28/06/2016

Conséquences du Brexit: l'exemple de l'Helvexit.

D'abord j'ai l'impression que ce vote, en tant qu'expression populaire, est une bonne chose. Venant d'un peuple à la fois irréprochable sur le plan démocratique et très lourd dans la balance des intérêts commerciaux, on est obligé de le prendre en compte. Les Grecs, il y a une année, avaient exprimé exactement les mêmes frustrations face au système de l'Union, mais ce sont des Grecs donc on est passé immédiatement à autre chose. Que la Grande-Bretagne, qui a sauvé l'Europe de la destruction totale il y a 70 ans, claque la porte aussi violemment ne peut que choquer. Et ce choc est bon, en étant optimiste on dirait même qu'il est salutaire. Voilà une occasion unique, pour l'UE, de se poser des questions et d'apporter des réponses concrètes sur deux aspects centraux : sa légitimité démocratique et son attrait en tant que projet politique et social. 

Sur le plan interne à la Grande-Bretagne, n'étant plus résident londonien je ne m'aventurerai pas trop loin, juste pour souligner trois choses. La première, c'est que la réaction de l'Ecosse et de l'Irlande du Nord ramènent la population et la classe politique à des considérations autrement plus importante que le cours de la Livre. C'est le royaume qui menace, ou qui se prépare carrément à la désintégration. La seconde, c'est que l'explosion des deux partis de pouvoir intervient à un moment où des tendances similaires s'illustrent dans tout le monde occidental avec un fracas audible et angoissant : la démocratie parlementaire est totalement lessivée, incapable qu'elle est de représenter un électorat qu'elle ne comprend plus du tout, habitué par la force des choses à la globalisation et informé par une technologie qui modifie profondément le rapport entre "experts" et "peuple". Le troisième aspect concerne les choix stratégiques des années Thatcher. En misant tout sur la financiarisation de l'économie, l'Angleterre a fait de Londres un géant mondial de la finance. Mais elle en a également fait une machine à inégalités sociales dickensiennes, rejetant les familles anglaises aux périphéries et augmentant le coût de la vie dans des proportions insupportables. De ce point de vue, le vote de jeudi est également un signal très clair. Autrement dit, le Brexit remet la politique au premier plan et ramène l'économie à sa dimension réelle, ce qui est exactement ce que désiraient les Grecs en juillet 2015.

Enfin, sur la question du référendum, j'ai mon petit message aux Anglais : regardez la Suisse, nous avons également voté notre « Helvexit » par référendum en février 2014. Et nous sommes depuis dans une merde noire dont nous ne pourrons nous extraire qu'en reniant le résultat du vote. Car le vote du 9 février 2014, même s'il ne semblait porter que sur l'immigration, est en réalité, comme pour le Brexit, une remise en cause des fondamentaux de la relation entre la Suisse et l'UE. Deux ans et demi plus tard, une réalité doit être constatée : intégrer l'UE – c'est le cas de la Suisse en dépit des apparences – modifie jusqu'au coeur des institutions d'un pays. Ce n'est pas un mariage que l'on peut rompre juridiquement. Si l'Angleterre désire quitter l'UE elle doit détricoter, non pas ses liens avec l'UE, mais ses propres lois, ses habitudes institutionnelles vieilles de quarante ans, sa crédibilité commerciale, son système judiciaire, sa place bancaire, son système de protection sociale, et peut-être même ses frontières. Et j'en oublie. Mais comme un référendum n'est jamais qu'une consultation, il n'engage que le temps d'une campagne et permet à ses acteurs de promettre absolument tout et n'importe quoi, tout en n'étant tenus à strictement rien. La politique référendaire, dans le monde actuel, ne peut quasiment enfanter que des monstres, ce que le Brexit et l'Helvexit illustrent avec douleur. Peut-être aussi, en tout cas je l'espère, cette douleur était-elle nécessaire pour réinsuffler du sens au projet européen et redonner à cette union sa signification première. Je donne la conclusion à Bernard Shaw : « Independence? That's middle class blasphemy. We are all dependent on one another, every soul of us on earth. »

 

 

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