21/10/2014

Le plug anal et les cons

Dans l'affaire du plug anal géant de la place Vendôme, tous les protagonistes sont des cons. Voilà qui sont ces cons, et pourquoi ils le sont. 

D'abord, il y a l'artiste lui-même, un indiscutable con. Comment peut-on imaginer, la septantaine approchant, qu'on puisse encore briser un quelconque interdit en brandissant un gigantesque sex toy à usage anal sur une place parisienne ? Paul McCarthy semble incapable de renouveler son propre travail de provocation potache qui, depuis des années, à travers un hyperréalisme qui joue sur les codes de la culture pop, exhibe un peu partout son pipi-caca-zizi dans les foires d'art du monde entier. C'est comme les gars qui, aujourd'hui encore, trop souvent à mon goût, trouvent intéressant de se montrer nu sur des scènes de théâtre, si possible en érection, à hurler des imprécations contre le clergé et les pères et les présidents. Dans notre époque où le plaisir sexuel n'est plus un droit mais un devoir, une mesure universelle de bonheur et d'épanouissement, l'exhibition d'un plug anal sur une place passante n'est pas seulement dénuée de toute provocation, c'est l'expression d'un consensus bête et par ailleurs discutable. C'est triste, banal et ennuyeux.

Ensuite il y a « les autorités ». Jusqu'ici, j'aimais bien Fleur Pellerin. Cette conne a, pour moi, définitivement perdu toute forme de crédibilité en accusant sur Twitter les critiques (tout aussi cons qu'elle, j'y reviendrai) de vouloir revenir à une « définition officielle de l'art dégénéré ». Autrement dit, tu n'aimes pas McCarthy, tu es un nazi. C'est idiot, c'est une insulte pure et simple, et ça évite le fond, à savoir la sculpture elle-même et les réactions qu'elle suscite chez ses administrés. Fleur Pellerin n'est probablement pas à l'origine de l'installation en question, mais en tant que ministre de la culture elle en est évidemment responsable. Se défausser comme elle le fait sur le dos des artistes juifs allemands des années 30 est typique de l'atonie et de l'irresponsabilité de notre personnel politique. Les quelques cons qui ont choisi d'installer ce plug anal sur la place Vendôme, j'ai intérêt de ne pas m'étendre sur leur compte. J'aurais peur d'avoir raison sur leur niveau culturel, sur la conception qu'ils ont de l'art, de la mission de l'état et de leur propre métier. Ils ont en tout cas contribué, à leur petit niveau, à discréditer encore un peu plus l'autorité de l'état, et à faire savoir que les élites parisiennes n'aiment vraiment rien tant que choquer les péquenots et ces cons de touristes. 

Enfin il y a les critiques. On y distingue deux catégories, en gros. D'abord les grands cons, dans le genre de Gilles-William Goldnadel, secrétaire national UMP, qui s'est fendu d'un papier dans le Figaro dont je vous recommande la lecture si vous avez besoin de vomir. Sur un ton qu'on croirait tiré du film "Ridicule", et qui illustre (comme "Ridicule") le repli culturel et artistique français, Goldnadel explique que ce qui est beau est forcément ancien, et ce qui est contemporain forcément merdeux. On ne s'étonnerait pas qu'il traite McCarthy de fâcheux et on a, pendant la lecture, l'impression d'entendre tinter la cuillère d'argent dans sa tasse de porcelaine de Limoges. Ensuite, il y a les petits cons, ceux qui ont inondé Twitter et Facebook d'insultes, de jugements hâtifs et infondés et de sentences emphatiques (« Paris humilié ! », twittait un petit con). Ces petits cons et ces grands cons ont un point commun : ils ont l'indignation à orientation variable. Ce qui oriente leur indignation, c'est le fric. Car à quelques centaines de mètres de la place Vendôme, les Parisiens (ce dont certains et certaines se sont tout de même indignés, mais sans être entendus) ont eu droit, pendant plusieurs mois, à des affiches pour la marque Swatch recouvrant des milliers de mètres carré de façades historiques en front de Seine et sur la place de la Concorde. Ces affiches étaient non seulement immenses, elles étaient particulièrement moches et sans aucun sens quant à l'emplacement qui leur était dévolu. Les exemples de ce type sont aujourd'hui visibles partout : on défigure tous nos centre-ville à coup d'affiches commerciales géantes, on s'en fout, tant que ça rapporte, on passe devant durant des mois sans que cela suscite un seul commentaire. Mais il suffit qu'on installe une sculpture temporaire et passablement idiote sur une place parisienne aux frais du contribuable, et tout le monde sort en hurlant sa calculette et son manuel de bon goût. 

Et puis je ne suis pas en reste, avec cet article à la con qui ne sert à rien sinon à me lamenter sur la destruction de toute forme de subversion et de transgression, de beau et de moche, de vrai et de faux. Tout ça parce que la mesure unique et universelle de toutes choses, c'est l'argent, qui comme un trou noir avale tout et ôte à toute chose sa forme et sa substance. Ainsi, à Belgrade où je réside, la gay pride a suscité des hystéries comparables à celle suscitée par le plug anal. Et j'ai vu près de chez moi un graffiti qui résumait assez bien mon état d'esprit face à cette connerie à plusieurs niveaux: "Ce ne sont pas les pédés (donc le plug anal dans le cas présent) qui vous emmerdent, c'est le capitalisme".

Commentaires

Je suis d'accord avec vous...

"... l'exhibition d'un plug anal sur une place passante n'est pas seulement dénuée de toute provocation, c'est l'expression d'un consensus bête et par ailleurs discutable. C'est triste, banal et ennuyeux."

... un peu comme l'est l'utilisation par certains qui, la cinquantaine approchant, s'imaginent qu'utiliser "con" et "conne" pour qualifier certains de ses semblables faisait branché. D'un point de vue artistique je répète que ce n'est à mon sens point de l'art, mais en aucun cas non plus un plug anal. Je ne vois aucun être humain s'enfiler un truc pareille dans le fondement!

Signé: Un con qui se dit persifleur

Écrit par : Père Siffleur | 22/10/2014

"Je ne vois aucun être humain s'enfiler un truc pareil dans le fondement!"... ni dans le c.n (0_0). Hum!
(Bouh! je vais me cacher;-))

Écrit par : Ambre | 22/10/2014

Mais ce n'était qu'un arbre de Noël qui annonçait la Bonne Nouvelle:-) Et puis, il n'attendait qu'un con féminin pour partouzer. C'était l'appel au libertinage par un artiste qui en est resté au stade primaire du langage pornographique. C'est ainsi que l'on crée des minarets et des appels au sexe permanent. Happening Devotion. La règle c'est de partouzer et qui y trouve à redire n'est pas de la bonne religion et se trouve un hérétique qu'il faut chasser du paradis libertin. Cela me rappelle que tous les fous intégristes de religion sont obnubilés par le nombril de leur pensée et de leur cul. D'où la connerie immense. Bonne journée David. Je crois avoir été assez connement dissident pour mériter une petite révolution de langue fourrée.

Écrit par : pachakmac | 26/10/2014

"Ainsi, à Belgrade où je réside" Veinard. Et avec la distance, on ne comprend plus trop bien ces Suisses qui se plaignent de trop bien réussir...
Excellent billet. Et oui, les cons n'ont plus que des problèmes de cons, (ou d'anus ?).
Cela dit, puisque vous nous parlez de capitalisme, je ne saurais trop vous recommander la lecture de Niall Ferguson : "Civilisations. L'Occident et le reste du monde. Ed Saint-Denis.
PS. Que le Grand Cric nous délivre de l'Affolé d'Allah ci-dessus...

Écrit par : Géo | 26/10/2014

@Géo, le Grand cric ne délivrera personne de l'indétrônable affolé d'Allah! Il jouit de la protection "des dieux de Tamedia"! Le simple fait de reprendre ses commentaires insultants, ou déclarations contradictoires sur ces billets, ainsi que le pompage d'article, à été "modéré"! Enfin, pour qu'il retire ces insultes à la grande époque de la fin des blogs, il a fallu recourrir à la menace légale! Donc le grand cric...
@ modérateurs et consorts en un seul mot, hein? faites, ça n'a aucune importance! Et nous avons archivé le tout!

Écrit par : Trio-Octet & Infernal | 26/10/2014

Quand à la connerie, il en a déjà tant été écrit! Et l'art est chose devenue indiscutable, même pour rire, ou simplement discuter! De toute façon, il ne reste que le léchage, avec ou sans plucg-in, et le pognon, l'art lui... existe encore, mais comme tant de choses, d'idées, il se fait dans la clandestinité!

Écrit par : Trio Infernal à l'Octet diaisé | 26/10/2014

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