30/08/2010

Budapest Times et "les criminels tsiganes"

Tandis que, ce matin, Bernard Kouchner faisait état sur RTL de ses velléités de démission sur la question des Roms, l’Europe centrale nous fait parvenir, sur cette même question, les bruits de botte les plus effrayants, les plus hallucinants et cependant les plus réels qui soient. On imagine volontiers, confortablement, que cette question, faute d’être résolue, n’en est pas moins quasi-inexistante. On regarde d’un œil suspicieux les campements de caravanes de Rennaz ou d’ailleurs, on passe son chemin devant ces vieilles à foulard qui vous prient quelques sous sur le trottoir et on se souvient, vaguement, que les tsiganes furent aussi victimes des nazis. Et puis on passe à autre chose.

Or la question des Roms en Europe est très, très loin d’être résolue et apaisée. En Suisse, la Confédération avait directement été impliquée dans le scandale absolu qu’était l’organisation Pro Juventute et son programme « Les enfants de la grand route ». Sous l’égide du bon docteur Siegfried, pas moins de 600 enfants roms ont été retirés par la police à leurs familles puis placés dans des familles d’accueil ou même parfois jetés en prison. Ce programme a eu lieu de 1926 à 1972, c'est-à-dire presque 30 ans après la fin de la guerre mondiale. Le but était de briser les habitudes nomades des tsiganes que le docteur Siegfried affirmait être inférieurs d’un point de vue racial et naturellement portés au vol et au mensonge. Ce petit rappel historique pour souligner qu’en la matière, nous n’avons de leçons à donner à personne.

En France, il aura suffi d’un été de scandales à répétition sur le front de la corruption ministérielle, mais aussi d’un échec quasi complet sur le front sécuritaire, pour que le gouvernement décide tout soudain que les Roms méritaient une punition exemplaire et une couverture médiatique énorme. Que le Pape et la quasi-totalité de la communauté internationale s’en scandalisent n’a manifestement pas beaucoup ému l’Elysée qui, fort des sondages apparemment favorables, se voyait déjà reconduit pour cinq années de manège. Ce que Sarkozy ignore peut-être encore, c’est que son action musclée est appréciée non seulement de ses concitoyens, mais aussi de ceux de son pays d’origine, la Hongrie.

Là-bas, le parti du Jobbik – Mouvement pour une Meilleure Hongrie, qui nous rappelle le « Qualité suisse » de la SVP – prépare sa campagne municipale pour la 3e ville du pays, Miskolc. Avec son sens coutumier de l’outrance, le Jobbik fait un usage inattendu, mais illustratif, de l’action du gouvernement français, un usage qui brusque un tant soit peu la sacro-sainte réputation de « patrie des droits de l’homme » de la France. Voilà ce que clame la brochure de campagne du Jobbik, reproduite dans Budapest Times : « Le parti du Jobbik de Miskolc propose – et réalisera ceci s'il gagne les élections – d'exclure les criminels tsiganes du territoire de Miskolc, et de suivre les modèles du 21ème siècle en Europe de l'ouest en les enfermant dans des camps ; il proposera au parlement et au gouvernement de leur retirer leur nationalité. » Oui vraiment, bienvenue dans le 21e siècle européen – qui, comme le nouveau testament, accomplira le précédent. Et comme toujours, on commence par l’Europe centrale.

13:49 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

merci pour les descendants de ceux ou celles ayant eu un ou une conjoint(e)des pays de l'est,merci pour nous qui avons souffert,oui il est temps de reconnaitre les torts nombreux causés par projuventute,nos mères et nos grands -mères ayant très souvent par honte préférer garder le secret jusque dans la tombe,oui merci pour elles et nous

Écrit par : lovsmeralda | 30/08/2010

Cher David,

Je ne connais pas ce parti dont vous parlez e Hongrie, donc ne comenterai pas la dessus.
Mais je voudrais revenir sur la polemique des Roms en France. Vous accusez le gouvernement de viser les Roms par cynisme, electoralisme, etc.
C'est possible, j'en conviens.
Mais la ou je suis d'accord avec vous sur le fait qu'on ne peu stigmatiser les Roms comme criminels par le simple fait qu'il soit Rom.
Par contre, j'ai une certaine gene car je sens (je peux me tromper) entre vos lignes que ce que vous souhaiteriez, c'est que les Roms soient intouchables par le fait qu'il soient Roms. En fait, j'ai l'impression qu'a vos yeux, si un Roms commet un acte illegale et qu'il est sanctionne, cette sanction s'applique a la "nationalite" Rom plutot que comme simple sanction d'uin acte illegal.
Car, si je ne m'abuse, les Roms expulses sont en France de maniere illegale. Ceux ayant un passport Francais ou de l'Espace Shenghen ne sont pas concernes, sauf erreur de ma part. Donc, s'ils sont expulses, ce n'est pas parcequ'ils sont Roms, mais bien parceque ce sont des etrangers en situation irreguliere sur le territoire Francais.
Alors, vous etes tout a fait en droit d'etre pour la regularisation de n'importe quel etranger qui traverse une frontiere. Mais vous n'etes pas en droit de reclamer qu'une loi votee democratiquement par les elus de la nation, soit appliquee.
La bonne volonte qui suggere de supprimer la volonte populaire car le peuple ne sait pas, et creer un pouvoir de vertueux genere un systeme qui, vous le savez bien puisque vous etes historien, a deja ete essaye avec un succes qu'on pourrait qualifier, au mieux, de mitige.

Bonne journee

Écrit par : Carl Schurmann | 06/09/2010

@Carl. Vous "sentez entre mes lignes" une chose qui, je vous rassure, ne s'y trouve absolument pas. J'écrivais ceci dans mon blog précédent :

"Soyons clair : en France comme en Suisse, il est effectivement étonnant de voir, dans les campements de Roms, des Mercedès dernier cri. Mais Hortefeux s'arrête à cette interrogation, il en fait un message en soi auquel le bon peuple trouvera immédiatement la réponse à peine suggérée. En tant que ministre, il pourrait parfaitement, sans déclaration préalable, diligenter une enquête de terrain par la police locale et les autorités fiscales. Et puis, si des infractions sont effectivement commises, il pourrait même en faire état".

Je ne réclame rien, je ne sous-entends rien moins encore. Mon texte, c'est mon texte et rien de plus, n'y rajoutez pas des intentions.

Écrit par : david laufer | 06/09/2010

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