25/05/2015

Et si la finance s'effondrait de l'intérieur?

Depuis des années les attaques – surtout rhétoriques en réalité – contre l'économie financière viennent autant de la gauche qui lui reproche sa rapacité, que de la droite qui lui reproche son internationalisme. Mais il faut reconnaître que jusqu'ici, rien n'y fait. Au contraire : les profits des grands groupes bancaires ne cessent de battre des records, les liquidités qui circulent entre ces groupes ne cessent d'augmenter et les salaires des employés de la finance ne connaissent pas la crise. La politique demeure impassible et/ou complice face à ce qui ressemble de plus en plus à une gigantesque bulle en formation.

En deux mois, il m'a été offert de recueillir deux témoignages particulièrement troublants. Sans dévoiler leurs noms et celui de leurs entreprises, il s'agit de jeunes professionnels européens, éduqués aux meilleurs écoles supérieures et actifs dans des groupes internationaux de grande réputation. Le premier, on l'appellera Max, est dans l'industrie du private equity dans un pays riche. Le second, on l'appellera Hans, est dans celle du crédit à la consommation dans un pays moins riche. Il y a deux cents ans, Max et Hans auraient certainement été officiers supérieurs et se seraient déjà distingués dans de célèbres batailles.

Sans que je lui demande quoi que ce soit, Max s'est épanché avec une amertume palpable. Voici la substance de son propos : « Depuis le Quantitative Easing de Mario Draghi, nous sommes débordés par le cash, nous ne savons plus quoi en faire. Mais en fait c'est comme ça depuis des années. On a trop d'argent et trop de travail. Je me paye des commissions de dingue, c'est du grand n'importe quoi. Pendant ce temps, je vois bien que, malgré les statistiques qui disent plutôt le contraire, les gens dans mon pays vivent de plus en plus mal parce que tout est de plus en plus cher à cause de ce système. En tout cas je suis convaincu que ça ne peut pas durer, ça finira par exploser. C'est complètement absurde, je n'y comprends moi-même plus rien. »

A sa manière, Hans a été encore plus brutal et plus amer : « Je dois prêter de l'argent à des gens qui achètent n'importe quoi parce qu'ils sont soumis à une pression publicitaire et sociale démente. Ils commencent par des iPads et des vacances à la mer, qu'ils ne peuvent évidemment pas se payer. Et c'est comme ça que, peu à peu, ils en viennent à emprunter pour payer l'essentiel, le pain, l'essence, etc. En fait je passe pas ma vie à détruire des familles et à foutre en l'air des individus. Je pense que si on continue comme ça, mon industrie sera une des premières responsables d'une nouvelle guerre. »

Je ne dénature et n'exagère pas les propos de Max et de Hans. Et je les relate parce que je récolte ce genre de discours depuis des années, toujours discrètement et toujours sur le même ton, mi-effaré, mi-résigné. Pendant qu'on fait des gorges chaudes avec Swissleaks ou que des gens qui se disent de gauches exigent des salaires minimums ou l'arrêt des délocalisations, les critiques les plus violentes et les plus effrayantes, mais aussi les plus crédibles, viennent de l'intérieur même du système. Alors on peut continuer à défiler en levant le poing ou en critiquant une industrie depuis longtemps aveugle et sourde, et surtout insensible aux attaques extérieures  Il serait plus utile, nécessaire en réalité, de fédérer ces voix critiques et conscientes, de leur donner une plateforme et d'écouter ce qu'elles ont à nous dire si nous voulons réformer ce qui peut l'être, et non pas assister passivement à une explosion pourtant prévisible.

Commentaires

VISA veut récupérer la filiale Europe, après l'avoir vendue.
Les bénéfices augmentent à ce point, qu'ils regrettent de l'avoir fait.
Le nombre de personnes qui possèdent plusieurs cartes de crédit augmente sensiblement, mais de manière assez stable.
Et ce, pas seulement aux États-Unis.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 26/05/2015

C'est bien ce que j'ai écrit un certain nombre de fois à propos d'Ecopop : ce système ressemble de plus en plus au jeu de l'avion. Ou système de Ponzi, si cela vous chante. Et oui, cela ne peut que mal finir. Et non, les Cassandre ne sont jamais écoutées...

Écrit par : Géo | 26/05/2015

Ce n'est pas la Saint-Nicholas, mais nous tenons à rappeler que c'est à partir du moment où il s'est sérieusement penché* sur la taxe Tobin**, en vue de l'appliquer, que les médias -qui bien sûr n'appartiennent à personne- ont changer de ton avec Sarkozy... PDG de la France à l'époque!
Alors c'est pas que nous soyons fan, mais cette anecdote dit le risque qui existe lorsque l'on tente de "fédérer ces voix critiques et conscientes, de leur donner une plateforme et d'écouter ce qu'elles ont à nous dire si nous voulons réformer ce qui peut l'être"...
Voix critiques, préparez-vous psychologiquement, et selon votre position sociale casque et gilet par-balles sont à envisager, voui!
Voui, nous ne sommes que des Ânes-Abrutis aux oreilles levées... Et entre elles, de la mémoire...
*E pericoloso Sarkozy
** La fameuse taxe sur les transactions financières,

Écrit par : Trio-Octet etc. | 27/05/2015

"*E pericoloso Sarkozy" En pleine forme, le Trio etc...
Une vague rumeur veut que la GW II a été motivée par le fait que ce brave papa Saddam, qui n'avait pas plus de sang sur les mains que n'importe quel autre leader arabe, avait l'intention de quitter le système dollar pour les payements du pétrole. Va le prouver...

Écrit par : Géo | 27/05/2015

A noter que contrairement à la doxa une fois de plus mensongère, un des facteurs de sous-développement de l'Afrique pourrait bien participer du même phénomène. Une surabondance de fonds qui cherchent en vain des projets. Et de la part des autorités : pourquoi se mettre au travail quand l'argent tombe en abondance sans même le demander ? Dans les années 80, j'ai croisé pas mal de représentants d'organisations diverses qui disposaient de gros fonds et étaient confrontés à cette problématique.
J'en profite pour citer à nouveau ce passage éclairant de la revue "Un seul monde", l'organe de la DDC (Direction pour le développement et la coopération suisse)de mars 2008 dans l'éditorial "Périscope" qui indiquait:
"Entre 1990 et 2005, les guerres ont coûté à l'Afrique l'équivalent de quelque 353 milliards de francs. Ce montant comprend les coûts directs des conflits (...)
Il correspond à peu près au volume de l'aide internationale attribuée au continent noir durant cette même période."

Écrit par : Géo | 28/05/2015

Les résultats du vote d’un certain 9 février ont fait s’étrangler d’indignation tous les bien-pensants. Et avec Ecopop, dans leurs délires ils allaient même jusqu’à évoquer le IIIe Reich, le dr Mengele et sa belle-soeur.

Et qu'a-t-on appris dernièrement en provenance de la Berne fédérale ?
Ben, que ces Messieurs Dames préparaient un nouvel impôt sur la mobilité.

Simplement parce que plus il y a de monde… qui ne paie pas, plus les infrastructures coûtent cher.
Bizarre, on nous avait pourtant dit que tout ce beau monde en surplus était facteur de croissance et que ça allait même aider à financer les futures retraites de la population vieillissante.

Or, depuis un certain temps, nos ponts et viaducs c’est comme Lucky Luke, ils se dégradent plus vite que leur ombre.

Suggestion pour EWS: TVA de 29% sur les chaussures de ville des cadres dynamiques, en revanche 0 % sur les baskets qui produisent moins de nuisances sonores.

Écrit par : petard | 28/05/2015

Ce projet de nouvel impôt sur la mobilité, c'est une branlette intégrale. Cela ne fait que prouver qu'il y a beaucoup trop de fonctionnaires qui n'ont rien à foutre. Vous détestez votre pays ? Votez socialiste !

Écrit par : Géo | 28/05/2015

Les commentaires sont fermés.