25/08/2015

Chers auditeurs de LFM

Depuis 2008, vous supportez ma voix et j'imagine vos visages. A l'heure où je quitte définitivement cette station, mon premier réflexe est de vous remercier du fond du coeur. Sans vous, ces sept années n'auraient eu strictement aucun sens. Bon, j'en rajoute un peu. Je suis victime de mon pathos habituel. Car pour être tout à fait honnête, cela fait déjà quelques temps que ma présence aux micros de LFM n'avait plus beaucoup de sens.

Mes confrères de micro, eux aussi, manifestent parfois une certaine lassitude. Leurs profils sont variés. Il y a le journaliste maison qui présente une combinaison extrêmement rare dans le métier : une exigence professionnelle à toute épreuve et une absence totale de vanité. Il y a le plus âgé du lot, qui est aussi le plus jeune parce que le plus enthousiaste, mémoire vivante du canton et la passion du métier comme une première nature. Et il y a celui qui en sait presque trop sur les affaires politiques vaudoises, toujours dangereux pour ceux qui espèrent cacher un secret à ses yeux sournois. J'ai pris un grand plaisir et j'ai appris beaucoup de choses en débattant, parfois vivement, avec eux.

 

Pour Peter Rothenbühler, l'autre régulier, ma foi, nous avons tous dû faire avec. A cause de lui le journalisme suisse est devenu le tapis rouge des puissants et des piliers de l'économie, signe soit d'une éthique défaillante, soit d'une promiscuité avec le pouvoir, soit des deux. Son avenir est derrière lui, alors il survit en reluisant les pompes de n'importe quelle petite gloire locale, avec une servilité égale à celle qu'il exigeait, très notoirement, de ses journalistes. Ses avis, il les aligne en fonction de ce que les autres éditorialistes ont dit avant lui. Il ne réagit que par contradiction et pour faire mousser l'audience, comme il me l'a d'ailleurs expliqué lui-même. Aucune conviction, aucun point de vue et une seule passion : la popularité, le buzz. Il pleure à chaudes larmes les victimes de Charlie Hebdo tout en déclamant un soixante-quatrième éloge de Jean-Claude Biver, Patrick Aebischer ou Pierre Keller. Il accuse l'UDC de tous les maux, parce que ça se fait dans le métier. Mais il agite aussi souvent qu'il le peut la peur et la haine des Roms, des immigrés ou des mendiants, tout en offrant un diplôme d'excellence à n'importe qui ou quoi, pourvu que ça soit suisse. Mais attention, lorsqu'il parle de son métier, c'est comme si de lui seul dépendaient la démocratie et la liberté en Suisse. Enfin surtout à l'avenue de la Gare.

 

Et puis, il y a LFM. Il n'y a pas si longtemps, c'était une bonne radio. On y entendait des chroniqueurs représentants plusieurs tendances, de l'extrême-droite écônardo-Amaudruzienne de Pascal Décaillet au marxisme light et raisonneur de Chantal Tauxe. La rédaction se fendait de sujets touffus et percutants sur l'environnement, les énergies renouvelables ou la mobilité. Et tout le monde y était invité et entendu, de l'UDC au POP. « Vous faites la meilleure émission d'actu de la semaine, je n'en manque pas une », me disait du "Forum" une journaliste de la RTS dont je tairai le nom. Car LFM était un authentique service public. C'est désormais un service publicitaire. Qui vend des minutes et qui bourre le temps libre avec des entretiens obséquieux de people et de millionnaires. Les sujets ont été réduits à des virgules. Et le temps d'antenne du "Forum" a été raboté de 40%. Mais on a ajouté des caméras, parce qu'évidemment les auditeurs ne rêvent que d'une chose, c'est de voir une bande de quinquas mal rasés, mal cadrés et bouffis de sommeil au petit déjeuner. Tout est fait désormais comme si on avait peur, en restant exigeant sur le contenu, d'agacer la bêtise supposée des auditeurs.

 

 

Pourtant pas un seul auditeur n'a été gagné dans cette course à l'insignifiance. Si cet impératif, évidemment respectable, ne peut être poursuivi qu'en bêtifiant systématiquement la programmation, à quoi bon maintenir LFM en vie ? Pourquoi payer de vastes locaux au centre ville, des journalistes expérimentés et curieux, des animateurs de talents et du matériel technique onéreux si l'unique but de toute cette opération consiste à vendre des voitures et glorifier des promoteurs immobiliers ? Chers auditeurs de LFM, qu'écoutez-vous tous les matins : une entreprise journalistique radiodiffusée, ou un reality show tourné dans une agence de com ?

Commentaires

Courageux, voire téméraire.
Voyez les difficultés de votre confrère Tischler qui peine à trouver du boulot. Il paie vraisemblablement son franc parler.
Yes fm a aussi fait sa mue et est devenu un clone de LFM. Le contenu est abrutissant et sert sa messe soporifique au plus grand nombre avec le seul souci du rendement.
J'en viens à remettre en question ma position sur la redevance qui devrait être mieux répartie entre le mastodonte et ces satellites privés. Mais les TV locales font vraiment du bon boulot de proximité.
J'écoute LFM dans mon taxi pour sa programmation musicale, mais je zappe systématiquement lors des pubs.
Au final, je passe plus de temps sur les émissions de la première.
Auriez-vous le courage de monter une station qui sorte du lot ? Prendrez-vous le risque de la faillite pour nous donner enfin du contenu intéressant ?
J'en doute, mais viendra bien un jour où un journaliste s'y collera et cartonnera. Je pressent l'envie croissante de Décaillet pour un journal style gauche hebdo qui véhicule son message républicain...

Écrit par : Pierre Jenni | 27/08/2015

Heureusement je ne suis pas journaliste, mon salaire vient d'ailleurs, je suis donc libre de dire exactement ce que je pense. Ce qui, manifestement, constitue un problème pour les kadors de la place, qui en rêvent mais qui se tiennent tous par le bout du nez avec les élus et les chefs d'entreprise. Quant à monter ma propre antenne, la taille critique de la Suisse romande n'est plus suffisante pour s'offrir la qualité nécessaire. Combiné avec les problèmes de rentrées publicitaires, on est donc tenu de ne plus vivre que des abonnements. Avec le succès que l'on voit pour ceux qui s'y essaient.

Écrit par : david laufer | 27/08/2015

C'est marrant, mais non seulement je n'ai jamais entendu une émission de LFM, mais je n'ai jamais entendu parler de LFM...
Heureusement, dirais-je après avoir lu ce billet...

Écrit par : Géo | 27/08/2015

Ben j'ecoute de plus en plus option musique, pas de pub, et ras le bol du merchandising appliqué par LFM

Écrit par : Eric | 27/08/2015

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