05/02/2013

Mon royaume pour une pioche

Il n'est point de secret que le temps ne révèle. Ah, ça sonne bien, non? Evidemment, ça n'est pas de moi, c'est du Racine. Pourtant j'en connais pas mal qui trouvent cet alexandrin aussi parfait sur la forme que discutable sur le fond. Tu parles! disent-ils, y a des tas de trucs qu'on saura jamais! Moi-même, j'hésite. Au moment où je serais tenté de me ranger du côté des cyniques qui jurent qu'on nous cache tout, voilà que, littéralement, surgit Richard III, roi d'Angleterre.

 

Voilà l'exemple type du salopard absolu. Un monarque ignoble, bourreau d'enfants, fauteur de guerre, intriguant, difforme, presque pire que George Bush en somme. Même Shakespeare en a tiré un drame à succès, c'est dire à quel point le bonhomme était prolixe dans l'horreur. On pensait savoir tout de lui, au petit détail près qu'on ne savait pas où se trouvait son cadavre. On s'imagine qu'un cadavre de roi d'Angleterre, ça ne s'égare pas comme ça. Et pourtant, il a fallu 527 ans pour remettre la main dessus. 

 

Car on nous l'a appris cette semaine: des ouvriers ont fait la macabre et historique découverte sur un parking à Leceister, dans le centre de l'Angleterre. C'est-à-dire exactement à l'endroit où il est mort en 1485, à la bataille de Bosworth. C'est là que Henri Tudor avait définitivement gagné la guerre civile contre les Plantagenêt, la fameuse guerre des Deux-Roses. Comme on a retrouvé Richard III, on s'intéresse à lui. Et déjà on entend des historiens s'exclamer que ça n'était pas un si mauvais bougre, qu'il avait mauvaise presse mais qu'après tout c'était la guerre, etc, etc.

 

Il se trouve que notre époque est pleine de mystères soit-disant insolubles. Le 11-Septembre, l'assassinat de JFK, le groupe Bildenberg, les Illuminati, l'invention de l'Holocauste, ou plus sérieusement, la mort de la Princesse Diana. Ces questions, et tant d'autres, déchaîneront les passions jusqu'à ce qu'on les résolve. Ou pas, d'ailleurs. L'important n'est pas d'avoir des réponses. L'important est de ne pas inventer de réponses lorsqu'on en n'a pas. Parce que le pouvoir qu'apporte l'information est irrésistible. Et Richard III, d'outre-tombe, nous rappelle ceci: à toute question il existe une réponse, mais on ne vivra peut-être pas pour l'obtenir.

 

Du coup, j'ai décidé que Racine avait raison. Il n'est point de secret que le temps ne révèle. A trois essentielles conditions près, que nous apprend la découverte du cadavre de Richard III. La première condition, c'est que l'histoire est écrite par les vainqueurs. Richard III avait perdu la guerre civile, c'était donc forcément un salaud. La seconde condition, c'est qu'on doit accepter de ne pas avoir de réponse à nos questions: depuis 527 ans, beaucoup de gens sont morts certains que le corps de Richard III avait été jeté dans une rivière. Et la troisième condition, la plus importante, c'est qu'il suffit de creuser. Un jour ou l'autre, quelqu'un trouve. On savait que Richard III était mort à Leicester. Incroyable: il y était! Eh oui, il suffisait juste de creuser. Mon royaume pour une pioche!