23/02/2014

Peut-on être Suisse et patriote?

Le 9 février 2014 aura vu fleurir une expression particulièrement regrettable. Partout sur Facebook ou dans les commentaires des articles, on a pu lire le même slogan et ses quelques variantes: « J'ai honte d'être Suisse ». On peut être sensible au sentiment de dégoût exprimé par les perdants, à leur haut-le-coeur face à ce qui est interprété comme une xénophobie désormais institutionnalisée. Mais déclarer qu'on a honte de son pays tout entier ou seulement d'en être le ressortissant est absurde et moralement injustifiable. Il y a là une sorte de xénophobie réflexive, contre soi-même et contre ses semblables. Cela revient à dire: « Je déteste le racisme et les Suisses », parmi lesquels on revendique en plus sa place dans une sorte d'auto-accusation calviniste, qui tire fierté et justification de sa mortification publique. Staline applaudirait.

 

Cet épisode, heureusement vite dégonflé, révèle un courant plus profond dont nous devons l'émergence à Christoph Blocher. Il n'est pas exagéré en effet de soutenir que M. Blocher a importé en Suisse la notion de patriotisme, qui est une expression presque entièrement étrangère à nos institutions et à notre histoire. Le patriotisme est une notion subjective dont les théories sont aussi nombreuses qu'il y a de théoriciens, et mon texte n'y échappe pas. On s'accordera sur le fait que la patrie, et le patriotisme, sont des notions essentiellement guerrières. Il n'y a pas de patrie sans nation. La nation est une notion froide et politique née de la guerre, de la libération, du sang versé, du sacrifice des générations. La patrie, c'est l'âme et le coeur de la nation. On ne chante pas, on ne verse pas de larme, poing sur le coeur, en hommage à sa nation, mais à sa patrie. On se souvient et on célèbre le soldat tombé pour la patrie, pas pour la nation.

 

Or depuis 1992, le parti de M. Blocher a fait du patriotisme une valeur centrale de son programme de son parti, de son attractivité et de sa progression. Il est le seul politique suisse à faire un usage constant dans ses discours de notre histoire et de nos écrivains, même ceux, comme Frisch ou Meienberg, qui ont pourtant défendu des idées radicalement opposées aux siennes. C'est encore à M. Blocher que l'on doit ces deux indispensables dogmes historiques: l'existence d'une continuité historique établie de Guillaume Tell à nos jours d'une part; et l'insistance obsessionnelle sur la neutralité totale de la Suisse durant la Seconde guerre mondiale (et par conséquent la haine viscérale contre le Rapport Bergier, véritable marqueur politique). Que ces dogmes soient scientifiquement erronés ne devraient pas escamoter un point crucial: M. Blocher est le seul politique qui ait offert à ses électeurs ce qu'on pourrait qualifier de « vision » de la Suisse. Et cette vision, c'est le patriotisme. Le patriotisme, en Suisse, présente plusieurs avantages politiques.

 

Le premier avantage consiste à distordre notre propre perception de notre pays. Comme le patriotisme est avant tout l'apanage de grandes nations guerrières et conquérantes, la Suisse, dans son discours, prend soudain des allures de puissance coloniale. C'est ainsi qu'est née cette insupportable marotte cocardière qui fiche des drapeaux suisses partout, dans toutes les pubs, sur toutes les tasses à café, les devantures de bistrot et sur tous les produits de consommation de masse. L'économie a donc parfaitement compris le message: pour être vendus, affirmons haut et fort notre suissitude. L'autre avantage est bien plus utile. Il consiste pour M. Blocher et son parti à privatiser en quelque sorte l'amour de la Suisse, qui devient soudain dans leurs bouches le privilège de ceux qui pensent exactement comme eux. D'où ce slogan hallucinant de 2011: « Les Suisses votent UDC ». Ainsi la posture qui consiste à afficher partout que « j'ai honte de la Suisse » est-elle un dommage collatéral de cette appropriation abusive: comme seule l'UDC et ses électeurs affichent leur amour de la Suisse, mon opposition consistera à afficher ma haine de la Suisse. La boucle est bouclée, et M. Blocher fait sauter la banque électorale.

 

C'est dans cette perspective qu'on doit comprendre les récentes déclarations de M. Blocher sur la faible conscience nationale des Romands. Comme il a défini les contours et le catéchisme de l'amour de la Suisse, il peut tout aussi bien, comme un Vatican ou un Komintern, déterminer qui ne les respecte pas. Qui est un bon Suisse, qui est un mauvais Suisse. Or les Romands ont voté contre son initiative. Ils clament leur honte d'être suisses. Ce sont donc de mauvais Suisses. La logique est imparable. Il serait temps d'y répondre et de cesser, non seulement d'avoir honte de son propre pays, mais surtout de laisser une petite frange de l'électorat s'arroger le privilège exclusif de l'amour de la Suisse. Tant que M. Blocher et les siens se battront seuls sur ce terrain, ils continueront à gagner. Tant que personne, en face, ne leur contestera ce monopole et en questionnera la légitimité, la Suisse continuera à se diviser de plus en plus profondément entre « vrais » et « faux » Suisses.

 

Notre histoire est d'une richesse et d'une complexité extraordinaires. Ce qui constitue notre unité n'est pas le fruit de quelques têtes tranchées ou de défenestrations. Nous ne nous sommes pas mariés dans le sang. Nous sommes avant tout le fruit des pressions extérieures et de contraintes, et de notre intelligence collective à en tirer profit. Entourés de géants belliqueux, dénués de ressources naturelles, accrochés à des coteaux escarpés, nous sommes sortis du 20e siècles sans une égratignure ou presque, paisibles, prospères et unis. Qui peut en dire autant? Le patriotisme, comme le nationalisme, sont des notions qui, fort heureusement, ne trouvent pas d'acte de naissance dans nos contrées. Il y a là une singularité et un trait de caractère dont je veux pouvoir tirer fierté sans me faire immédiatement taxer, soit de révisionniste, soit de fasciste. Non, il est historiquement absurde de vouloir être, et patriote, et Suisse. Mais il est parfaitement possible, et joyeux, et vertueux, et nécessaire, d'être Suisse et d'aimer son pays dans l'acceptation de toute sa complexité historique. Aimons la Suisse: ce sera la plus grande défaite de ceux qui prétendent être seuls à en avoir le droit.

Commentaires

Intéressante analyse. Merci pour ce texte. Il porte aussi sur les questionnements actuels: identité, patrie, souveraineté, et autres, en déjouant le piège de la stigmatisation.

Écrit par : hommelibre | 23/02/2014

Bonjour David,

Tout d'abord il faut redéfinir la patrie avant de parler de patriotisme. Voici ce qu'en dit wikipédia:

Le mot patrie désigne, étymologiquement, le pays des pères. L'équivalent allemand est Vaterland ou Heimat, et en anglais, father land ou birthplace. Suivant les époques, les lieux et les classes sociales, ce terme recoupe des notions différentes, explicitement ou implicitement1.

Une version relativement moderne, et guerrière, dit que la Patrie est le pays, la nation pour lequel on est prêt à se sacrifier1.

Une version plus sereine dit que c'est le lieu où l'on a ses attaches familiales ou/et émotionnelles, voire, à l'occasion d'une immigration, que c'est le pays que l'on a élu pour y faire sa vie1.

Le patriotisme (mot datant de 1750) est l'attachement sentimental ou politique à la patrie2.

Généralement, la notion de patrie est lourde d'affectivité identitaire, est une affirmation d'une différence ou proximité avec autrui, et parfois amène à de la xénophobie1.

Vous avez peut-être une vision restreinte du patriotisme. Pour ma part, je n'ai pas de vrai problème avec ce mot. Je suis patriote quand j'entends Lyoba ou notre chant national, que nos athlètes nous font vibrer, que nos grands hommes et grandes femmes nous donnent du coeur à l'ouvrage pour améliorer les conditions d'existence de notre pays. je ne souffre point d'un patriotisme restreint façon Blocher. je garde mes yeux grand ouvert sur le monde, j'aime celles et ceux qui viennent d'ailleurs et celles et ceux que je rencontre quand je m'absente de mon pays d'origine. J'assume un patriotisme de sentiments, d'honneur à défendre la plus belle démocratie du monde à ma connaissance car elle s'est construite sur un multiculturalisme à la fois interne et externe. La Suisse est une construction miraculeuse de la volonté, de l'intelligence de coeur et d'esprit, du courage à oser sa propre liberté face à des empires menaçants malgré la difficulté de nous comprendre de vallée en vallée et de nos langues si différentes les unes des autres. Si nous ne ne sommes pas un peuple de soldats partant pour tuer et conquérir les terres du monde, nous sommes un peuple de guerriers qui savons nous battre pour nos idées, nos libertés, notre démocratie, notre paix, notre entente mutuelle qui fondent notre envie d'exporter nos valeurs de respect des peuples, des croyances, de la démocratie. Ce patriotisme est à défendre. Car il porte en lui tous les espoirs d'un village global un jour uni sous la bannière de la démocratie des peuples.

Merci de votre texte. Il était important de parler de patriotisme à l'heure ou Mr Blocher s'en empare comme un symbole exclusivement UDC.

Écrit par : pachakmac | 24/02/2014

Cher Kurt Parabellum, il est piquant de me faire critiquer publiquement (et inexactement) par quelqu'un qui fustige le fait que j'avance masqué. Mais qui n'a pas lui-même l'honnêteté de commencer par se présenter, planqué que vous êtes derrière votre pseudo comme ces branleurs à imperméables qui fréquentent les peep-shows.

Cher Pachakamac, vous avez raison, il existe plusieurs versions du mot patriotisme et je le souligne moi-même dans mon texte. Je me reconnais dans la définition qu'en donne Jules Renard: "Au fond de tout patriotisme, il y a la guerre: voilà pourquoi je ne suis point patriote". Or Jules Renard n'avait pas honte d'être français.

Écrit par : David Laufer | 24/02/2014

"Nous sommes avant tout le fruit des pressions extérieures et de contraintes, et de notre intelligence collective à en tirer profit."

Juste, et pour cela il faut être patriote(s), avoir le goût du bien commun et de l'intérêt de tous, comme le droit d'initiative qui demande la majorité des Votants et celle des Cantons!
Les fondamentaux sont impérieux quand on veut se battre pour un idéal, un principe, des valeurs!
Cela est ancré dans le caractères de certains...et pas chez les autres! (qui pourtant sont bien aise de profiter des acquis de leurs compatriotes; ne serait-ce que les 21 ans que Blocher nous a procuré grâce à sa détermination en 1992).

UN POUR TOUS ET TOUS POUR UN, je me vois mal appliquer cela à l'Europe!

Écrit par : Corélande | 24/02/2014

La question est la même pour moi: le passage de la patrie à la guerre est-il inévitable? Est-ce bien cette notion qui contient les germes et engendre les conflits, ou n'est-elle qu'un amplificateur éventuel de dispositions humaines préexistantes?

On peut aussi se poser la question autrement: qu'est-ce qui engendre la guerre? Au-delà d'une analyse politique, pourquoi des millions de gens y adhèrent?

Certains disent que c'est à cause des notions de patrie et de nation. Je n'en suis pas convaincu. Au niveau de deux individus, même dans une fratrie, les conflits existent et peuvent dégénérer en affrontement physique. Jalousie, envie, fierté blessée, etc; il existent des raisons intimes au conflit, qui peuvent s'élargir. Je cherche plus de ce côté.

Le fait que deux pays se fassent la guerre est le résultat des frontières, des conflits passés jamais résolus, les richesses de l'un, de l'importance stratégique de l'autre, d'une volonté de puissance ou de domination. Les politiques qui déclenchent les guerres usent des opportunités que l'humain (une sorte de "nature humaine"?) leur offre.

Enfin, c'est dans ce sens que je cherche.

Parce que la patrie en elle-même est d'abord un supplément d'âme dans l'attachement à une région, à ses gens, à ses paysages, ses odeurs, sa luminosité, son climat, son organisation sociale, sa communauté diverse (comme la Suisse) mais qui nous accueille comme un des siens.

L'appartenance, le sentiment et le besoin d'appartenance, sont sous-estimés à notre époque. Juliette Gréco chantant Saint Germain des Prés exprime un attachement et une forme d'appartenance locale. Sartre et d'autres avaient une sorte de "territoire" au Café de Flore.

Le sentiment de se trouver bien dans une région: Provence, Bretagne, Afrique, parler parfois de deuxième patrie, indique d'abord cet attachement global à une région et à ses gens.

La définition du "pays de nos pères" est également importante: ce sont nos ancêtres qui ont fait les lieux et les règles dans lesquelles nous arrivons, qui ont préparé le terrain pour nous. Le culte des ancêtres (généralement lié à la notion de patrie) se trouve dans presque toutes les cultures. Dans le film Jeremiah Johnson, avec Robert Redfort, le passage sur un territoire amérindien n'est jamais sans danger, et traverser un cimetière, territoire sacré appartenant à une tribu, est puni de mort.

Pour ma part j'ai envie de faire partager à d'autres l'affection ou l'attachement que j'ai pour certaines régions, bien plus que d'en faire un objet de guerre. Et si j'aime un endroit solitaire, je peux le partager avec quelques-uns, mais il y a une limite. Quand est-elle atteinte? C'est la question. Il y a ainsi un coin de Provence, la naissance d'une vallée du côté d'Apt, qui ouvre sur un paysage qui me touche profondément. Je l'ai contemplé seul et aussi en groupes d'environ 25 personnes. No soucy. Il aurait pu y en avoir 100, ou même 500, la configuration des lieux permet de s'y trouver bien, surtout avec des gens qui partagent la même beauté. Mais un million? Ce n'est plus possible.

De cela je tire provisoirement que la notion de limite est importante.

On pourrait ensuite mettre en cause l'appropriation d'un territoire par une population aux racines historiques ou ethniques communes. Mais c'est une autre histoire, je sortirais trop du sujet.

Écrit par : hommelibre | 24/02/2014

Blaise Hofmann, sur son Blog "Textes Chroniques" parle "d'un paradis à donner contre bon soin" du côté des Marquises. Et je lui fais remarquer amicalement que divulguer le secret du paradis n'est pas la meilleure façon de le garder pour soi parce que les futurs colons, alléchés par tant de félicité, et donc de plus en plus nombreux, arrivent et saccagent tout sans aucune notion du sacré, de l'équilibre, de l'harmonie, des premiers pionniers, idéalistes dans l'âme, chercheurs de beauté, amoureux des trésors naturels. Cette devise du paradis à offrir contre bon soin pourrait être appliquer à la Suisse et à ses nouveaux arrivants. On vous accueille, on vous offre un job...mais plus qu'un job vous obtenez un coin du paradis helvète. Prenez-en soin car notre don national est gratuit. On ne paie pas l'accès à la beauté d'un pays, ses paysages, son harmonie architecturale, sa paix, sa liberté, son métissage exceptionnel. On l'obtient...du moment qu'on y met aussi soi-même du coeur pour entretenir le même état d'esprit et ce souffle de liberté extraordinaire.

Si tous les étrangers arrivaient chez nous et lisaient cette devise "paradis à donner contre bon soin" sur leur permis de séjour cela pourrait être le début d'une conscience que la "patrie" commence à agir sur leur coeur et l'envie se ferait alors sentir d'offrir à ce nouveau coin de pays, ce début de sentiment à la patrie, plus qu'ils ont reçu en arrivant chez nous. Les abus excessifs dont certains se font une spécialité et le cynisme seraient alors combattus par cette courte devise qui nous concerne tous, citoyens résidents de longue date ou nouveaux émigrants venant prendre leur place chez nous.

Blaise nous a donné là une magnifique devise sur laquelle nous pouvons tous méditer jour après jour.

Écrit par : pachakmac | 24/02/2014

"et par conséquent la haine viscérale contre le Rapport Bergier, véritable marqueur politique"

Je crois que là vous n'avez pas encore compris qu'une critique n'a rien à voir avec une quelconque haine à l'encontre des auteurs de ce rapport. Simplement les gens qui ont composé cette commission n'avaient tout simplement pas les connaissances suffisantes pour comprendre une histoire aussi complexe dans une période aussi complexe. Pour ne prendre qu'un exemple, l'armée et ses dirigeants, Guisan, Roger Masson le chef des renseignements, ont tout simplement rompu la neutralité en faveur des Alliés. Face à une idéologie telle que le nazisme, ils ne pouvaient pas rester neutre. Alors comment expliquer qu'aujourd'hui encore il faut que ce soient des intellectuels étrangers qui le comprennent et que en Suisse c'est si difficile à transmettre cette information aux médias et aux enseignants ?
Lors d'une thèse l'automne dernier à l'uni de Neuchâtel le directeur de thèse, Robert Belot, Français et professeur en histoire, s'est exclamé: Masson s'il était Français il aurait une statue ! Cela rejoint également la remarque suivante:

ANSELOT Noël: La guerre des services secrets dans les 2 Luxembourg. Ed. Eole La Roche-en-Ardenne 2001 p. 171 - 172
Tout ceci permet d'apprécier le rôle majeur que notre région joua dans ces filières d'évasion vers la Suisse, filières, où, on le constate souvent, on retrouve parfois les mêmes hommes et les mêmes femmes qui, selon les circonstances et le moment, collaboraient avec les divers réseaux. Pour conclure, alors que certains se sont complus à dire tant de mal de la Suisse du temps de guerre , ces dernières années, il conviendrait de noter que tous ces efforts nés en Belgique ne réussirent souvent, dans l'ultime étape, qu'avec la collaboration active des services suisses...

***

Pour parer à leur méconnaissance les auteurs du rapport Bergier se sont focalisés sur les chiffres. Chiffres d'ailleurs vertement contestés dernièrement par Serge Klarsfeld en ce qui concerne les refoulements...

Écrit par : Christian Favre | 25/02/2014

Il m'est toujours extraordinaire de voir la quantité de gens qui sont persuadés d'en savoir bien plus sur ces quelques années de l'histoire suisse que toute une équipe d'historiens professionnels, venus du monde entier, ayant un accès privilégié à la totalité des archives publiques et privées suisses, sans aucune restriction, et qui ont pour publier leurs résultats travaillé plusieurs années uniquement sur ces questions. Et de constater, en dépit du fait qu'aucun travail sérieux et reconnu n'est parvenu à remettre en question les conclusions du Rapport, les mots "Rapport Bergier" sont ceux qui, instantanément, provoquent aujourd'hui encore les réactions les plus hystériques.

Écrit par : David Laufer | 26/02/2014

Parce que vous croyez qu'il suffit de posséder un diplôme estampillé "historien" pour prétendre savoir quelque chose sur telle ou telle période de l'histoire ? Libre à vous de le croire, cela signifie donc que sans rien lire, sans se documenter, l'historien sait tout. C'est assez suisse comme prétention: les gens qui savent...
Lorsque l'on demande un rapport d'experts, je précise d'experts, on s'attend à ce que ces experts aient déjà en grande partie les connaissances des faits comme l'avaient certains historiens, dont le professeur Marguérat. Expliquez-moi pourquoi le Conseil fédéral et ses conseillers ont opté pour des personnes n'ayant pratiquement aucune connaissance du sujet, comme le professeur Bergier qui était un médiéviste.
Lorsque l'un des membres de la commission, Saül Friedländer vient nous sortir à propos des réfugiés juifs: "Vous les Suisses avez fait beaucoup moins que la Suède!". Les faits: la Suisse a accueilli 22000 Juifs et la Suède 8000. L'expert ne savait pas...il ne savait pas non plus que la Suède a laissé passer l'armée allemande....
On pourrait discuter longuement sur la différence de traitement entre la Suisse et la Suède...

Cette commission a été réunie dans un moment de panique face aux pressions américaines. L'affaire des fonds juifs s'étant rapidement étendue au pourquoi la Suisse avait échappé à l'occupation allemande.

* * *

"En septembre 2001 la Neue Zurche Zeintung publie une prise de position du professeur Bergier au sujet de la CIE qu’il préside : celle-ci a été créée par le Parlement et le Conseil fédéral avec un empressement dicté par la panique et non sans une certaine naïveté"

Je ne suis pas historien alors voici l'avis d'historiens:

* * *
La qualité du rapport est inégale. Il y a de bonnes parties et d'autres, comme celle consacrée à l'or, qui sont catastrophiques", affirme Philipe Marguerat, professeur à l'Université de Neuchâtel et membre de la commission nationale de publication des "Documents diplomatiques suisses". Pour lui, ce travail ne peut pas devenir un ouvrage de référence : "La démarche n'y est pas constamment scientifique. Il s'agit d'un travail politique et idéologique."

Anne Kauffmann, La Tribune de Genève, 23 mars 2002.

[…] Tenez: il faudra un jour faire l'histoire de la Commission Bergier. Elle a été désignée par la Confédération sans que la Société d'histoire soit consultée. Elle a été dotée de moyens inouïs pour notre profession. Quelles directives a-t-elle reçues? Quels faits a-t-elle écartés et pourquoi? Quelle a été la réception de la polémique dans le pays. En 1996, j'avais proposé à la Commission Bergier de mener une enquête au jour le jour sur le traitement de l'affaire dans les médias. Elle n'a pas été retenue. Je le regrette aujourd'hui, comme je regrette la dispersion des documents rassemblés par la commission grâce à des privilèges exceptionnels décrétés par le Conseil Fédéral. Ils devraient au contraire rester accessibles aux historiens présents et futurs pour ne pas fausser le jeu scientifique.

Yves Collart historien Tribune de Genève mars 2002


L’accès privilégié aux sources assuré à la CIE par l’arrêté fédéral urgent du 13 décembre 1996 a créé une inégalité de traitement au niveau de la recherche. Pour le professeur Fisch, ce n’est que dans la mesure où les conditions d’accès aux archives sont égales pour tous qu’un débat objectif sur d’éventuels points litigieux peut avoir lieu («Neue Zürcher Zeitung», 8/11/1996). C’est dire que l’institution de ce privilège hypothèquera les conclusions de la commission tant que les documents consultés resteront inaccessibles à d’autres historiens.

* * *

Si le rapport Bergier avait montré quelque chose de nouveau, cela se saurait, or il n'en est rien. Bien sûr, beaucoup de Suisses et surtout des journalistes n'avaient pas pris la peine de lire toute la documentation précédent le rapport:
- Rapport Ludwig
- Rapport Bonjour
- Werner Rings: - L'or des nazis; La Suisse un relais discret

et déjà bien des livres dont l'un écrit par deux journalistes français Accoce et Quet "La guerre a été gagnée en Suisse" 1966.
Les journalistes démontrent dans ce livre que des renseignements d'une importance capitale ont été transmis aux soviétiques ceci en provenance d'officiers allemands proches du commandement. Ceci surtout avec un bureau de renseignement de l'armée suisse !!! Ouh là...très mauvais pour l'image de la neutralité...ça. Vite on a déclaré que tout ça n'était que balivernes.
Ouais....mais ces balivernes se révèlent, au cours du temps, moins balivernes qu'on l'a prétendu et les Soviétiques ont bel et bien confirmé l'importance de ces renseignements, notamment dans la grande bataille de Koursk.
Voilà, voilà, comme ça nous fait mal encore aujourd'hui de montrer que l'armée suisse a été pro Alliés, comme les journalistes et les historiens peinent à le montrer. Surtout ne pas éveiller un sentiment de fierté...pour rester dans le sujet.

Encore et encore une fois, l'histoire de la Seconde Guerre mondiale est très complexe et ce qui s'est passé réellement en Suisse est encore très complexe et le commerce avec l'Allemagne n'est qu'une faible partie de cette complexité.

Il n'a jamais été question pour moi d'occulter le négatif de notre histoire mais il n'a jamais été question également de ne montrer que ce côté et pourtant c'est bien ce qu'a fait la commission

Écrit par : Christian Favre | 26/02/2014

"Parce que vous croyez qu'il suffit de posséder un diplôme estampillé "historien" pour prétendre savoir quelque chose sur telle ou telle période de l'histoire ?"

Obtenez déjà un tel diplôme, vous verrez, ça ne se trouve pas dans des pochettes surprises, et ça prend plusieurs années. Et même si cela n'exclut nullement ceux qui n'en possèdent pas, ça n'est pas parfaitement superflu lorsqu'on prétend s'intéresser à l'histoire.

Écrit par : David Laufer | 26/02/2014

Ah ? Et quel respect avez-vous donc des historiens qui ont précédé le rapport Bergier ? Ludwig, Bonjour, Marguerat, Fleury, Lasserre, Rings. Moi je les respecte et m'en réfère.
Parce que à vous lire, avant le rapport Bergier on nageait en plein obscurantisme...

Écrit par : Christian Favre | 26/02/2014

Ah ? Et quel respect avez-vous donc des historiens qui ont précédé le rapport Bergier ? Ludwig, Bonjour, Marguerat, Fleury, Lasserre, Rings. Moi je les respecte et m'en réfère.
Parce que à vous lire, avant le rapport Bergier on nageait en plein obscurantisme...

Écrit par : Christian Favre | 26/02/2014

Je profite encore de l'occasion pour préciser deux ou trois choses à propos de l'histoire de la Suisse pendant la SGm et non du rapport Bergier, qui selon même son président n'est pas cette histoire, je l'ai entendu le dire à la radio. Mais il a ajouté: cette histoire reste à écrire. Et c'est là où l'on comprend que Bergier ne la connaissait pas, tout comme les membres de la commission.
Non il n'est pas nécessaire d'être historien pour la connaître, par contre il faut s'appuyer sur le travail des historiens et pas n'importe lesquels, étant donné la forte connotation idéologique de la profession. Ce qui fait qu'un enfant de 10 ans, intéressé par l'histoire, est parfaitement capable de connaître cette histoire, la seule chose qui l'en empêche c'est le temps, il n'en a pas. C'est une cinquantaine de livres qu'il faut lire et autant de la Seconde Guerre mondiale pour connaître le contexte. Lorsque vous avez lu cette centaine de livres, lu des thèses et débattu dans des forums, vous commencez à comprendre cette histoire. Quant à la partager...c'est une autre histoire, pas facile.
Ce que j’espère et aimerait entendre, c'est que des enseignants s'informent de façon indépendante et libre et transmettent leur savoir sur cette histoire passionnante.

Et voilà une liste de livres avec présentation ainsi que des textes:
http://www.livresdeguerre.net/forum/contribution.php?index=53744&v=4

Écrit par : Christian Favre | 27/02/2014

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