : Fufus | 20/05/2010

Je partage l'avis de Fufus sur cette question. A mes yeux, un blog est un lieu où généralement on peut partager son avis, dialoguer avec l'auteur (ou les autres lecteurs), donc si on ne peut pas partager son avis, je ne prends pas la peine de lire le blog. Je préfère autant trouver un site scpécialisé sur la question.

Tout est aussi de savoir quelle "voie" veut utiliser l'auteur à son blog. Est-ce qu'il veut uniquement partager son unique point de vue de manière unilatéral? est-ce qu'il veut partager son temps et celui de se lecteurs uniquement quand les commentaires ne le contredisent pas (ou l'inverse?)?
Ou peut-être prendre plus de temps à dialoguer même avec ses plus farouches détracteurs?

En ce qui concerne le domaine "politique", il ne peut se faire rarement dans "le calme". Quand les convictions les plus intime de chacun se frottent aux convictions personnels des autres, cela fait dans la majorité du temps, des étincelles.

Je considère plutot ca comme un "mal necessaire" que dans la majorité des cas, j'accepte de prendre ceci en compte (excepté dans les commentaires médisants, rabaissant l'auteur sans apporter le moindre soupçon d'argumentation).

Mais générallement les étincelles commence à venir là, où les arguments de certains, qui peuvent être si pertinents pour les auteurs mais nul pour les autres. Ca abouti à de l'incompréhension de toute part et ca part en vrille.

Écrit par : DdDnews | 20/05/2010

Bonjour à tous. Comme pour un quotidien, il est difficile de poser les limites de l'acceptation pour un blogueur. Une ligne éditoriale devrait être définie. En tout cas pour les blogueurs qui cherchent à gagner un lectorat dans une catégorie ou une autre. La liberté la plus large est aussi la plus délicate à exercer. Etre importuné par des commentaires, c'est comme être gêné durant un repas par l'adolescent qui crache des injures, un père qui dicte sa loi, une mère devenue hystérique quittant alors la table familiale. A la fin, il ne reste que bébé qui couine sur sa chaise. Il me semble que la meilleure des lois est la loi du respect réciproque. Malgré les sujets explosifs que j'explore sur mon blog, je n'ai jamais du faire usage de la police de la censure. Je suis juste très rapidement intervenu à découvert sur mon blog pour dire à l'un ou l'autre que ses interventions avaient dépassé les limites du tacle correct. Exactement comme en foot. J'ai donné deux cartons jaunes à une intervenante un peu trop fougueuse en lui signifiant qu'un troisième l'exclurait de mon site et qu'elle serait alors considérée comme spam (!). Elle a réagit positivement et depuis semble devenue plus sage... Bonne journée à tous.

Écrit par : pachakmac | 26/05/2010

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