12/10/2014

J'ai mangé 3 planètes et j'ai encore faim

Si tous les humains adoptaient le même mode de vie que les Suisses, trois planètes telles que la Terre seraient nécessaires. Voilà ce qui ressort d'un rapport du World Wildlife Fund (WWF) de septembre dernier. Selon le WWF, l'empreinte écologique de la Suisse continue d'augmenter, et même très rapidement. En 2012, nous en étions encore à 2,8 planètes : en deux ans, nous avons augmenté cette empreinte de 6,6%. La Suisse est bien installée dans le club des vingt pays les plus consommateurs par habitant. Seuls six pays nous battent dans ces lamentables statistiques.

 

Et voilà qu'hier, je reçois une facture pour régler la « taxe annuelle de base des entreprises pour les déchets recyclables », pour un montant de 160 francs. Comme mon « entreprise » est une raison individuelle, sans locaux, ni employés, ni véhicules, ni outils, et qu'elle n'est plus active, cette somme semble non seulement excessive, mais particulièrement hypocrite au vu de ce qui précède. Ainsi l'état nous taxe sur nos déchets locaux, alors même que les statistiques indiquent que nous consommons et polluons toujours plus. Cette taxe est donc un proverbial emplâtre sur une jambe de bois. Et ce n'est pas un hasard : nous vivons, en Suisse, dans un système où la politique écologique est en réalité un permis de continuer de surconsommer.

 

Nous parlons sans cesse d'écologie, nous recyclons, nous filtrons, nous trions, nous taxons et nous légiférons. Cette incessante agitation consiste à nous donner à nous-mêmes l'impression que nous sauvons la planète. Le but ultime de cette agitation, c'est de nous permettre de ne surtout rien changer aux fondamentaux de notre mode vie. Or c'est bien notre mode de vie, pas la saleté éventuelle de nos trottoirs, qui est le principal responsable de la destruction active de la planète, comme le révèle notamment le rapport de WWF.

 

Nous sommes très fiers de nos sacs de poubelle hors de prix, de nos trottoirs immaculés, de nos prairies verdoyantes, de nos stations d'épuration et de nos filtres à particules. Oui, car ces gadgets ont en plus ceci d'utile qu'ils nettoient le premier plan, celui que nous voyons. En coulisse, c'est-à-dire dans le reste du monde et notamment dans les pays où nous extrayons les ressources indispensables à nos remontées mécaniques et notre neige artificielle, c'est le chaos et la désolation. Mais là aussi, nous avons inventé des solutions morales – des organisations charitables qui viennent saupoudrer cette misère de quelques centimes en nous faisant pleurer de pitié. Cela pour contraindre indéfiniment ces peuples lointains à la pauvreté et à la violence, condition sine qua non de notre niveau de consommation. Tout en se convaincant qu'on fait tout pour les aider.

 

Ainsi bardés de lois, de contraintes fiscales et de technologies de pointe, nous vantons les mérites de notre vertu écologique. Et nous continuons d'acheter beaucoup trop de voitures qui vont beaucoup trop vite, de construire des maisons beaucoup trop grandes, de consommer environ dix fois trop de viande et de poisson, et de faire venir d'extrêmement loin des produits dont nous n'avons aucun besoin.

 

Peu importe les labels colorés et rassurants que ces produits arborent. La sacro-sainte « qualité du produit » n'a presque plus aucun sens : c'est l'existence même du produit qu'il faut considérer. Peu importe que les crevettes ou les bananes ou les chemises soient « bio » et « issues du commerce équitable ». Avant tout, elles proviennent de trop loin et/ou sont produites grâce au semi-esclavage de nations entières. Tous ces labels ne pourront jamais qu'offrir un cadre juridique à ces réalités atroces. Mais on sait aujourd'hui qu'ils ne peuvent les empêcher. Un peu comme ces curés qui recueillent, impuissants, les dernières volontés des condamnés à mort.

 

Ce que le rapport du WWF dit en termes en somme très légers, c'est que nous sommes les dangers les plus graves et les plus pressants qui pèsent, et sur la planète, et sur ses habitants les plus vulnérables. Nous, presque plus que toute autre nation au monde, précipitons la disparition des ressources naturelles. Et notre gloutonnerie incontrôlée contribue directement à ce que les plus démunis de la terre le restent le plus longtemps possible. 

 

Le philosophe slovène Slavoj Žižek résume notre attitude par cette formule tirée de son ouvrage « Violence » : « « Le Mal exemplaire, aujourd'hui, n'est pas le consommateur ordinaire, qui pollue l'environnement et qui vit dans un monde violent où les liens sociaux se désintègrent ; mais celui qui, tout en créant activement les conditions de cette destruction et de cette pollution universelles, monnaie la possibilité de s'en dédouaner. »

Commentaires

@ David Laufer ,sachons relativiser !
La planète terre a donné le verbe de taire et ainsi de suite pour offrir grâce au nombre 12 la table des livrets ce qui avait l'art de couper la faim à certains élèves
Les planètes sont la source même du Larousse et de ses nombreux descendants
Cependant pour en revenir au WWF,il est plus facile de donner de bons conseils à des gens qui par principe n'ont jamais mangé pour détruire tandis que d'autres comme des Anglais sont propriétaires de nombreuses mines ou de nombreux ouvriers sont sous-payés alors qu'ailleurs d'autres terriens arrivés de pays d'outre-Manche qui eux sont de gros mangeurs de viande vont participer à des chasses à court au Kenya afin de garnir leurs salons de trophées
Et regardez le plaisir des hindous arrivés chez nous pour enfin manger de la viande en cachette comme ils savourent enfin ce que leur religion leur interdit !
La cigarette aussi est un merveilleux coupe faim et a toujours créé des liens sociaux mais des vrais pas basés sur et uniquement le virtuel
Trop de virtuel provoque la faim ce d'autant avec les nombreuses émissions TV culinaires en provenance de pays qui aiment bien festoyer
Plus je vieillis plus je remercie Nestlé et Fip Fop grâce à tous on aura appris très vite à ne pas croire les yeux fermés aux nombreux bonimenteurs
très belle journée pour Vous

Écrit par : lovsmeralda | 12/10/2014

Pas mal d'accord avec votre Slovène...
Cela dit, par pitié, cessez de parler de sauver la planète. Elle pèse 6 x 10 puissance 24 tonnes et vous dans les 75 kg...
Dans une cuillère à café de terre végétale, il y a 7 milliards de bactéries. Quelques-unes d'entre elles disent : on va sauver le massif du Mont-Blanc...

Écrit par : Géo | 12/10/2014

Vous allez donc voter Oui à EcoPop ?

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 12/10/2014

Ben voilà une bien brillante démonstration.... et comme vous expliquez bien qu'il est nécessaire de voter OUI à Ecopop.

Écrit par : petard | 12/10/2014

Je ne vote plus depuis un certain temps et ne suis pas prêt de m'y remettre.

Écrit par : david Laufer | 12/10/2014

"et comme vous expliquez bien qu'il est nécessaire de voter OUI à Ecopop."
Ce qui me sidère, c'est l'incroyable faiblesse des éditos des patrons - les rédac'chefs de 24 heures et du matin dimanche, Thierry Meyer et Ariane Dayer - sur ce sujet. Cela fait des années et des années que j'écris que ces gens sont des minables et j'ai tellement raison que cela me fait vraiment peur. Il n'y a plus de pilotes dans l'avion qui poursuit sa course folle...

Écrit par : Géo | 12/10/2014

Merci! votre réflexion m'aide à savoir (pas encore définitivement)ce que je vais voter.
Il me semble qu'on a toujours plus peur de partager... pourquoi?

Écrit par : cmj | 13/10/2014

Après avoir entendu qu'en Allemagne le citoyen avait droit à trois ans de chômage et qu'en Belgique pour autant que cela soit vrai,il est de durée illimitée il faudra bien des bras pour faire tourner l'économie de l'UE
En imaginant que le oui ait du succès sera-til demandé à tous les citoyens Suisses de partir comme au temps de l'Allemagne en guerre ou tous les Français devaient aller au STO
En mangeant des planètes ceux ayant lancé cette initiative ont sans doute ingéré trop de plomb qui à forte dose provoque du saturnisme maladie avec de de nombreuses hallucinations ajoutez-y' un peu de mercure et c'est le cerveau qui est complètement intoxiqué
Alors bon appétit des fois que vous auriez envie d'imiter les adeptes du WWF qui malgré tout ne dépasseront jamais l'imagination rigolote des animateurs tous d'excellente qualité qui savaient nous amuser grâce à l'émission le Fond de la Corbeille

Écrit par : lovsmeralda | 14/10/2014

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